Galerie antoine ertaskiran, Montréal, Justine, Tricia Middleton

87
2016
Galerie antoine ertaskiran
  • Tricia Middleton, After Rigaud, a somewhat personal, if not a little abstract, chronicle of contemporary fashion (with judgement), 2015. Photo : © Paul Litherland
  • Tricia Middleton, Justine, vue d'exposition, galerie antoine ertaskiran, Montréal, 2016. Photo : © Paul Litherland
  • Tricia Middleton, Moon, 2013 - 2014. Photo : © Paul Litherland
  • Tricia Middleton, Relics mound, 2015. Photo : © Paul Litherland
  • Tricia Middleton, Smoking transference, Paris, 2015. Photo : © Paul Litherland
  • Tricia Middleton, Table, really overstuffed, crying about it, détail, 2015. Photo : © Paul Litherland
  • Tricia Middleton, Table, really overstuffed, crying about it, 2015. Photo : © Paul Litherland

[In French]

Justine,Tricia Middleton
Galerie antoine ertaskiran, Montréal, du 13 janvier au 13 février 2016

Le tout et la partie : la galerie se présente comme une scène de théâtre avec ses personnages et son décor. Des formes monstrueuses et fantomatiques, à l’allure humaine, sans respect pour l’échelle, côtoient des installations composées d’objets vaguement familiers. Mais, l’effet d’unité scénique se défait dès que le spectateur pénètre dans l’espace. Comme dans toutes les expositions de Tricia Middleton, la dimension narrative est essentielle, en même temps qu’elle se déconstruit toujours, et cette fois, bien plus encore. Les objets usuels (bouteilles, tasses à café, meubles, fleurs) suscitent à la fois des interprétations et des associations d’idées, sans que l’on sache si on reconstruit un monde perdu, si on l’invente, ou si on participe au récit de sa destruction.

La forme et l’informe : le langage sculptural est celui de la forme et de l’informe. Des formes émergent du chaos, en même temps qu’elles se dissolvent dans des magmas en décomposition. Une sorte de coulis solidifié recouvre tous les objets et constitue la matière première de toutes les masses présentées. Cet effet de dissolution crée une temporalité qui va dans tous les sens. S’agit-il des ruines d’une vie quotidienne, ou d’un monde onirique en devenir ? On ne peut pas le savoir. On est contraint de se reconnaitre dans cette corporalité entre le solide et le liquide, entre le permanent et le mouvant.

Justine avec et contre Sade : l’exposition s’intitule Justine et s’accompagne d’un discours qui fait plutôt référence au créateur de Justine. Reprenant aux littéraires, notamment à Maurice Blanchot, leur fascination pour l’écriture de Sade, Middleton voit dans le projet de Sade un rêve totalitaire qui se déconstruit – elle dit même « se détruit » – lui-même dans une fragmentation infinie (les listes de sévices), dans une violence qui perd son sens dans l’impossible figure de la victime. Au projet totalitaire répond le projet artistique qui fait voir le résidu de la violence que Middleton associe à celle du capitalisme. L’artiste s’identifie à Justine dans l’esprit de Sade et en même temps elle reprend à Sade son pouvoir de destruction pour créer un monde en ruines.

Le spectateur et le narrateur : ici la démarche artistique est la même que celle des travaux antérieurs, mais la référence au couple Justine/Sade rajoute une sorte de mode d’emploi. L’artiste, en s’avouant aussi bien spectatrice que narratrice, reconnait posséder une pulsion de destruction, et en même temps une folie qui la fait habiter dans ce monde qui se défait. À la fois active et passive, maitresse de son art et dépossédée, elle invite le spectateur à vivre dans son monde. C’est l’ironie sadienne qui se joue ici. Le spectateur ne peut rester indifférent à ce chaos et se contenter de voir dans les œuvres exposées une critique de tout et de rien, une critique du capitalisme, de la surproduction d’objets, de l’obsession du soi ; il doit aussi, sur l’injonction de l’artiste, habiter ce monde d’objets perdus et de sculptures impossibles. Dans son travail antérieur, Tricia Middleton nous a toujours proposé des décors de mondes possibles et impossibles, mais avec cette nouvelle exposition à la galerie antoine ertaskiran, elle veut nous forcer à y participer pleinement.

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