Publication | Les lendemains d’hier

70
2013

[French only]

Lesley Johnstone (dir.), 
Les lendemains d’hier, catalogue d'exposition
Montréal, Musée d’art contemporain de Montréal, 2010, 153 p.


Depuis les années 1990, la remise en question du modèle historiciste est un leitmotiv important de la recherche en histoire de l’art. Dans la foulée des élaborations théoriques issues de cette mouvance, la commissaire Lesley Johnstone a réfléchi sur la manière dont les pratiques artistiques interrogent elles aussi, aujourd’hui, le rapport entre présent et passé, produisent ce que Mieke Bal nomme une « philosophie culturelle ». L’exposition Les lendemains d’hier regroupait dix artistes contemporains engagés dans un « dialogue discursif » avec le modernisme, par l'intermédiaire d’une œuvre, d’un créateur ou d’un élément marquant de ce grand projet du 20e siècle.

Tel qu’exposé dans l’introduction de l’ouvrage, cette posture dialogique et critique soulève des enjeux de transmission et de mémoire qui nous éloignent aussi bien du paradigme moderniste « pur » que des stratégies postmodernes caractérisant les années 1970 et 1980. D’ailleurs, la thèse de Johnstone semble tenir dans cette double distance vis-à-vis du modernisme et du postmodernisme, des catégories qui gardent ici leur valeur de référence en dépit des difficultés qu’elles posent sur les plans conceptuel et historique. De ce point de vue, l’écart temporel contenu dans le titre « Les lendemains d’hier » serait le lieu précis où les artistes façonnent des « objets théoriques » (Bal), des objets qui revisitent le passé à travers une reprise dynamique de ses matériaux (textes, formes, idées, etc.). En ciblant les thèmes de la maison moderniste, de l’utopisme, du féminisme et du brutalisme, Jonhstone met l’accent sur les aspects interculturel, intertextuel et interdisciplinaire émergeant de ces nouveaux récits.

Différemment, l’essai de Philip Ursprung inscrit la problématique du temps au sein d’une réflexion sur les relations entre l’art et le design. L’auteur propose de remplacer la distinction modernisme/postmodernisme par un questionnement sur la « contemporanéité », arguant qu’il s’agit d’un enjeu particulièrement significatif pour les créateurs d’aujourd’hui. Ainsi, se demande-t-il : « Les artistes de la présente exposition ont-ils choisi de voyager dans le modernisme parce que, contrairement à notre présent, il a un début et une fin ? » (p. 56). Les procédés de recyclage, de transformation et de réarrangement qui nous sont proposés seraient donc une manière d’échapper à la logique du « présent éternel », en se situant dans un horizon où l’hier et le demain retrouvent une certaine profondeur critique.

Enfin, la section du catalogue consacrée aux artistes fait ressortir l’engagement très personnel de ceux-ci envers les œuvres d’architecture ou de design qu’ils ont choisi de « raconter ». D’ailleurs, les explications concernant la genèse et les intentions de plusieurs des projets présentés sont amenées de manière narrative, presque sous forme de conversation. Cela vient renforcer notre impression qu’au-delà des enjeux de temporalité mis en exergue par les auteurs, c’est vers une nouvelle dimension humaine (affective, corporelle) que tend la présente relecture du modernisme.

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