Hicham Berrada, Abbaye de Maubuisson, Saint-Ouen l’Aumône

93
2018
Abbaye de Maubuisson
  • Le jardin inaltérable, 2017. Photo : Catherine Brossais, © ADAGP Hicham Berrada, permission de l’artiste et des galeries kamel mennour, Paris/Londres, Wentrup, Berlin et CulturesInterface, Casablanca
  • Masse et martyr, détail, 2017. Photo : Catherine Brossais, © ADAGP Hicham Berrada, permission de l’artiste et des galeries kamel mennour, Paris/Londres, Wentrup, Berlin et CulturesInterface, Casablanca
  • Masse et martyr, 2017. Photo : Catherine Brossais, © ADAGP Hicham Berrada, permission de l’artiste et des galeries kamel mennour, Paris/Londres, Wentrup, Berlin et CulturesInterface, Casablanca
  • Méditation x 240, 2017. Photo : Catherine Brossais, © ADAGP Hicham Berrada, permission de l’artiste et des galeries kamel mennour, Paris/Londres, Wentrup, Berlin et CulturesInterface, Casablanca
  • Méditation x 240, 2017. Photo : Catherine Brossais, © ADAGP Hicham Berrada, permission de l’artiste et des galeries kamel mennour, Paris/Londres, Wentrup, Berlin et CulturesInterface, Casablanca
  • Présage, depuis 2005. Photo : Catherine Brossais, © ADAGP Hicham Berrada, permission de l’artiste et des galeries kamel mennour, Paris/Londres, Wentrup, Berlin et CulturesInterface, Casablanca

[In French]

Hicham Berrada, 74 803 jours
Abbaye de Maubuisson, Saint-Ouen l’Aumône, du 7 octobre 2017 au 22 avril 2018

Un immense aquarium a été placé dans la salle capitulaire de l’abbaye de Maubuisson, et la lumière bleu turquoise qu’il dégage emplit la pièce. Un léger sifflement accompagne l’œuvre d’Hicham Berrada, mystérieusement nommée Masse et martyr (2017), lequel signale que quelque chose advient et qu’il s’agit peut-être là du chant du cygne. Dans la solution aqueuse électrolytique, quatre volumes en bronze ont été plongés, reliés à des attaches qui les contraignent. Il fallait sans doute revenir régulièrement, au cours de l’exposition, pour prendre des nouvelles de ces concrétions métalliques, qui au fur et à mesure s’oxydaient ou se recouvraient de sédiments provoqués par leur mise sous tension. D’infimes indices d’une activité subaquatique, pourtant nettement inorganique — ni végétaux ni animaux dans ce paysage désolé — affleurent sous l’eau : de légères bulles qui remontent lentement vers la surface ou des fumées languissantes qui s’échappent des bronzes comme des cigarettes qui n’en finissent pas d’expirer. L’installation ne surprend pas pour qui connait les Présages (depuis 2007) de l’artiste, dont une des performances filmées est également présentée à l’abbaye. On aurait pourtant tort de se laisser hypnotiser par les manipulations de matières, la séduction des fluides qui se meuvent gracieusement, la douceur des couleurs qui guident Masse et martyr comme les Présages : ces apparences ne font que masquer le caractère explicitement mortifère du travail d’Hicham Berrada. Dans ces représentations qui prennent souvent la forme de paysages ruiniques, les corps ont disparu et ne demeure que ce qui prévaut dans un temps que l’on imagine purement géologique, avant l’apparition d’organismes vivants ou après l’anéantissement total de notre espèce. Respiration, croissance et dégradation se développent dans un simulacre organique dont l’être humain parait exclu, loin des temporalités dont il a l’habitude. Les 74 803 jours qui forment le titre de l’exposition manifestent un temps dilaté que nous observons se faire et se défaire dans l’aquarium, dont le courant électrique rejoue un phénomène que nous pouvons voir ici en accéléré : contempler l’aquarium quelques minutes équivaudrait à l’examiner quelques semaines ou quelques mois.

Mais l’œuvre d’Hicham Berrada n’est pour autant pas uniquement à envisager sous l’angle d’une noirceur mélancolique : si son Jardin inaltérable (2017) a de quoi rendre quelque peu circonspect, en raison peut-être de la littéralité formelle de cet éden doré, une dernière œuvre apparait telle une clarté consolatrice. Méditation x 240 (2017) est une installation vidéo conçue spécifiquement dans et pour la salle des religieuses : sept écrans redoublent l’architecture des lieux, et diffusent, dans une prise de vue image par image accélérée en quelques minutes, le trajet du soleil à travers les vitraux blancs. Dans le silence et l’apparente immobilité — parfois, des visiteurs curieux se distinguent derrière les fenêtres, l’espace d’un quart de seconde —, des taches de lumière se déplacent précautionneusement, des murs au sol, en glissant avec grâce. Puis la nuit survient, enveloppant la salle d’obscurité avant l’aube bleutée, qui n’en finit pas de revenir. Assurément, et même si on aurait pu en douter, le jour continue de se lever.

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