editorial

10 - Montréalités - Printemps / été - 1988
Johanne Chagnon

[in French]

Après les deux dernières parutions de ESSE, l’une consacrée aux conditions de la critique d’art aujourd’hui, l’autre à la question de l’art actuel et du politique, ce numéro rassemble des textes dont le dénominateur commun est MONTRÉAL. Il s’agira d’un événement ou l’autre, d’une exposition ou l’autre, d’une table-ronde ou l’autre. Nous laissons à chaque auteur-e le soin d’y aller de son opinion critique et à chaque lecteur-trice le soin d’en tirer les réflexions appropriées. Notre éditorial, plutôt que de faire retour sur le contenu des articles tentera de dégager des courants ou alternatives observables sur la scène montréalaise à l’automne 87.

Au fil des numéros, ESSE s’est définie certains paramètres qui guident sa vigilance critique. Notre champ d’action se concentre particulièrement sur le Québec et tente de cerner l’ensemble du système culturel afin de placer les productions et réflexions artistiques dans leur environnement culturel et social.

Cette volonté de dégager la portée sociale des interventions artistiques s’est affirmée peu à peu en voulant accentuer positivement la spécificité de la production québécoise. Spécificité qui existe malgré que l’on se repose sans cesse cette fameuse question (1), quand ce n’est pas pour se demander si la question même se pose! Ce caractère spécifique ne saurait être pleinement mis en valeur sans tenir compte également du contexte historique dans lequel s’inscrit l’activité artistique québécoise.

C’est dans cette optique que l’observation de la scène québécoise au niveau des arts visuels met en évidence certaines propositions qui permettent de tâter le pouls de la manière dont l’art se pense, s’active, s’affirme au Québec. Le milieu artistique cherche dans diverses directions des alternatives significatives. Il importe d’en saisir collectivement les différentes facettes pour ne pas toujours brasser les mêmes chaudrées et en être encore, au Québec, « là où nous recommencerons une fois de plus à être ce que nous avons toujours rêvé d’être » (2); cette sempiternelle et tannante quête de nos « racines » basée sur une vision trop déprimante et qui, faute de pas tenir compte de la réalité d’aujourd’hui, n’apporte aucun dynamisme, comme en est représentatif le récent film-documentaire de Jean Chabot, Voyage en Amérique sur un cheval emprunté.

J’en profiterai pour rappeler ici plus spécialement trois manifestations survenues à l’automne dernier et qui ne font pas l’objet d’un article dans ce numéro.

Peintres juifs et Modernité : Montréal 1930-45

L’exposition a été présentée au Centre Saidye Bronfman du 6 octobre au 5 novembre 1987 sous l’initiative de la conservatrice Esther Trépanier. Avant la tenue de cette exposition, rares sans doute étaient ceux qui connaissent les œuvres de Bercovitch, Beder, Briansky, Pinsky et autres. Pourtant l’un des critères de sélection de ces artistes fut leur professionnalisme, leur intégration aux grands réseaux artistiques de l’époque. La critique d’art dans les années 30 en parlait régulièrement et les présentait comme des défenseurs d’un art contemporain. C’est pourquoi Esther Trépanier, intéressée par cette période historique, est partie à la recherche (véritablement) de ce groupe de peintres plus ou moins ignorés.

La présentation de cette exposition offre donc l’intérêt de nous faire connaître un aspect méconnu de l’art québécois. Je résumerai ici certaines des problématiques artistiques des peintres juifs de la modernité : le traitement de thèmes différents de ceux qui dominent alors la scène québécoise et canadienne (des représentations de la ville et de la figure humaine au lieu de celles du terroir et des grandes étendues désertes), la recherche formelle et la question de l’engagement social de l’artiste.

Pour saisir tout l’intérêt de l’exposition Peintres juifs et Modernité : 1930-45, il faut bien comprendre qu’elle s’inscrit dans une recherche plus globale que mène Esther Trépanier sur les débuts de la modernité culturelle au Québec : très peu d’écrits portent sur ce sujet. La période de l’entre-deux guerres est pourtant une période importante qui prépare le terrain à l’épanouissement amené par Borduas et le mouvement automatisme en peinture. De plus, cette recherche menée par Esther Trépanier n’est pas isolée, elle rejoint d’autres recherches similaires dans divers domaines (théâtre, roman, sciences…) qui tentent de dégager positivement les particularités de cette période méconnue (3).

