Flux, David Altmejd

  • David Altmejd, Sarah Altmejd, 2003. Photo : Lance Brewer, permission de la Andrea Rosen Gallery, New York
  • David Altmejd, Le désert et la semence, 2015. Photo : Richard-Max Tremblay, permission de la Andrea Rosen Gallery, New York, © David Altmejd
  • David Altmejd, The Island (détail), 2011. Photo : Farzad Owrang, permission de The Brant Foundation Art Study Center, Greenwich
  • David Altmejd, Untitled 2 (Bodybuilders), 2011 et Le trou, 2015. Photo : Richard-Max Tremblay, permission de The Brant Foundation, Greenwich, et Andrea Rosen Gallery, New York
  • David Altmejd, The Flux and The Puddle (détail), 2014. Photo : James Ewing, permission de la Andrea Rosen Gallery, New York, © David Altmejd
  • David Altmejd, The Flux and The Puddle (détail), 2014. Photo : James Ewing, permission de la Andrea Rosen Gallery, New York, © David Altmejd
  • David Altmejd, The Flux and The Puddle (détail), 2014. Photo : James Ewing, permission de la Andrea Rosen Gallery, New York, © David Altmejd
  • David Altmejd, Untitled 9 (Watchers), 2014. Photo : Richard-Max Tremblay, permission de la collection Paul et Mary Dailey Desmarais

 [In French]

Dévoilée au Musée d'art moderne de la Ville de Paris puis montrée au MUDAM – Musée d'art moderne Grand-Duc Jean du Luxembourg, Flux de David Altmejd conclut son périple cet été au Musée d'art contemporain de Montréal (1).

Très attendue, cette première exposition consacrée par un musée québécois à l'artiste d'origine montréalaise offre une synthèse fort cohérente de sa pratique sculpturale, dont les œuvres, marquées par l'excès, l'hybridation et le principe de métamorphose, transposent une vision profondément indéterministe et non anthropocentrique du monde et du vivant. S'ouvrant avec la sculpture Sarah Altmejd (2003) et culminant avec l'imposante pièce The Flux and the Puddle (2014), le projet, présenté à juste titre comme un « bilan critique de type rétrospectif (2) », regroupe une trentaine d'œuvres réalisées au cours des quinze dernières années, période durant laquelle l'artiste s'est remarquablement distingué sur la scène internationale.

Plutôt que de proposer un déploiement rigidement chronologique, la commissaire Josée Bélisle a intelligemment scénarisé le parcours de l'exposition autour d'affinités plastiques, formelles et thématiques entre les pièces. Ce parti pris permet aux visiteurs de saisir concrètement les obsessions et les préoccupations premières de l'artiste et de suivre de manière organique l'évolution de son œuvre à travers ses différentes déclinaisons – parmi lesquelles figurent ses séries de loups-garous, d'hommes-oiseaux, de têtes renversées et de géants, dont les Bodybuilders et les Watchers.

Composé de microcosmes fantaisistes qui semblent découler du frottement entre minimalisme et baroque, et habité de créatures mutantes qui s'apparentent aux rejetons illégitimes d'un univers sublime et grotesque, le travail sculptural d'Altmejd met en relation – et en tension – des éléments qui semblent à priori antinomiques. Abordant la matière d'un point de vue moléculaire, c'est-à-dire à travers les flux dynamiques qui organisent le monde et relient les êtres vivants au reste du cosmos, les sculptures d'Altmejd se caractérisent davantage par l'énergie ambigüe qu'elles génèrent que par ce qu'elles mettent littéralement en scène.

Mais s'il en est un, le sujet central de son œuvre demeure néanmoins la sculpture, comme le souligne d'ailleurs Louise Déry dans son éclairant essai « Le Codex d'Altmejd (3) », publié dans le catalogue accompagnant l'exposition. De fait, pour celui qui, dans un désir analogue à celui de Pygmalion, cherche à donner vie à ses œuvres afin qu'elles puissent « exister » par elles-mêmes, la sculpture, en raison de son rapport singulier à la corporéité et à l'occupation physique de l'espace, apparait comme le médium par excellence pour extirper son travail d'une logique purement mimétique. Forme d'hommage à sa sœur, la sculpture Sarah Altmejd (2003), un buste de jeune femme au visage pulvérisé par un trou noir suggérant l'infini, catalyse cette puissance d'agir qu'acquiert la matière sous les doigts alchimistes de l'artiste. D'une beauté violente et magnétique, cette œuvre, la plus ancienne de tout le corpus exposé, semble annoncer tel un oracle les prémisses du travail plastique à venir.

Soulignons aussi qu'en dépit du fait que la sculpture soit par essence statique, Altmejd réussit à imprégner l'ensemble de ses œuvres d'un caractère indéniablement transitoire : en effet, les visiteurs ne se trouvent jamais confrontés à des formes « figées » ou « finies », mais en présence d'éléments qui semblent se faire et se défaire continuellement. Dans cette lignée, l'œuvre Le désert et la semence (2015), conçue pour l'exposition montréalaise, n'est pas sans rappeler le rapport mythique que la sculpture entretient avec le fondement même de l'existence (de l'histoire de la création de l'Homme par Dieu à celle de Prométhée en passant par le récit du Golem). Sur un imposant dispositif kitch recouvert de miroirs fragmentés, cette sculpture, tout en apesanteur, matérialise l'idée d'un cycle moléculaire infini ; deux mains pétrissant du sable donnent forme à une noix de coco qui, graduellement, se transforme en tête d'homme, puis de lycanthrope qui croque une noix de coco dont le jus s'écoule dans le sable où les mains besogneuses s'activent à modeler le monde.

L'exposition se clôt sur The Flux and the Puddle (2014), une installation composée d'un immense cube de plexiglas évoquant un étrange vivarium foisonnant de vie. Cette œuvre majeure, qui rassemble plusieurs figures et motifs phares de l'univers d'Altmejd, montre comment sa pratique parvient, de manière étonnante, à renouveler les paramètres et à repousser les frontières du plus ancien médium artistique. Récemment acquise par un fonds privé québécois (4), elle sera prêtée pour une période de dix ans au Musée national des beaux-arts du Québec qui lui réservera une salle lors du prochain redéploiement de ses collections. Parions que le plaisir toujours renouvelé des visiteurs sera de découvrir et redécouvrir les multiples strates de cette sculpture qui, semble-t-il, incarne le préalable animal de l'art, en faisant simultanément écho à la création artistique et à la nature indéniablement créative du vivant.

NOTES

(1) Du 20 juin au 13 septembre 2015.

(2) Josée Bélisle, Texte de présentation de l'exposition, www.macm.org [consulté le 30 juin 2015].

(3) Louise Déry, « Le Codex Altmejd », David Altmejd – Flux, Musée d'art contemporain de Montréal, Paris Musées, 2014, p. 39.

(4) Il s'agit de la Collection Giverny Capital dirigée par François Rochon.

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