editorial

17 - TPS : Du mythe artistique à la société Artiste ltée - Hiver - 1991
Le comité de rédaction

[in French]

Au moment de rédiger cet éditorial, la guerre a déjà fait beaucoup de ravages et de victimes dans le Golfe persique. Le premier combat terrestre a eu lieu et 11 millions de barils de pétrole sont déversés dans le Golfe. Quel sujet d’éditorial! Et en même temps, nous ne pouvons faire abstraction de ce conflit qui nous habite et dans lequel nous sommes impliqué-e-s. Et à cause duquel des gens meurent. Le comité de rédaction a donc réuni les voix de ses membres pour crier NON à cette guerre. (L’urgence du débat explique la plus grande place accordée dans ce numéro à l’éditorial, dont le contenu donne également le ton à la page couverture.)

Indépendamment de ce qui risque de se passer d’ici la sortie de ce numéro, nous pouvons, en tant qu’individu-e-s, poser certaines réflexions qui demeureront pertinentes. Nous ne prétendons pas vous livrer une analyse historique et politique complète de la situation : nous ne sommes pas spécialistes en ce domaine et, de plus, l’information que nous recevons est tellement biaisée que c’est presque faire atteinte au minimum d’intelligence de chacun-e.

Toute prise de position sur ce conflit n’est pas simple. Au-delà de notre sentiment (qui ne devrait pas surprendre les lecteurs et lectrices d’ESSE), nous devons tenir compte de notre situation en tant qu’individu-e-s faisant partie d’une entité nationale nommée Canada, impliquée dans le présent conflit armé.

Savez-vous nager dans les eaux troubles de la contradiction?

Nous sommes conscient-e-s de ce qu’il y a de presqu’indécent à donner autant d’ampleur au présent conflit. Dans quel jeu embarquons-nous? Celui des États-Unis qui ont convaincu les pays occidentaux dominants que leurs intérêts étaient sérieusement menacés?

Le Cambodge a subi un génocide d’au moins un million de personnes; la moitié de l’Afrique est en guerre; l’Amérique centrale brûle depuis 20 ans; les Palestiniens attendent justice depuis 40 ans; Sabra et Chatila : un massacre permis par Isräel; Saddam Hussein a massacré l’Iran pendant 8 ans, et a gazé les Kurdes dans le nord de l’Irak… Et que dire de la situation actuelle urgente au Libéria, conflit oublié qui fait les frais de la guerre du Golfe? À quel moment est-on autant descendu dans la rue pour manifester son opposition à ces atrocités? Comment se fait-il que maintenant nous nous donnions la bonne conscience de nous indigner davantage de ce conflit armé? Pourtant, cette guerre a bien été déclarée pour défendre notre économie capitaliste, système dont nous profitons largement. Évidemment, les chiffres (1 million de soldats) et les coûts de cette guerre, allègrement mis de l’avant par les médias, sont sans commune mesure et font peur. D’ailleurs, on parle plus des dollars dépensés que des vies humaines perdues! Et, on oublie facilement que ce conflit est la suite quasi logique de multiples jeux de pouvoir internationaux et pas seulement de l’envahissement du Koweït par un Saddam Hussein qui veut refaire l’économie de son pays. On oublie facilement que cette guerre est un héritage du découpage colonial du Moyen-Orient, découpage établi bien sûr pour protéger les intérêts occidentaux dans la région.

MAIS LA GUERRE EST ET SERA TOUJOURS INACCEPTABLE. D’aucune façon, ne peut-elle constituer une solution à quelque conflit que ce soit. Des vies humaines sont en jeu! Voilà le point essentiel à ne pas perdre de vue.

Dire non à la guerre n’équivaut pas à être pro-Hussein; comme s’il fallait obligatoirement se ranger dans une des deux camps. Dire non à la guerre, c’est refuser toute forme de logique qui prônerait la légitimité, même résignée, du recours à la violence dans le règlement d’un conflit. ON voudrait rendre cette guerre moralement acceptable sans même l’ombre d’un sentiment humaniste, si mince soit-elle, pour justifier une telle position. N’est-il pas aberrant que l’humanité n’ait pas encore trouvé d’autre solution que l’intervention militaire pour régler ses différends? Il faut chercher des moyens d’en sortir. Au moins arrêter de prononcer ces fatidiques «c’est la vie» ou «il y aura toujours des conflits».