L’analyse de l’art de ces peintres juifs des années 30 et 40 fait ressortir les facteurs socio-économiques caractéristiques du développement d’une pratique artistique «locale». Comme Esther Trépanier l’explique :

« Si on regarde un peu l’histoire de l’art européen, la modernité apparaît quand on abandonne les techniques et les sujets académiques et quand l’artiste commence, en adoptant des sujets plus contemporains, à faire primer de plus en plus sa perception subjective et son travail formel original. Et comme c’est de plus en plus sa perception subjective et sa propre expérimentation qui est mise de l’avant, à la limite, on arrive à l’abstraction. Or au Québec et au Canada, ce qui est intéressant, c’est que cette crise de remise en question de ce qui constituait notre académisme, c’est-à-dire le nationalisme en art, se produit en même temps qu’une crise économique. C’est comme si on conjuguait deux crises en même temps : une crise artistique de remise en question de la tradition et de l’académisme avec une crise économique qui amènent également l’artiste à se poser des questions sur son rôle social, sur sa fonction, sur son implication dans les débats qui sont en train de déchirer, à toutes fins pratiques, l’ensemble de la civilisation occidentale… D’une certaine manière, c’est un caractère spécifique de l’art québécois, d’autant plus qu’aux États-Unis, cela se vit autrement. On avait déjà eu des premières manifestations d’abstraction et de formalisme dans les années 10. Et pour les États-Unis, la crise économique marque un repli au niveau artistique où là, on va promouvoir un art typiquement américain. Alors que les États-Unis sont dans une espèce de retour au nationalisme en art, au Canada, on est précisément en rupture de ban avec le nationalisme en art qui, lui, a fait les beaux jours des années 10-20. Et effectivement, on est dans une époque où être impliqué socialement n’est pas indépendant et n’est pas différent d’être ouvert à des tendances internationales (4). »

Esther Trépanier évite les comparaisons souvent désavantageuses avec les œuvres européennes et américaines de la même période et relève de façon éclairante ce que les productions artistiques d’ici peuvent nous apprendre, à nous; ce que ne peuvent faire les productions d’ailleurs.

Il y aurait encore à dire sur les questionnements soulevés par cette exposition, et pertinents encore en 1988 : par exemple, la question de la modernité en opposition avec celle du nationalisme des années 30 caractérisé par un clérico-nationalisme conservateur, ou la question de la modernité allant alors de pair avec l’ouverture de l’attitude internationaliste (toujours problématique, n’est-ce pas ?). Il n’en demeure pas moins qu’une telle recherche sur un seul aspect de l’art québécois laisse entrevoir que bien d’autres secteurs d’activités restent encore inexplorés et qu’une meilleure connaissance de ces secteurs pourrait nous apporter des assises collectives plus solides.

De Stations en Stations

Rappelons certains faits : Serge Lemoyne participait à l’exposition Stations organisée par le Centre international d’art contemporain (CIAC) et présentée à la Place du Parc du 1er août au 1er novembre 1987. L’exposition regroupait 34 artistes : des « gros » noms du Québec, du reste du Canada, des États-Unis et d’Europe. Dès le début de l’exposition, Lemoyne se manifestait publiquement pour essayer d’attirer l’attention des médias, attention dirigée sur le travail des deux conservateurs de Stations au détriment, selon lui, des œuvres elles-mêmes, et des artistes bien sûr. Les moyens employés pour cette conquête du public : un espace publicitaire sur les panneaux «Mon choix cette semaine» installés dans les wagons du métro et ce pendant plusieurs semaines, des affiches placardées un peu partout en ville rappelant sa présence à Stations, deux interventions radiophoniques sur les ondes de CIBL (5) et un texte paru dans le journal Le Devoir du 21 novembre 1987 faisant le bilan de sa participation à Stations et proposant des solutions positives pour redonner à l’événement davantage de place dans la vie culturelle montréalaise. Lemoyne concluait sa série d’interventions par la présentation d’une exposition intitulée Stations supplémentaires – Hommage aux créateurs vivants au Centre Copie-Art, du 4 au 23 décembre 1987. On ne peut que lui reconnaître une certaine cohérence d’actions!

