Les Chantiers / constructions artistiques, Carrefour international de théâtre, Québec

Premier Acte, Méduse
  • Rose enfer des animaux. Photo : Thomas Langlois
  • Rose enfer des animaux. Photo : Thomas Langlois
  • Rose enfer des animaux. Photo : Thomas Langlois
  • Interface humaine - Projet Hamlet. Photo : Catherine Genest
  • Interface humaine - Projet Hamlet. Photo : Émile Beauchemin
  • Oddychac. Photo : Daniel Tremblay
  • Oddychac. Photo : Daniel Tremblay
  • La Recherche des corps glorieux. Photo : Claudia Chan Tak
  • Sarenhes – Ce que nous sommes. Photo : archives Famille Bastien
  • Sarenhes – Ce que nous sommes. Photos : archives Famille Bastien

[In French]

Les Chantiers / constructions artistiques au Carrefour international de théâtre : Voyons voir.

Les chantiers sont un espace réservé à l’expérimentation et à l’échange entre artistes et public. Ces constructions artistiques autour des arts de la scène peuvent ici vérifier leur viabilité, consolider des pistes de travail, élaguer, réorienter. Des 112 projets présentés à ce jour, de très nombreux ont ensuite vu le jour sur les scènes de Québec et en tournée. Mentionnons entre autres L’Incroyable légèreté de Luc L. (Philippe Soldevilla), Norge (Kevin McKoy), Le NoShow (Alexandre Fecteau), L’Affiche (Philippe Ducros). L’équipe des chantiers offre cette année une quinzaine d’évènements. En voici quelques-uns.

Comme technodramaturgie, Rose enfer des animaux, du collectif Dans ta tête, est un objet étrange et plutôt fascinant construit à partir du téléthéâtre cosmique de Claude Gauvreau (1958), jamais monté à ce jour. Nous sommes conviés à un banquet pour huit personnes. Les convives portent un masque d’animal et prennent place autour d’une table technologique remplie d’écrans, de fils et d’accessoires surréalistes encastrés dans la table, ou posés comme des bibelots autour de nous : plantation de champignons, dinosaure avec queue végétale, etc. Cette machinerie complexe opérée à partir d’une console met en branle des mécanismes divers répondant aux voix de synthèse qui interprètent le texte surréaliste, exploréen, construit en rupture de sens et enchainant des images comme autant de flashs déroutants. Les invités peuvent intervenir, s’insérer dans le jeu en assumant le personnage qui leur est attribué. Le dispositif technomécanique interactif est conçu à partir des didascalies précises dont Gauvreau a truffé son texte. Une description est ici impossible, mais retenons que Rose enfer des animaux propose une expérience esthétique exceptionnelle. On peut déjà déceler tout le potentiel qu’offre un tel dispositif. On l’imagine en résidence pour une longue durée, ce qui permettrait de réaliser le téléthéâtre dans son ensemble. Voici un objet performatif unique d’une fascinante bizarrerie (1).

Autre technodramaturgie, Interface humaine - Projet Hamlet (Théâtre Astronaute/Astronaut Theatre) développe un costume comme interface dynamique pour gérer son environnement. Tout en interprétant son texte, la comédienne grâce à ce costume active éclairage, son, lumière et autres objets. L’interprète, en plus de jouer son texte, contrôle donc la scénographie. La grande question à résoudre est la puissance et l’efficacité de cette interface. On imagine une scène vide, sans présence des ordinateurs et des programmeurs, un interprète qui fabrique l’espace autour de lui par sa seule présence, réifiant un monde la mesure de son texte. Il y aurait peut-être intérêt à prendre un autre texte que l’omniprésent Hamlet, qui n’en cesse plus de poser LA question.

Oddychać (respirer, en polonais). À partir des techniques de respiration empruntées à plusieurs sources, Julia-Maude Cloutier et Robert Pretorius proposent un remarquable duo de corps entre combat et osmose. Ils parviennent rapidement à nous happer dans leur respiration, notre souffle s’accordant au leur. Dans cette posture de contrôle de soi, les deux danseurs s’agglutinent en une lutte rapprochée à la fois violente et tendre. Soutenue par une efficace trame sonore créée par Louis-Robert Bouchard, cette courte pièce mériterait un développement plus ample dans un espace où les spectateurs seraient à proximité. Ce n’est pas une pièce pour grandes salles.

Autre belle proposition, La Recherche des corps glorieux de Karine Ledoyen. Préoccupée par les danseurs à la retraite, Ledoyen a fait une série d’entrevues. Le spectacle se déroule autour de trois axes : sur scène deux danseurs dans la force de l’âge, à la console Andrée-Anne Giguère qui manipule une caméra et projette des anamorphoses des danseurs qui utilisent ainsi leurs corps transformés comme partenaires. Et enfin quelques extraits d’entrevues qui parlent des restrictions du corps obsolète sont aussi projetés. Le projet se développe sur ces contrepoints, très touchant. Belle façon de dynamiser le « documentaire de scène ».

Dans cette veine du docuthéâtre, le projet Hakim à Québec de Maxime Beauregard-Martin (auteur de Madame G.) contient de belles promesses avec des invités solides, intervenants et musiciens, sur la question des nouveaux arrivants, ici musulmans. S’il parvient à résoudre la dichotomie facile des difficultés d’intégration du bon immigrant face aux méchants Québécois racistes, ce spectacle pourrait jouer un rôle dans le monde en mutation. À la suite de l’attentat à la grande mosquée, doit-on monter en épingle chaque acte raciste ? Comment agir vers une société modelée par une dynamique d’immigration ? Le cynisme de l’un est heureusement ici tempéré par l’élan généreux d’un québécois qui adopte une famille d’immigrants.

Autre projet aux bonnes intentions, Sarenhes – Ce que nous sommes de Marie-Josée Bastien, métisse de mère wendate et père québécois, ne tient pas ses promesses. On espère la voir rajuster le tir pour poursuivre son projet initial de remonter vers son indianeté en nous invitant à l’accompagner. Le projet bascule dans une situation anecdotique, dont on perd progressivement l’intérêt. « ... nous pourrons développer une fresque qui parle à la fois de la Grande Histoire des Autochtones et de la Petite Histoire Familiale. » La première partie de la proposition n’y est pas encore, mais Bastien saura rebondir.

Nous adorons ces chantiers où nous nous retrouvons aux premières loges de la création. C’est stimulant et joyeux. On y ressent une énergie formidable, des idées éclatées, des projets qui vont dans toutes les directions : corps dansants, technologie, dépouillement, exploration des matières, nouveaux textes, bref un véritable moment de découvertes. Mais surtout un lieu privilégié pour les créateurs de tester leur matériel. Voici un indispensable complément à la programmation officielle. Après une dernière représentation du Wild West Show de Gabriel Dumont vendredi soir le 8 juin, le Carrefour de théâtre cèdera la place au G7. On leur souhaite autant d’imagination.

Note
(1) Ce projet était présenté dans les Activités satellites, autre volet du Carrefour de théâtre.

Publié le 6 juin 2018.

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