Même les conflits larvés sont intolérables et les accepter ne fait que maintenir une situation de guerre constante qui va au rythme des crises des systèmes politiques dominants. Un engrenage terrible. Si c’était sur nos têtes que les missiles tombaient…

Avec autant de milliards consacrés depuis la Deuxième Guerre mondiale au développement de la technologie militaire, avec autant d’armes amassées dans le Golfe persique, avec autant de soldats postés de part et d’autre des frontières, il était absolument inimaginable de penser que les deux parties allaient s’asseoir et négocier la paix.

Dans un conflit d’une telle ampleur, le recours à la violence ne peut qu’exacerber les tensions, non les résorber. Il ne s’agit pas ici d’une partie d’échecs amicale où le perdant sert la main du gagnant à la fin et retourne paisiblement chez lui. On peut bien raser l’Irak, tuer «légitimement» Hussein, mais l’humiliation de la défaite serait aussi celle d’un peuple fier. Hussein n’est pas le premier ni le dernier à se poser en grand unificateur du monde arabe, en leader de la reconnaissance de la Palestine. Malgré ses dissensions, le peuple arabe se rassemble pour bouter l’«ennemi». Malgré certains de ses dirigeants, le peuple arabe acclame Saddam Hussein qu’il s’élève en véritable défenseur contre l’oppression exercée par l’Occident dont il déteste les valeurs et la perception d’une vérité unique qui n’est pas la sienne. Est-il besoin de rappeler que les bases de notre civilisation ont existé en Orient avant d’apparaître en Europe et en Amérique?

Le monde occidental qualifie Hussein de «monstre». Mais qui l’a si bien armé? Qui lui a procuré tout l’arsenal dont il dispose actuellement? Et, pourquoi l’ONU est-elle intervenue dans ce qui, initialement, était un conflit Irak-Koweït? Quand cinq pays y ont un droit de véto, on ne peut pas parler de l’ONU comme d’une organisation neutre. On a parlé d’intérêts économiques menacés. En fait, on aurait dû dire : les Arabes ne doivent pas contrôler eux-mêmes les richesses pétrolifères de leur territoire. L’Irak et le Koweït possèdent environ 35 % des ressources mondiales de pétrole. Qu’arriverait-il au niveau de vie des Américains, dont le système économique est basé sur le faible coût des ressources énergétiques, s’ils perdaient le contrôle de ces 35 %? Avec le déplacement des cibles de Hussein sur Tel Aviv, c’est le perpétuel conflit entre Juifs et Arabes qui réémerge et, là encore, les Américains ne peuvent pas ne pas voler au secours d’Israël.

Nous, hommes et femmes, Québécois-e-s, Canadien-ne-s, au sein de ce conflit international : quel est notre pouvoir d’action? D’abord, on ne devrait pas admettre que des politiciens démocratiquement élus s’arrogent le droit de nous faire déclarer la guerre sans nous consulter et sans tenir compte des sondages qui ont démontré qu’une majorité de Canadien-ne-s s’oppose à toute intervention armée dans le Golfe persique, plus exactement 56 % des Canadien-ne-s et 70 % des Québécois-e-s (La Presse, 16 janvier 1991). D’ailleurs, que vient faire le Canada dans cette galère? Il ne retire aucune goutte du pétrole du Moyen-Orient : ses ressources sont au Vénézuela, au Mexique et dans l’Ouest canadien. En tant que représentant à l’échelle mondiale d’un modèle de démocratie, le Canada se place dans une drôle de position en se portant à la défense de cette pétromonarchie qu’est le Koweït. Et nous dénonçons également la prise de position du Partie québécois qui fait preuve, lui aussi, d’une vision «économique» alignée sur celle de Washington.