Cette cohérence ne date pas d’aujourd’hui. Les actions que mène Serge Lemoyne depuis les années 60 visent toujours, entre autres objectifs, à faire valoir des conditions plus adéquates à la pratique artistiques; but qui doit bien être quasi impossible à atteindre au Québec si on en juge par la répétition du propos chez l’artiste : les fameuses MTGG ou « maladies transmises de génération en génération » ! (6) Lemoyne est parmi les « rares » créateurs à exprimer cette conscience du contexte historique, comme en fait foi son œuvre exposée à Stations et qui rend hommage à Christo, mais aussi aux Automatistes et aux Plasticiens qui l’ont précédé et conte lesquels il s’est battu à ses débuts, il y a 20 ans. Hommage d’autant plus significatif que sont également présents à Stations Françoise Sullivan (une des signataires du Refus Global) et Guido Molinari («figure de proue» du mouvement plasticien montréalais).

Rappelons que dans les années 60, un groupe d’artistes dont Serge Lemoyne participaient d’un projet artistique commun et développaient une autre attitude face à l’art, ce que Yves Robillard qualifiait de « souci nouveau d’efficacité sociale » (7). Certaines de leurs préoccupations, comme rendre l’art accessible, rejoindre le plus de gens possible, s’intéresser aux moyens de communication de masse, visaient à réduire la distance entre l’artiste et la société. Lemoyne participait alors à des happenings collectifs, organisait des événements où il « montrait » publiquement ce qu’il fait quand il peint, essayait d’amener le public à vivre de la même expérience : implication et affirmation d’une présence en tant qu’artiste en même temps que sont menées d’autres luttes sociales dans ces années 60.

Ce sont toujours les mêmes préoccupations qui habitent Serge Lemoyne : réduire la distance entre l’artiste, l’œuvre et le public, défendre sa propre existence. Le tapage publicitaire centré autour du travail des conservateurs de Stations est venu fouetter une fois de plus ce «vieux» débat.

Ce désir d’éliminer tout intermédiaire est partagé par de nombreux artistes, car même si Lemoyne est le plus tapageur, il n’est pas le seul à penser ainsi. Ce sentiment devrait peut-être allumer une lumière d’urgence quelque part : il témoigne d’une impression de perte de contrôle par les artistes au niveau de la diffusion de leur travail, mais dénote aussi cette idéologie qui considère l’œuvre suffisante en elle-même.

Lemoyne ne lâche donc pas. Mais parce qu’il est acteur sur la scène québécoise, depuis de nombreuses années, son observation actuelle de la situation artistique est d’autant plus décourageante, pour ne pas dire carrément plus «déconcrissante» :

« On semble toujours radoter un peu les mêmes problèmes, mais c’est parce qu’en fin de compte, cela ne change pas. D’année en année, c’est toujours la même chose. Et on se demande comment on pourrait sortir de cette espèce de ghetto-là. On ne sait pas si ce sont des gens de l’extérieur qui vont finir par nous découvrir ! Mais je pense qu’effectivement, c’est dû à une situation géographique et économique […]. Les nouvelles générations ont les mêmes problèmes qu’on a eus. C’est un cercle vicieux. Et personne n’est capable de voir la porte de sortie […]. À l’époque, dans les années 60, les médias étaient plus ouverts aux recherches et à l’expérimentation qu’ils le sont maintenant. Les jeunes artistes ont beaucoup plus de problèmes à diffuser leurs œuvres qu’on en avait, nous. Les médias sont à peu près les mêmes et les artistes se sont multipliés par 20 ou 30 ou 50. L’accès à l’information est encore très limité. Ça doit être épouvantable pour les jeunes artistes qui commencent (8). »

Chose certaine en tous cas, il y a des artistes qui travaillent et veulent continuer à travailler ici, à exercer un impact sur leur propre milieu, qui se résignent mal à voir la situation se dégrader et tentent toujours et malgré tout de réagir. Et leur action se retourne en question adressée à toute la collectivité :

Quelle place sommes-nous prêts à accorder à la production artistique actuelle ?

