Mains d’Œuvres, Saint-Ouen, Dress Codes

90
2017
Mains d’Œuvres
  • Dayna McLeod, Michele P. Clark, Cougar For a Year; Followed, 2013.
  • Johanna Benaïnous & Elsa Parra, A Couple of Them, 2015.
  • Kim Waldron, Jurist, Butcher, French Teacher, Banker, Mechanic, Chef, 2003.
  • Myriam Jacob-Allard, Soldat Lebrun : être le héros, 2010; Maman, ne t'en fais pas, 2010. Au fond, Nadège Grebmeier Forget.
  • Sorel Cohen, Le Rite matinal, 1977.

[In French]

Dress Codes
Mains d’Œuvres, Saint-Ouen, France, du 1er septembre au 9 octobre 2016

Organisée en 2016 à Mains d’Œuvres (Saint-Ouen) par la commissaire Alexandrine Dhainau dans le cadre d’un partenariat avec le centre d’art Diagonale de Montréal, l’exposition Dress Codes mêlait les trajectoires et les images d’artistes francaises et québécoises directement impliquées dans l’expression d’un bouleversement des codes vestimentaires du genre. Au-delà de la volonté commune de désessentialiser la « tenue » du corps féminin, ces artistes usent du burlesque pour mettre en évidence des situations qui parlent d’elles-mêmes. Elles détournent le vêtement comme instrument de coercition et de « maintien » pour en faire un outil d’émancipation ; elles « portent la culotte » ; elles se « répandent » (en corps décorsetés) ; elles changent à loisir d’identité tout en dévoilant des postures sociales.

Chez certaines, la mise en scène de soi montre la volonté d’un engagement de son propre corps, dans la tradition du body art. L’importance donnée à l’action et à la visibilité, avec parfois une certaine exubérance drolatique, vient contrer le stéréotype féminin de la passivité. Dans Le rite matinal, œuvre séminale de 1977, l’artiste Sorel Cohen fait du lit, lieu de la domesticité par excellence et de l’union maritale, le lieu de l’art, donc de la transcendance — par opposition à l’immanence, qui selon Simone de Beauvoir cloue les femmes à leur destin tout tracé. Nadège Grebmeier Forget filme en gros plan son entrejambe lors d’une performance, Creamy Deluxe, où elle introduit des beignets dans sa culotte. Dans ce clin d’œil à L’origine du monde de Courbet et à la pornographie cheap, elle « s’augmente » de parties génitales consommables. Une tension entre absence et envie que l’on retrouve dans la prothèse phallique avec laquelle joue Justine Pluvinage dans la vidéo Virile.

Pour d’autres artistes de l’exposition, c’est le travestissement qui permet la transgression des normes. Johanna Benaïnous et Elsa Parra rejouent des typologies de couples aux genres interchangeables dans les photographies de la série A Couple of Them. Myriam Jacob-Allard, dans la vidéo Maman ne t’en fais pas, reprend en famille les airs d’un chanteur québécois populaire adoré de ses parents, pour mettre à jour leurs clichés misogynes. Dayna McLeod, pour sa performance Cougar For A Year, porte pendant une année complète des vêtements à motifs animaliers qui illustrent le stéréotype de la « femme cougar ». La performance s’achève par la destruction de celui-ci, le public étant invité à découper son vêtement, un clin d’œil à la performance Cut Piece de Yoko Ono (1964).

Enfin, dans la série photographique Working Assumption, la Montréalaise Kim Waldron emprunte leur habit de travail à des hommes dont le métier a longtemps été un apanage masculin. En hors-champ on imagine l’homme dépouillé de sa parure, c’est-à-dire de son pouvoir. Dans cette mise à nu du masculin, dans cette débandade, surgit la fragilité de l’homme. Ainsi, si l’exposition Dress Codes s’envisageait clairement selon une perspective féministe, il y était question aussi, en creux, de l’homme et de son émancipation des lois du patriarcat dont il est également victime, assigné à des rôles dits virils. Car, comme le souligne Virginie Despentes dans King Kong Théorie, « le féminisme est une aventure collective ».

Légendes des photos
Image 1 : Dayna McLeod, Michele P. Clark, Cougar For a Year; Followed, 2013. Photo : Manon Giacone, permission de Mains d’Œuvres, Saint-Ouen
Image 2 : Johanna Benaïnous & Elsa Parra, A Couple of Them, 2015. Photo : Manon Giacone, permission de Mains d’Œuvres, Saint-Ouen
Image 3 : Kim Waldron, Jurist, Butcher, French Teacher, Banker, Mechanic, Chef, de la série Working Assumption, 2003. Photo : Manon Giacone, permission de Mains d’Œuvres, Saint-Ouen
Image 4 et 5 : Myriam Jacob-Allard, Soldat Lebrun : être le héros, 2010; Maman, ne t'en fais pas, 2010. En arrière plan, Nadège Grebmeier Forget, Creamy Deluxe, 2013. Photos : Manon Giacone, permission de Mains d’Œuvres, Saint-Ouen
Image 6 : Sorel Cohen, Le Rite matinal, 1977. Photo : Manon Giacone, permission de Mains d’Œuvres, Saint-Ouen

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