Si chaque individu-e-s en désaccord avec la décision de son gouvernement envoyait une lettre de protestation à ses premiers ministres et à ses députés fédéraux et provinciaux [1]? Le nombre de lettres reçues par nos représentant-e-s réussirait probablement, au moins, à leur faire douter de leur réélection et de la sécurité de leur retraite… Ce geste peut avoir un impact certain, et il représente une de nos forces d’intervention. Il y a dix ans, par exemple, un politicien n’aurait jamais parlé de problèmes écologiques pendant sa campagne électorale. Aujourd’hui, poussé par l’opinion publique de plus en plus sensibilisée à l’environnement, il en fera le centre de sa campagne. Les gouvernements sont toujours les dernières instances à changer. Mais en 1991, combien faudra-t-il de morts au front, et malheureusement au sein des populations civiles, avant qu’on décide que c’est assez?

Il reste que notre situation socioéconomique en tant que Nord-américain-e-s est très privilégiée : nous ne connaissons pas la guerre, nous n’avons jamais reçu de bombes sur la tête. Nous pouvons bien prendre parti pour une position offensive ou pacifiste et en discuter librement, mais si nous habitions un territoire bombardé tous les 25 ans, notre opinion face au réel de la guerre serait tout autre.

Situation privilégiée et aussi inconfortable, «entre deux chaises» : si on se bat dans le Golfe, c’est pour préserver notre niveau de vie, notre bien-être qui n’est plus suffisant puisque maintenant c’est de «mieux-être» dont on parle. Que nous soyons d’accord ou non, cette guerre a été déclarée au nom du respect d’un système économique qui prône la répartition des richesses, en omettant de considérer que cette répartition devrait se faire à l’échelle mondiale.

Car le problème dépasse la question des ressources en pétrole, c’est une question de ressources alimentaires. En ce moment, ces ressources disponibles par tête dans le monde diminuent dramatiquement de sorte que les pays démunis s’enfoncent un peu plus chaque jour (René Dumont, La contrainte ou la mort, Éditions du Méridien, 1990). Il faut arrêter de faire des guerres pour protéger un système d’échange économique qui siphonne systématiquement les Tiers-Mondes de leurs richesses brutes au profit d’une minorité en Occident, dont nous faisons partie. Il faudra que ce problème se règle, et sans qu’on tue des gens pour cela!

Ici au Québec, nous sommes majoritairement opposé-e-s à toute intervention armée dans le Golfe persique. Mais on peut à juste titre se demander : est-on prêt-e à changer de mode de vie, si la paix est à ce prix-là? Jusqu’à quel point est-on prêt-e à partager? En autant que notre petit confort ne bouge pas?

C’est sûr qu’il y a des choix personnels à repenser, comme celui de moins embarquer dans le système de consommation et de production. Mais pour une meilleure redistribution des ressources, il importe de déplacer nos valeurs, nos priorités. Le problème n’est pas un manque de fric. Les exemples ne manquent pas, à tous les jours, de sommes importantes englouties dans des projets douteux. Ce déplacement des priorités est envisageable : ainsi, par exemple, avec l’argent dépensé pendant les deux premières semaines dans le Golfe, on aurait pu subvenir aux besoins en nourriture, en logements et en médicaments partout dans le monde pour un an; le coût d’un seul F-16 pourrait permettre d’éliminer de la planète une maladie comme la variole (Robert Blondin, émission Sans frontière, Radio-Canada AM, 2 février 1991).

Par où commencer si on veut finir par ne plus devoir réagir aux pots cassés, une fois que tout est déjà amorcé sans nous, en dehors de notre volonté? Qu veut la guerre? Et si personne n’en veut, pourquoi est-elle là, maintenant, à notre porte?

La guerre est au cœur de notre mode de vie. Quand je m’insurge contre les intrusions de mes voisin-e-s sur mon «2 x 4 pieds de pelouse», je délimite un territoire, je m’approprie un espace vert et je suis prêt-e à tout pour que personne ne le piétine impunément : structure d’affrontement, avoir-pouvoir… guerre.

Nous sommes tous et toutes responsables de cette guerre.

NOTES :

1. L'adresse du premier ministre canadien est : Brian Mulroney, Chambre des Communes, Ottawa. L'adresse de tout député fédéral est : Monsieur Untel ou Madame Unetelle (comté X), a/s Chambre des Communes, Ottawa. L'adresse du premier ministre québécois est : Robert Bourassa, Assemblée Nationale, Québec. L'adresse de tout député provincial est : Monsieur Untel ou Madame Unetelle (comté X), a/s Assemblée Nationale, Québec. Toute lettre envoyée à un-e représentant-e politique se poste SANS timbre.