Pendant ce temps, certains artistes québécois tentent d’autres alternatives face à cette situation. C’est ce qu’a fait ressortir l’exposition Profils présentée du 7 novembre 1987 à la Maison de la Culture Côte-des-Neiges par le conservateur et agent culturel de la Maison, Jean Paquin. Cette exposition avait l’intérêt non seulement de montrer les œuvres de 11 artistes québécois établis à New York depuis un certain temps (entre 1 et 8 ans) mais aussi de faire réfléchir sur les motivations d’un tel comportement dans le contexte actuel (9). À cet effet, une table-ronde avec huit des artistes participants était aussi organisée le 14 novembre, à la Maison de la Culture toujours (10).

Je m’attarderai davantage ici aux propos des artistes eux-mêmes car ils peuvent nous laisser pour le moins sceptiques : il y est souvent question de « compétition », « entreprise commerciale », « concurrence », « marché concret »… On croirait entendre le discours de n’importe quel commerçant! Comme le résume l’un d’entre eux :

« Tu sens que dans le milieu de l’art, c’est exactement pareil comme dans les autres milieux de concurrence commerciale […]. Il faut aller là comme quelqu’un qui veut mettre en marché quelque chose et qui doit se battre pour faire valoir son produit (11). »

On s’attendrait à autre chose d’une proposition artistique! Il me semble entendre Céline Dion chanter : « Incognito/Je recommence ma vie à zéro ». Céline Dion à qui on fait porter tous les espoirs québécois de carrière internationale.

Mis à part ces considérations mercantiles, la distance aidant, la plupart de ces artistes s’intéressent quasi inévitablement à la question de leur identité personnelle et collective. Il semble qu’en ce moment plusieurs sentent le besoin de mieux se définir en prenant un certain recul et en confrontant leur réalité avec d’autres, ce qui pourrait constituer un apport intéressant. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, Michel Daigneault mentionne :

« Il y a une sensibilité qui s’est développée au Québec mais qui reste difficile à nommer […]. Par exemple, si on regarde seulement la palette des couleurs des peintres québécois, il y a une sensibilité qui est très particulière. Si on se préoccupe de l’espace, il y a un espace qui est très particulier […]. C’est des choses qu’on sent à l’étranger beaucoup plous que quand on reste au Québec […] les gens aux États-Unis peignent de façon différente (12). »

Par contre il ajoute :

« C’est de plus en plus important pour le Québec de commencer à s’exporter, et cela se fait à tous les niveaux. Il me semble que c’est le seul moyen de vraiment vivre cette identité nationale, dans l’exportation, c’est-à-dire dans l’acceptation à l’étranger, pour qu’en revenant, par la suite, il y ait quelque chose qui se bâtisse ici (13). »

Est-ce bien dans cette optique que peut résider une alternative enrichissante ? La question est posée mais attend sa réponse. Il faut mentionner que les artistes ne se rendent pas tous à New York poussés par les mêmes raisons. Ainsi, François Morelli se fout des bourses ou du marché et veut d’abord faire de l’art, point. Il a choisi d’enseigner et de travailler à New York avec des gens qui ont critiqué le marché dès les années 60 et continuent à la critiquer, telle Allan Kaprow. Paul Hunter, quant à lui, est guidé par d’autres objectifs :

« Aussitôt qu’on vient avec une identité culturelle, les gens nous voient venir avec nos sabots. Je pense que la meilleure manière, c’est l’infiltration. C’est vrai que c’est une entreprise commerciale. Les artistes ont peut-être des bonnes intentions mais c’est aussi un travail d’équipe, il y a des galeries là-dedans (14). »

Mais New York n’est pas un paradis facile d’accès. Aucun des artistes présents à Profils ne vit de son art à New York. Il n’y a que pour Paul Hunter que ça commence à déboucher : après tout de même huit ans de pied de grue devant les galeries, et un commentaire favorable d’un critique du New York Times, l’an dernier suite à sa participation à l’exposition Lumières… du CIAC à… Montréal ! En ce qui concerne la situation pénible des autres artistes, comme le souligne Harlan Johnson, l’attrait du marché « reste au niveau d’un mythe motivateur » (15) et ne correspond pas à la réalité concrète.

