Marie-Michelle Deschamps et Éléonore False, Diagonale, Montréal

94
2018
Diagonale
  • Détail de l'installation, Diagonale, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet
  • Détail de l'installation, Diagonale, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet
  • Détail de l'installation, Diagonale, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet
  • Détail de l'installation, Diagonale, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet
  • Marie-Michelle Deschamps, Sans-titre et Coquilles, 2018. Photo : Maxime Brouillet
  • Marie-Michelle Deschamps, Better Times, 2018. Photo : Maxime Brouillet

[In French]

Marie-Michelle Deschamps et Éléonore False, Je relis tes lignes
Diagonale, Montréal, du 21 avril au 9 juin 2018

Inspirées par l’écriture en microgrammes de Robert Walser, Marie-Michelle Deschamps et Éléonore False présentent les objets de cette exploration du trait. L’exposition conjointe de leur travail autonome prolonge l’échange entre les artistes de sorte que chaque œuvre devient le fil singulier de la trame signifiante de Je relis tes lignes.

Comprise comme un fil ou un trait, la ligne réfère autant au jeu intertextuel de traduction et de transformation du discours qu’à l’accointance esthétique et conceptuelle des artistes. Les pièces dialoguent naturellement entre elles, liées par la fraternité plastique sincère de leurs auteures et une certaine délicatesse des formes. Je relis tes lignes rassemble collage, aquarelle, porcelaine et papier peint autour d’effets de texture évoquant le tissu ou le papier.

Les pièces de Deschamps et de False partagent une posture organique perceptible dans l’approche de la matière. Les retailles et les chutes de papier carbone sont récupérées par Deschamps qui les magnifie par la mise en scène sous une planche en acrylique transparente ou par leur transcription en aplat dans la porcelaine posée au sol. De même, False soumet les images qu’elle s’approprie à des manipulations poétiques et agrandissements de manière à déployer le potentiel allégorique de chaque fragment. Ainsi, il n’existe pas de perte, d’envers ou d’intégralité du sens, mais un jeu de construction et d’interprétation autour du détail singularisé par l’esthétique sensuelle des artistes.

Les formes, les couleurs et les textures témoignent d’une corporalité discrète en tension avec leur production mécanisée. Les aquarelles imprimées sur papier de Deschamps ou les collages reproduits sur d’immenses vinyles de False marquent par exemple une distance éloquente entre les processus créatifs et leur fin matérielle. Cette inertie vivante des objets renvoie en quelque sorte à l’animation des œuvres dans leur réception spectatorielle. La rencontre du travail de Deschamps et False diversifie non seulement les pistes de lecture formelle et technique, mais favorise enfin le déploiement sémantique du projet.

Du papier peint monumental jusqu’aux traits de porcelaine, les jeux d’échelle, soulignés par l’exploration éclatée de tous les plans de la galerie, matérialisent cette dynamique de permutation du sens des œuvres. Appuyés, collés ou accrochés au mur, parfois posés au sol ou suspendus au plafond, les objets ne déterminent pas de parcours. À l’instar de l’activité d’interprétation, ils s’en remettent à l’instinct de celui qui les apprécie et les traduit.

La déambulation dans l’espace révèle en ce sens la dimension architecturale de Je relis tes lignes. Les variations de proportion et de présentation détournent les à priori visuels et la logique perceptuelle. L’immense et le petit cohabitent sans nuance de valeur ou d’accessibilité des contenus. La lisibilité des pièces repose en fait sur leur relation spatiale et la rencontre d’un spectateur. Alors que l’opuscule signé Stephanie E. Creaghan fait le pari d’une prose inspirée du projet, ce dernier devient le mètre étalon quantitatif et qualitatif de l’exposition. Son corps détermine la mesure des choses comme son expérience unique en façonne la lecture. Je relis tes lignes force à assumer notre position physique et culturelle en regard de l’art. Devant cette ouverture manifeste de Deschamps et False à l’altérité, notre principale responsabilité est d’oser s’engager dans l’œuvre.

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