16 - La face cachée - Automne - 1990
Le comité de rédaction

L’été 1990 au Québec a été marqué par un événement for connu, appelé «la crise amérindienne». Cet événement nous concerne tous et toutes. Au-delà des multiples propos et actions qu’il a générés, il y a lieu, ici, d’en extraire un élément de réflexion plus globale.

Un point frappant : on a pu s’apercevoir à quel point il est difficile de lire correctement la réalité en ne considérant que son propre point de vue, sans tenir compte de celui de l’autre (des Amérindiens dans ce cas-ci). Mais pire encore, combien ne savaient même pas, et ne savent toujours pas, que leur lorgnette peut être retournée? Combien d’articles, par exemple, a-t-on pu lire sans qu’à aucun moment, l’on sente de la part de l’auteur-e le moindre soupçon d’une pensée autre?

Plusieurs se sont empressés de condamner les Warriors, canalisant ainsi l’hostilité et évitant de remettre en question leurs propres comportements passés et actuels. Les Amérindiens constituent une minorité; les Blancs ont donc beau jeu de dicter les règles de conduite puisqu’ils détiennent les leviers du pouvoir politique, judiciaire et policier. Et certains ont même osé affirmer être moins bien traités que la communauté amérindienne. Comme toujours, tout dépend de quel côté de la caméra (ou de la barricade) on se trouve.

Peut-on seulement imaginer que, pour d’autres, la vie ne se résume pas seulement en travail, rentabilité, entrées et sorties à comptabiliser? Le bonheur ne se calcule pas bêtement en X dollars. Dans le conflit avec les Amérindiens, comme dans tout autre conflit, les discours des groupes en présence demeureront irréconciliables tant que le groupe dominant n’acceptera pas qu’une société puisse s’établir sur des fondements différents des siens.

À ce sujet, le livre de Lise Noël intitulé L’intolérance (Boréal, 1989) ne pouvait mieux tomber pour nous permettre de voir clair dans les rapports de domination qui s’exercent constamment, et partout dans le monde. Cet ouvrage regorge de réflexions pertinentes, en voici une : «[…] la façon de rapporter la nouvelle reposant avant tout sur la capacité du public de s’identifier avec les valeurs de la classe moyenne. C’est ainsi que le Conseil national du bien-être social constatait la propension des médias canadiens à employer le "nous" quand ils évoquaient, par exemple, le départ des vacanciers pour des cieux plus cléments, et le pronom "eux" dans des cas comme celui des chômeurs attendant de l’État le versement de leurs prestations.» (p. 39)

Le présent éditorial ne cherche surtout pas à profiter de la crise amérindienne pour établir des liens impertinents entre la situation des autochtones et celles des artistes — du genre «pauvres artistes eux aussi! — qui renforceraient une position de Blancs "pauvres victimes eux aussi!». Le but est uniquement de pointer les questions de pouvoir qui se trament, comme ailleurs, dans le milieu des arts visuels, et d’attirer l’attention sur le fait que l’art, en tant que lieu où s’exprime des différences, peut contribuer à porter un regard plus attentif sur la réalité environnante.

DOSSIER : La face cachée d’une exposition : questions de pouvoir

Ce dossier-choc, préparé par Lise Gagnon avec une équipe de collaborateurs/trices, devrait être lu par tous et toutes les artistes en arts visuels. C’est à eux/elles d’abord qu’il s’adresse afin de contribuer à les sensibiliser aux conditions trop souvent désavantageuses dans lesquelles ils/elles sont contraint-e-s de diffuser leur travail, et de les inciter à participer de plus près au processus qui façonne leur milieu.