Mais il n’en demeure pas moins que l’effet de stimulation offert par New York n’est pas à dédaigner. Jean Paquin, conservateur de Profils, perçoit la recherche de ces artistes comme un élément positif au niveau individuel :

« Les gens qui vont à New York ont le désir soit de produire quelque chose de différent, soit de faire de nouvelles recherches ou même d’essayer de se retrouver eux-mêmes dans toute cette grande dimension qu’est l’art visuel en fait […]. Pour beaucoup de ces artistes, le fait qu’il y ait une large concurrence les pousse à travailler plus […]. New York peut permettre l’éclosion de différentes formes d’art, c’est justement ça que la ville demande aux artistes : n’essayez pas d’être confortables ou prudents dans ce que vous faites, essayer d’innover et de confronter vos images, vos émotions. Il y a moins d’interdits. L’anonymat favorise peut-être plus vite un renouvellement formel (16). »

Ressourcement? Perte d’identité? Réussite financière ? Il reste à voir ce que cette aventure new-yorkaise peut nous apporter collectivement. Ici.

C’est un peu au hasard de tous ces brassements que nous nous croiserons peut-être au détour d’une page…

NOTES:

(1) Le numéro 1 (automne 87) de la revue ETC Montréal publiait justement un dossier thématique intitulé «Réalité québécoise».
(2) Phrase savoureuse extraite de l’encart Journal-Souvenir 1981 du Comité organisateur de la Fête nationale du Québec, citée par Jean Larose dans La petite noirceur, Boréal, Montréal, 1987, p.35.
(3) Cf Yvan Lamonde et Esther Trépanier (Éds), L’avènement de la modernité culturelle au Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1986, 319 pages.
(4) Propos recueillis lors d’une entrevue réalisée par Johanne Chagnon et Marie-Sylvie Hébert pour l’émission Les Mauvaises langues et diffusée sur les ondes de CIBL-FM, 11 octobre 1987.
(5) Les 11 août et 11 décembre 1987 à l’émission Les mauvaises langues.
(6) Dans l’article du journal Le Devoir, 21 novembre 1987.
(7) Yves Robillard. «Les beaux-arts», in Léopold Lamontagne (Éd.), Le Canada français d’aujourd’hui, Presses de l’Université Laval, Québec, 1970, p.98.
(8) Propos recueillis lors d’une entrevue réalisée par Johanne Chagnon et Marie-Sylvie Hébert pour l’émission Les mauvaises langues, CIBL-FM, 20 décembre 1987.
(9) Les artistes participant à l’exposition sont : Perry Bard, Simon Cerigo, Michel Daigneault, Marvin Gasoi, Paul Hunter, Harlan Johnson, Jean-Marie Martin, François Morelli, Marcel Saint-Pierre, Stephen Schofield, Yves Tessier. Une seule femme : l’esprit de conquête serait encore une qualité masculine!
(10) Michel Daigneault, Paul Hunter, Harlan Johnson, Jean-Marie Martin, François Morelli, Marcel Saint-Pierre, Stephen Schofield, Yves Tessier.
(11) Propos de Marcel Saint-Pierre recueillis par Johanne Chagnon et Marie-Sylvie Hébert pour l’émission Les mauvaises langues, CIBL-FM, 22 novembre 1987.
(12) Propos recueillis lors de la table-ronde du 14 novembre 1987.
(13) Idem
(14) Idem
(15) Idem
(16) Propos recueillis lors d’une entrevue réalisée par Johanne Chagnon et Marie-Sylvie Hébert à l’émission Les mauvaises langues, CIBL-FM, 22 novembre 1987.

