Ferme du Buisson, Noisiel, Alfred Jarry Archipelago : La Valse des pantins – Acte II

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2016
Ferme du Buisson
  • William Anastasi, DuJarry, 1991-1994. Photo : © Émilie Ouroumov, permission de la galerie Jocelyn Wolff, Paris
  • William Anastasi, Bababad (o), 2014 et DuJarry, 1991-1994. Photo : © Émilie Ouroumov, permission de la galerie Jocelyn Wolff, Paris
  • Julien Bismuth, Untitled, 2015. Photo : © Émilie Ouroumov, permission de l'artiste et de la galerie Georges-Philippe & Nathalie Valois, Paris
  • Nathaniel Mellors, Giantbum, 2008. Photo : © Émilie Ouroumov, permission de l'artiste et de Matt's Gallery, Londres
  • Nathaniel Mellors, The Object (Ourhouse), 2010. Photo : © Émilie Ouroumov, permission de l'artiste et de Matt's Gallery, Londres

[In French]

Alfred Jarry Archipelago : La Valse des pantins – Acte II
Ferme du Buisson, Noisiel, du 18 octobre 2015 au 14 février 2016

Grande référence des surréalistes, Alfred Jarry est peu cité dans l’art contemporain, éclipsé autour des années 1950 par la redécouverte de Marcel Duchamp et de Dada comme modèles subversifs.

L’exposition Alfred Jarry Archipelago : La Valse des pantins – Acte II, deuxième volet d’une manifestation plus vaste, après une première partie programmée au Quartier de Quimper et une troisième au Musée Marino Marini de Florence, se présente comme une quête autour des résurgences actuelles de l’esprit antirationnel de l’écrivain.

L’exposition n’est donc pas un hommage à Jarry, ni une confrontation d’artistes inspirés par lui (bien que ce soit tout de même le cas chez certains), mais plutôt une relecture d’œuvres en lien avec la logique absurde de ses écrits, à laquelle s’ajoutent des commandes auprès d’artistes potentiellement « jarryesques ».

Pièce monumentale occupant les premières salles, l’installation de l’artiste américain William Anastasi, DuJarry (1991-1994), place d’emblée le spectateur face à une démarche scientifique et esthétique, érudite et inventive, méticuleuse et fantasque. Plus de neuf-cents pages manuscrites d’une étude sur Jarry et Duchamp (le deuxième devant, selon Anastasi, sa créativité au premier) sont tapissées sur les cimaises de l’exposition. L’œuvre nous fait pénétrer à la fois physiquement et mentalement dans la réflexion de l’artiste et constitue une alternative sensible à l’approche universitaire strictement méthodologique. Accompagnant ces pages, deux peintures et une sculpture sonore de l’artiste viennent réaffirmer le devenir artistique de son activité intellectuelle.

Dans la veine de cette première installation, une série de photographies réalisées pour l’occasion par Julien Bismuth, artiste français installé à New York, sont réparties en piles dans les salles, pour être emportées. Ces photographies donnent à voir des pages de l’ouvrage de Jarry Gestes et opinions du Docteur Faustroll (1898), rappelant notamment la définition de la « pataphysique » : « la science de solutions imaginaires, qui accordent symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité ». Les mains de l’artiste tenant le livre ouvert rappellent les gestes évoqués par le titre et attirent l’attention sur les conclusions que l’on peut tirer de la conciliation du geste-récit d’aventures avec le geste-corps.

Certains artistes explorent d’autres caractéristiques de la pensée de l’écrivain, soit le grotesque et l’humour noir. Deux œuvres de Nathaniel Mellors, d’origine britannique, font ainsi écho à Jarry, en le déplaçant côté gore. La vidéo Giantbum (2008) reprend les codes du sitcom en situant l’action dans les intestins d’un géant, tandis qu’une autre pièce, The Object, présentée comme une sculpture, est en réalité une marionnette monstrueuse, personnage principal d’une autre vidéo : un ogre dévore des livres la nuit et les vomit le jour. La pièce se compose d’une figure de latex très réaliste qui, grâce à un programme électronique et un flux en circuit fermé, régurgite en continu un mélange de pâte de papier et d’eau. L’œuvre est drôle et inquiétante à la fois, renvoyant à la figure de clown-dictateur Ubu.

En faisant ainsi le tour des héritages possibles de Jarry, l’exposition fait rêver d’une histoire de l’art contemporain renouvelée, exhumant encore d’autres références historiques tout aussi passionnantes.

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