Le dossier aborde ces questions en prenant comme exemple type l’exposition Dans dix ans l’an 2000 organisée conjointement par la Ville de Montréal et le Regroupement des associations d’artistes en arts visuels. Alors qu’elle fut conçue dans l’espoir d’en mettre plein la vue aux contribuables, en cette période électorale, Dans dix ans l’an 2000 s’est révélée plutôt un projet dont les artistes exposant-e-s ont eux/elles-mêmes fait les frais. Quand on voit, en cet automne 1990, le déploiement de l’événement hommage à l’Italie (Cosi mi piace) pour lequel les fonds municipaux ont été débloqués, encore une fois pour des visées électorales, on a plus que raison de sourciller!

Les questions de pouvoir ne s’arrêtent pas là : des luttes sont menées également entre artistes, ou plutôt entre regroupements d’artistes (le Regroupement des associations d’artistes en arts visuels et l’Association des artistes du domaine réputé des arts visuels). Et pourquoi? À cause d’une loi. La loi 78 votée par le gouvernement québécois en 1988, qui veut imposer un mode de fonctionnement fort discutable pour un motif pourtant louable : protéger les artistes dans leurs relations avec leurs diffuseurs. À noter que cette loi, adoptée depuis presque deux ans et susceptible d’avoir des répercussions importantes, est à peu près inconnue des artistes concerné-e-s…

Quatre articles de ce numéro interrogent la façon dont la réalité est véhiculée, comment intervient toujours la personne qui «rapporte». Trois auteur-e-s le font à travers la photographie et une autre à travers la vidéo, ces médiums posant plus que d’autres la question du rapport «objectif» à la réalité.

Dans la chronique COMMENTAIRES, Sylvain Campeau analyse les différences d’approche des photographes (québécois) francophones et (canadiens) anglophones, qui se traduisent par des œuvres d’un contraste évident. L’auteur souligne à la fois l’intérêt et les pièges de chaque démarche. Quant à Jean Lauzon, il traite de l’interaction sujet/photographe, de cet espace plus ou moins grand qui amène ou non le sujet à participer, posant ainsi la question de l’authenticité de l’image.

Dans la chronique DOCUMENT, la prolifique Lise Gagnon démontre la multiplicité des visages féminins à travers quelques exemples de femmes photographes oeuvrant au Québec dans les années 70-80. Pour certaines femmes artistes, s’affirmer en tant que telles veut déjà marquer la particularité de leur regard, mais là encore, il y a plusieurs façons de le faire. Toujours cette question de l’identité, cruciale. Le danger réside dans la volonté d’uniformiser la réalité. Comprendre l’autre : base d’un meilleur équilibre social.

Dans la chronique OPINION, Marie-Hélène Cousineau propose une réflexion à partir de sa participation à la 5e Manifestation internationale de video et de télévision de Montbéliard, réflexion qui pourrait très bien s’appliquer à tout autre événement à consommation inflationniste : par exemple, le Festival des films du monde ou le Mois de la Photo à Montréal de 1989 (pour citer un exemple en arts visuels) sans oublier les multiples canaux proposés par la télévision câblée. Quand la multiplicité cause l’indigestion sans apporter satisfaction. Dans cet article, l’auteure déplore le manque de remise en question qui empêche le changement, et elle lance l’expression «hommes blancs prétentieux»…

Dans la nouvelle chronique QUÉBÉCITÉS (qui, à l’instar de la chronique MONTRÉALITÉS consacrée aux actualités montréalaises, cernera l’origine d’événements ponctuels à Québec au moyen de comptes rendus), Eric Gagnon traite d’une exposition collective à la galerie l’Oeil-de-Poisson. Son propos sociologique fait suite, d’une certaine façon, à Points de vue d’une génération paru dans notre numéro précédent : cette fois, via le point de vue d’une plus jeune génération.

Enfin, comme à chaque numéro, Luis Neves présente un nouvel épisode de Cité solitaire, sa reconstitution bédéiste de moments de notre histoire. Ce ne sera pas le dernier puisque l’auteur entend bien atteindre les 60 pages! Il s’approche pas à pas des événements marquants d’octobre 1970 dont c’est le vingtième anniversaire cet automne. Et dont on cherche à identifier les ressemblances et différences avec la crise amérindienne de cet été.

Comme quoi cet éditorial ne s’est pas trop éloigné de son point de départ.