9 - art actuel et le politique : (im)pertinence ? - Hiver - 1988
Le comité de rédaction

[in French]

Entre l’affirmation d’un art «canadien» qui puise ses exemples dans l’art québécois en lui retirant toute spécificité, comme tente de le démontrer l’article de Chantal Pontbriand intitulé «Histoire et postmodernité» dans Parachute 47 (été 1987) et le miroitement d’un art québécois en tant que cocktail latino-rafraîchissant, comme le vante Michel Tétreault dans l’article «L’art, c’est sorcier» (paru dans l’Actualité de juillet 1987); entre la croyance étonnamment persistante du mythe de l’objet comme «mystère» comme l’écrit le nouveau directeur de Vie des Arts, Jean-Claude Leblond, dans la parution de l’été 87 et l’auto-promotion flatteuse telle que constatée dans le numéro du printemps 87 d’Inter, nous pensons qu’il existe une voix autre : une voix qui penserait une spécificité québécoise alors que le milieu artistique québécois se refuse lui-même à la reconnaître.

Voilà pourquoi nous relançons le débat, en 1987, sur le rapport entre l’art actuel et le politique. Interrogation qui vient d’une constatation de ce qui se fait présentement dans le milieu artistique et de cette autre constatation, à savoir l’absence de discussions à propos du contexte politique et culturel.

Nous cherchons à affirmer un art québécois conscient de son apport propre, sans pour autant être refermé sur lui-même et ce, autant au niveau des œuvres qu’à celui des institutions.

Il y eut, avant les années 80, un mouvement d’art québécois engagé qui a été occulté. Les artistes qui veulent se mettre au diapason de l’art international ont-ils conscience d’une continuité historique? A-t-on conscience de la relation de son «je» avec un collectif, qui n’en serait pas un universel indifférencié?

Les différentes facettes de ce débat sur l’art et le politique constituent le propos des articles du dossier dans le présent numéro. Et, également, sans préméditation de notre part, plusieurs auteurs traitent ce sujet à l’intérieur des chroniques habituelles. Débordement qui semble prouver que le sujet ne suscite pas que de l’indifférence…

8 - La jeune critique - Printemps / été - 1987
Le comité de rédaction

[in French]

ESSE, contre vents et marées, sort son no 8, qui a fier allure. Contre vents et marées? Oui, et ce n’est pas parce que nous avons déménagé notre «siège social» à Honolulu ou Hawaï (!) mais bien parce que les conditions de réalisation et de production de chaque numéro sont telles qu’à chaque parution nous sommes les premiers surpris. Surpris d’être là, surpris aussi du résultat final qui se contrôle, vu nos moyens et nos visées, jusqu’à une certaine limite. Cette part de hasard est cependant plus stimulante qu’inquiétante étant donné le comité de rédaction qui, avec l’appui de proches collaborateurs, se charge d’en assurer la cohésion. Cohésion qui, nous prenons plaisir à le souligner, est plus marquée ce numéro-ci. ESSE a bel et bien — attention, voilà l’énormité — le goût du Québec! S’il s’agit d’un parti pris, il ne nous empêche cependant pas d’être critique, au contraire. Notre réflexion se trouve renforcée d’une part puisque nous avons circonscrit notre champ d’action et d’autre part parce que nous aimons les défis, et penser (panser?) la santé culturelle du Québec en ce moment, en est tout un!

Bref, ESSE a le Québec à œil. Cette vigilance s’applique au fil des chroniques ainsi que dans le dossier, consacré cette fois à la (jeune) critique. Parlant du dossier, on y critique la critique sur tous les tons. Certaines préoccupations communes se font à jour cependant. On insiste sur la nécessaire liberté d’action des critiques qui doivent rester à l’abri des conflits d’intérêt afin de mieux exercer leur jugement. On s’interroge aussi sur les procédés d’infiltration que semble souvent privilégier la jeune critique : pénétrer les institutions et les revues déjà existantes, passe encore, mais les critiquer en proposant des alternatives notamment, c’est mieux. Se dégage aussi de l’ensemble des textes d’une volonté de s’occuper davantage du système culturel, des réseaux qui le constituent et non uniquement de l’objet (événement et œuvres).

De plus, un besoin de mobilisation se fait sentir. Nous voulons prendre le pouls de la pensée contemporaine, mais sans la part d’à-plat-ventrisme (l’effet mode) que cela comporte habituellement. La réévaluation de notre position critique face à la production d’ici, au Québec, doit s’oxygéner tout en étant vigilante. Vous aurez compris qu’il ne s’agit pas d’exclure totalement les œuvres et les événements de notre propos mais plutôt de les mettre en contexte.

