Lévriers, Montréal, arts interculturels, Montréal

95
2019
MAI (Montréal, arts interculturels)
  • Nervous Hunter, Lévriers, 2018. Photo : Svetia Atanasova
  • Nervous Hunter, Lévriers, 2018. Photo : Svetia Atanasova
  • Nervous Hunter, Lévriers, 2018. Photo : Svetia Atanasova
  • Nervous Hunter, Lévriers, 2018. Photo : Svetia Atanasova
  • Nervous Hunter, Lévriers, 2018. Photo : Svetia Atanasova

[In French]

Lévriers
Nervous Hunter, MAI (Montréal, arts interculturels), Montréal
du 29 novembre au 2 décembre 2018

Metteuse en scène d’origine chinoise, à la tête de la compagnie Nervous Hunter depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre en 2012, Sophie Gee offrait l’hiver dernier un premier spectacle en français : Lévriers. Avec cinq individus ayant, comme elle, refait leur vie à Montréal, l’artiste a dirigé un laboratoire, une « enquête théâtrale » dont le résultat s’avère d’une authenticité désarmante. La représentation s’articule autour de la notion de succès, cette création de l’esprit après laquelle on court de toutes nos forces et qui pourrait bien être tout aussi illusoire, tout aussi artificielle que le lapin que poursuivent les lévriers sur le cynodrome.

Sur scène, une comédienne venue de Hollande (Jacqueline van de Geer), une danseuse originaire de Val-d’Or (Audrée Juteau), un joueur de rugby en provenance du Rwanda (Jean-Baptiste Mukiza), un rappeur trans né dans les Antilles (Lucas Charlie Rose) et un homme d’affaires juif venu de Toronto (Steve Korolnek). En une suite de tableaux performatifs, des scènes qui nous entrainent sans cesse de la gravité à la futilité, les protagonistes abordent les tenants et les aboutissants de leur déracinement, les hauts et les bas de leur quête de succès, les moments d’empathie et de solidarité aussi bien que ceux où la jalousie et la colère prennent le dessus. Précisons que tout cela se déroule sous le regard bienveillant de la metteuse en scène, qui devra bien elle aussi finir par témoigner de son rapport au succès.

Ils dansent et chantent, gonflent des ballons et jouent au rugby, présentent de brèves conférences sur le succès selon des auteurs célébrés. Ils s’adressent à nous, le plus souvent, mais également à leurs collègues, et même à leurs proches, disparus ou non. Dans ce branlebas de combat, cette grande mêlée, véritable concentré d’humanité où les valeurs convergent et s’entrechoquent, où les réalités s’opposent et se répondent, où les angoisses se démultiplient et s’apaisent, on ne cherche jamais, heureusement, à interpréter quoi que ce soit, on se garde bien de fournir un point de vue qui serait supérieur aux autres. On aborde la question du vivre--ensemble, bien entendu, mais en laissant le spectateur tirer des conclusions, mettre les coups durs en perspective, relier les espoirs, rattacher les destins.

Devant ce spectacle qui tient autant de la performance que du documentaire, où il est question de renommée, de reconnaissance et d’individualisme à l’ère des réseaux sociaux, où sont mises en relief des frontières culturelles, linguistiques, sociales et idéologiques, où les sujets sont aussi graves que le ton est léger, on ne peut s’empêcher de penser aux réalisations de Catherine Bourgeois, tout particulièrement à la plus récente, Dis merci, mais également au NoShow d’Alexandre Fecteau. Soyons clairs, la création de Sophie Gee ne reproduit pas ce qui existe déjà, elle s’inscrit dans une riche lignée pour la prolonger, l’approfondir, y ajouter son grain de sel. Si bien qu’on attend le prochain chapitre avec impatience.

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