15 - Points de vue d’une génération - Printemps / été - 1990
Le comité de rédaction

[in French]

Le gouvernement de Robert Bourassa tend à se désengager peu à peu de tous les domaines sous sa responsabilité, pour laisser à l’entreprise privée le soin de prendre en charge les secteurs ainsi négligés. On reconnaît bien là la philosophie hautement économique qui a toujours mené le Parti libéral, et le projet collectif plutôt creux que ce parti offre aux Québécois.

Le milieu culturel n’échappe pas lui non plus à cette vente à rabais. Le mois d’avril a été rude à cet égard. Le 17 avril, la ministre Lucienne Robillard annonçait maladroitement, par le biais d’un communiqué, sa décision de commander une étude à une firme comptable afin de repenser les modes de financement en art, ce qui avait toutes les allures d’une volonté de retrait de l’État du secteur culturel. Le 26 avril, l’adoption du nouveau budget québécois a une fois de plus démontré le non-respect de l’engagement pris en 1985 par Robert Bourassa de porter à 1 % du budget du Québec le montant accordé au ministère des Affaires culturelles. Ces événements d’avril ont fait rebondir la Coalition du monde des arts qui ne lâche pas le morceau devenu de plus en plus juteux avec le temps.

Cette bataille «pour le 1 %» est juste. Pas besoin de s’étendre ici sur l’importance de la culture dans une société, et particulièrement dans une société au caractère si «distinct»! La lutte de la Coalition est bien menée, chiffres éloquents à l’appui. Mais le bourassisme est si bien structuré qu’il fait en sorte que tout le monde adopte SON langage : les chiffres. Le milieu culturel est obligé, lui aussi, de défendre ses intérêts (et la survie même du Québec) avec les mêmes arguments : donnez-nous X dollars et vous aurez une société en santé. Le débat est évidemment plus profond. Mais travailler à affirmer des choix de société et combattre sur tous les plans à la fois risquent d’éterniser le débat au bénéfice du pouvoir en place et au détriment des intervenant-e-s gagné-e-s par l’usure. Par contre, se battre pour des chiffres risque de faire oublier qu’il y a derrière tout ça un projet collectif qui fout le camp. Et il ne faut pas se leurrer sur la belle complicité de cette action collective dans le milieu culturel, car nous ne sommes pas tous et toutes sur un pied d’égalité dans cette bataille. En effet, on peut se demander ce qui arrivera, si jamais les revendications de la Coalition réussissent à faire augmenter le budget du MAC : chacun pour soi et que le plus gros l’emporte? Ce serait tout un avancement!

Alors… Cet exemple illustre bien les contradictions auxquelles tous et toutes nous faisons face aujourd’hui. Que faire? Comment réagir sans s’y perdre?

Et pendant ce temps, la ministre Robillard qui avouait, au début de son mandat, «avoir de la difficulté avec ce qui est contemporain», aura réussi, en très peu de temps, à avoir aussi de la difficulté avec tous les artistes et organismes culturels. Bravo! Quel beau bilan!

DOSSIER : Points de vue d’une génération
OPINION : Points de vue d’une autre génération

Le manque de projet global de société est un problème qui a aussi des répercussions dans le monde des arts visuels. Et ce numéro tombe à point pour y faire écho. D’ailleurs, comme les événements nous amènent à le constater, l’heure n’est pas à l’insouciance. Le moment est grave!

L’idée du dossier «Points de vue d’une génération», réalisé en équipe par Johanne Chagnon, Paul Grégoire, André Greusard et Anne Thibeault, est partie d’un désir de mieux comprendre ce qui se passe actuellement, non pas en gardant les yeux braqués uniquement sur les réalisations de la «relève», comme on fait trop souvent, mais en puisant dans l’expérience inestimable d’artistes qui, né-e-s entre 1920 et 1930, oeuvrent depuis 30-40 ans en faveur du milieu artistique québécois. Peut-être, quand il n’y a pas de perspective pour le futur, se tourne-t-on vers le passé? Toujours est-il que nous étions très curieux et curieuses d’entendre les réponses de certain-e-s artistes à plusieurs de nos questions : dans quelles conditions ont-ils/elles abordé la pratique artistique? Qu’ont-ils/elles vécu? et comment, à la lueur de leur expérience, voient-ils-elles la situation actuelle? La rencontre des six artistes choisi-e-s (Kittie Bruneau, Charles Daudelin, Marcelle Ferron, Antoine Pentsch, Yves Trudeau, Armand Vaillancourt) s’est avérée fort révélatrice. Nous avons pris davantage conscience des changements profonds survenus en art, ces changements devenant plus facilement synthétisables avec le recul. Nous avons également gagné une meilleure compréhension de la vision de ces artistes, étant donné leur vue d’ensemble du trajet parcouru et, il faut bien le dire, la clairvoyance acquise avec l’âge, ce qui devrait nous rappeler que toute production artistique gagne à être considérée dans l’ensemble de ses composantes. Il faudra lire le dossier lui-même pour en connaître tous les détails, mais nous pouvons ajouter ici les commentaires suivants.