Ainsi, outre le dossier qui se charge de donner une certaine perspective, les diverses chroniques prennent la relève de l’actualité artistique. Dans Commentaires on vous livre une réflexion sur la langue et sa survie en passant par une critique du miroitement, genre Eldorado, suscité par l’éventuel partenariat : monde des affaires/monde des arts. Les activités couvertes dans Montréalités confirment, quant à elles, notre visée pluridisciplinaire : de la peinture/vidéo à la performance et à l’installation. La chronique B.D., toujours assurées par Yves Millet, propose un coup d’œil sur Agoulème 87 et ses retombées «folklorisantes», tandis que Bernard Mulaire (notre Indiana Jones de la muséologie!), nous entraîne sur la piste des éléments constitutifs du tabernacle de la chapelle Sacré-cœur (église Saint-Jacques, Montréal). Avec la chronique Entrevue, Claude Toupin persiste et signe un dialogue avec Jean-Pierre Morin (artiste) tandis que Daniel Lavoie, ex-directeur de la programmation à CIBL et à CINQ FM, nous accorde à ce titre et en exclusivité sa dernière entrevue!

Finalement, mentionnons les nouveautés : ESSE accueille ses premières poésies dans les pages Artiste-(de)-Chroniques ainsi que les délires (délices) — à-partir — d’une image signés Carole Brouillette, qui sont hors chronique. Enfin, la conception graphique du présent numéro a été assurée presque entièrement (certains auteurs ayant fait leur propre mise en page) par Catherine Chagnon (une autre Chagnon eh! Oui), artiste. Cette première est à l’image de nos initiatives antérieures qui visaient, et qui visent toujours, à faire de la revue un lieu de rencontres entre praticiens et théoriciens. Et voilà le travail!

6 - Comment parler autrement...(?) Et...comment (en) parler autrement...(?) - Printemps / été - 1986
Le comité de rédaction

[in French]

Un GROS no 6 vous attend. ESSE va toujours aussi bien. Des collaborateurs, collaboratrices dynamiques et des lecteurs, lectrices… en grand nombre!

La chronique «Les Montréalités» vous a plu… nous la poursuivons et la consacrons, cette fois, à la jeune création. Comme ESSE a de la suite dans les idées, elle n’a pas oublié les mondaines «Montréalités» et le dossier de son no 5. Elle vous ramène Ramsès, Picasso et une mention spéciale pour le «Colloque de colloques».

Un bédéiste se prononce sur le «9ième art»; un graffitiste sort de l’ombre et Interface refait surface (oui, oui, oui).

Notre «Artiste – (de) – chroniques»? Une superbe «fiction d’artiste».

Et, le plat de résistance : notre dossier thématique – parce que vous les aimez nos thèmes… (!) – COMMENT (EN) PARLER AUTREMENT… (?). À lire attentivement… Ou autrement? En deux parties.

Ensuite, vous avez droit à des «Commentaires» d’ailleurs (d’Europe, rien de moins) et d’ici. Pour terminer, le compte-rendu complet d’un forum sur la muséologie scientifique fait le tour de la situation. Vous en n’aviez pas entendu parler? Hé bien, ESSE, oui!

4 - Les pratiques de jeu en art - Printemps / été - 1985
Johanne Chagnon

[in French]

ESSE poursuit un questionnement des pratiques artistiques actuelles. Ainsi, après un dossier sur les nouveaux lieux de diffusion (dans le no 3), voici donc un dossier sur les pratiques de jeu en art. On dirait bien que le jeu conserve toute la popularité puisque le nombre de nos collaborateurs a augmenté!

On trouvera également plus de visuel dans ce numéro, et pour la première fois, une bande dessinée… à suivre.

En plus de tout le reste, bien sûr, témoignant d’un climat à la fois malicieux, consciencieux, ironique, sincère…

Ne reculant devant rien, ESSE s’implique davantage et se lance hardiment dans l’organisation d’un colloque : «Comment faire de la sociologie de l’art», dont le prochain numéro rendra compte. À surveiller!

En prime, nous vous offrons une page couverture tout à fait inédite…

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