Je suis mixte, La Petite Licorne, Montréal

La Petite Licorne
  • Photo : Renaud Pettigrew
  • Photo : Renaud Pettigrew
  • Photo : Mathieu Quesnel

[In French]

Je suis mixte
Production Tôtoutard, La Petite Licorne, Montréal, du 1er au 26 octobre 2018

Après avoir coécrit L’amour est un dumpling avec Nathalie Doummar et Simon Lacroix, le comédien Mathieu Quesnel signe une première pièce en solo : Je suis mixte. Dans ce récit initiatique pour deux acteurs et un musicien qu’il a également mis en scène, on sent nettement l’influence de Pierre-Michel Tremblay – rappelons que Quesnel était de la création de la pièce Au champ de Mars, ainsi que de son adaptation au cinéma par Émile Gaudreault, Le vrai du faux. On retrouve également quelque chose de l’humour cinglant et décalé du Théâtre du Futur, compagnie avec laquelle le comédien a créé L’assassinat du président et Clotaire Rapaille : l’opéra rock.

Comédie désopilante, Je suis mixte est aussi le portrait d’une époque absurde, une ère néolibérale où les cases et les étiquettes sont des gages d’efficacité, de rentabilité et de réussite. À partir des états d’âme d’un homme blanc occidental de la classe moyenne, Quesnel parvient en quelque sorte, ne serait-ce que le temps d’une représentation, à enrayer les rouages de la simplification contemporaine, à ralentir le rouleau compresseur de la normalisation. Les individus ne sont pas univoques, rappelle l’auteur. Ils sont complexes, remplis de paradoxes et de contradictions, tiraillés par des désirs et des aspirations souvent irréconciliables. En somme, tous les êtres humains sont « mixtes », même ceux qui paraissent, au premier regard, tout à fait monolithiques.

La première excellente idée du créateur est formelle : le spectacle auquel nous assistons entre les murs de la Petite Licorne est un témoignage, une performance autofictionnelle délicieusement maladroite, un récit de vie déployé in situ et avec les moyens du bord par François (Benoît Mauffette), son oncle (Yves Jacques) et leur ami The Ghost (Navet confit), musicien russe aussi doué que mystérieux. En pleine crise de la quarantaine, François quitte Drummondville pour Berlin, troquant sa vie on ne peut plus prévisible d’expert du nettoyage industriel pour une existence entièrement consacrée à l’art et à la sensualité. Voir François embrasser sa « mixité » est irrésistiblement drôle, mais aussi, par moments, il faut le reconnaitre, émouvant. De cette introspection durant laquelle il aura plusieurs fois repoussé ses limites, le personnage émergera profondément transformé. Dans ce rôle, sur la corde raide entre dérision et détresse, Mauffette évolue du début à la fin avec la plus grande aisance.

La seconde brillante idée de Quesnel est dramaturgique. Afin de complexifier son portrait de l’homme blanc occidental contemporain, l’auteur a fait surgir, à Berlin, en plein cœur du périple de François, un homme gai. Celui-ci, l’oncle du héros, banlieusard fraichement sorti du placard, est incarné à merveille par Yves Jacques dans un adroit mélange de folie et de désinvolture, de gaucherie et de spontanéité. Même le don de l’acteur pour le chant est habilement mis à profit. Mine de rien, au terme de leurs nuits endiablées dans les endroits les plus singuliers, de leurs performances débridées sur la place publique, de leurs courageuses plongées en eaux troubles, les complices auront compris de grandes choses, par exemple que le concept de « frontière » est à déboulonner aussi certainement que celui de « pluralité » est à embrasser.

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