Galerie Hugues Charbonneau, Montréal, Stay Golden, Maria Hupfield

86
2016
Galerie Hugues Charbonneau
  • Maria Hupfield, Jiimaan, 2015. Photo : permission de la Galerie Hugues Charbonneau
  • Maria Hupfield, Trophy Wall, 2015. Photo : permission de la Galerie Hugues Charbonneau
  • Maria Hupfield, Stay Golden, vue d'exposition, Galerie Hugues Charbonneau, 2015. Photo : permission de la Galerie Hugues Charbonneau
  • Maria Hupfield, Stay Golden, vue d'exposition, Galerie Hugues Charbonneau, 2015. Photo : permission de la Galerie Hugues Charbonneau
  • Maria Hupfield, Stay Golden, vue d'exposition, Galerie Hugues Charbonneau, 2015. Photo : permission de la Galerie Hugues Charbonneau

[In French]

Stay Golden, Maria Hupfield
Galerie Hugues Charbonneau, Montréal, du 10 octobre au 14 novembre 2015

« Je dirais que toute affection enveloppe le passage par lequel on arrive à elle », déclare Deleuze à son auditoire vincennois ; chercher ces passages renouvèle une réflexion sur la nature de la posture critique et la capacité de l’art à « affecter » lorsqu’il agit au cœur de l’institution.

Dès le seuil de la galerie, des objets aux courbes dorées (Trophy Wall) invitent à s’engager dans l’exposition de Maria Hupfield, Stay Golden. Au centre de la pièce, Jiimaan (vidéo, 2015) présente des éléments issus de la performance éponyme réalisée durant la Biennale de Venise, soit une double projection vidéo (avec et sans public) et les objets que l’artiste y manipule. Enfin l’œuvre intitulée Shared Work with Rock Carrier Prototype (2015) métamorphose en collaboration artistique la récupération de barrières de construction, que l’artiste transforme en un lance-pierre géant.

Dans Jiimaan, on observe Hupfield. Face à son public, l’artiste établit son territoire et arpente le patio vénitien, un canot de feutre sur le dos. Symbole de la culture Ojibwe dont elle se réclame, l’objet enracine ses gestes dans l’imaginaire d’un rituel teinté d’ironie, car le spectateur ne peut que spéculer sur sa nature véritable. L’artiste investit cet espace de négociation en s’assurant la collaboration active de l'auditoire dont elle troque la participation contre des tokens, itération d’un pacte historique. Au cœur de cette adresse se révèle le passage par lequel le corps de l’artiste soutient la dimension critique du travail : son attitude, consistant à se prêter avec force sourires aux regards et au jeu avec le public, contraste avec le mouvement général de la forme artistique qui fait subtilement évoluer les référents symboliques à l’œuvre, par un usage polymorphe de l’espace et des rôles des participants. Son jeu recontextualise l’espace commun, multiplie les mises à distance et les points de vue sur la situation initiale : disparaissant dans le puits central du patio, Hupfield réapparait verres en main, trinque avec le public, transformant l’action collective en socialisation postvernissage.

Le style Hupfield digère ainsi le hic et nunc du continuum performatif au sein même de l’adhésion de son public, dont elle redéfinit constamment la nature de la collaboration. De quelle transaction s’agit-il alors ? L’exposition intervient comme une réponse et un prolongement du geste performatif ; les œuvres dorées qui composent Trophy Wall constituent les artéfacts d’une lutte aux titres évocateurs (Victory in Defeat, Stomach Knot, 2015), tandis que le visiteur s’assoit « à sa place » sur un banc recouvert de feutre (Wisdom Sits in Places, 2015). Le vocabulaire de la colonisation, les tractations entre conquérants et autochtones apparaissent en filigrane, cependant que les œuvres infiltrent la valeur des échanges qui président au système de l’art. Poursuivant cette intégration au cœur des flux des transactions qui définissent les relations entre les cultures, Hupfield établit lors de la cession d’œuvres la possibilité de leur réactivation possible, suscitant de facto l’adhésion idéologique des gardiens et promoteurs de son système de production critique. Un réseau complice s’établit entre musées, galeries, collectionneurs ; Hupfield y fait fructifier ses gestes et affecte nos perceptions par l’attraction dorée dont elle confectionne sa critique.

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