Étant donné que nous avions au départ un intérêt assez fort pour donner naissance à cette recherche, nous ne pouvons rester indifférent-e-s à l’amertume et au sentiment d’abandon éprouvés par l’une des personnes rencontrées (et qu’on nous dit être partagés par plusieurs). Sans doute le facteur de l’âge entre-t-il en ligne de compte. Ces sentiments nous font poser les questions suivantes : comment parler d’artistes d’une «autre génération» que la sienne? n’y a-t-il que ceux et celles d’une même génération pour se comprendre? et si oui, cela voudrait-il dire que les auteur-e-s d’un certain âge ne trouvent plus place dans les revues d’art visuel? Mais ceci témoigne surtout du fait qu’actuellement, tout est axé sur l’immédiat, la nouveauté et le changement, excluant ainsi toute démarche artistique qui demande à être considérée dans son ensemble et certainement pas seulement en fonction de critères à la mode.

Fait très significatif de la conjoncture actuelle, trois textes nous sont parvenus (et, ce, sans aucune concertation entre leurs auteurs) qui témoignent d’un courant d’insatisfaction qui ne demande qu’à jaillir. Nous avons réuni ces textes dans la chronique OPINION et trouvé fort intéressant d’établir un lien entre cette chronique et le dossier.

Les trois auteurs (Sylvain Latendresse, Jean Lauzon et Pierre Renaud), des artistes nés dan les années 50 et 60, témoignent du même malaise : l’impression d’être dépossédés. Qu’arrive-t-il aujourd’hui de l’œuvre d’art? de l’artiste? Quel est ce système qu’on veut installer? Et le malaise exprimé n’est pas seulement local : un des trois articles s’appuie en effet sur Le Monde diplomatique qui a fait état d’une étude effectuée auprès d’artistes européens qui se disent eux-mêmes insatisfaits. Cela démontre bien l’étendue du problème.

Curieusement, deux de ces auteurs, J. Lauzon et P. Renaud, adoptent les mêmes termes : «vase clos» et «circuit fermé». Le premier pour désigner plus spécifiquement le fait que l’œuvre d’art est exclue du phénomène de prise de pouvoir exercée par les «théoriciens de service» impliqués dans une stratégie de marketing de l’art; le second pour déplorer le manque actuel de débat dans le milieu de l’art, ce qui n’est pas étranger au phénomène de marketing ci-haut mentionné. S. Latendresse abonde dans ce sens : manque de subversion mais, ici l’auteur, encore idéaliste dirions-nous, cherche une lueur au bout du tunnel.

On sent chez tous cette nostalgie que l’œuvre ne soit plus aussi dérangeante qu’on le voudrait. On s’entend pour déplorer que le discours sur les œuvres prend trop de place, discours bâti dans le but d’assurer une position de pouvoir et perçu comme éloigné de la réalité et réducteur. Selon eux, les artistes ont l’impression d’être évalué-e-s beaucoup plus sur leur habileté à maîtriser les éléments d’un bon marketing que sur leur production.

Et alors que notre système artistique tend vers une institutionnalisation toujours plus envahissante, des artistes de plus en plus nombreux estiment que ce mode de fonctionnement s’érige en dehors d’eux, qu’il leur est étranger. Pour ces artistes, il paraît contradictoire de ne pas pouvoir participer à la discussion tout en n’ayant pas le choix de vivre en dehors du système. Il est troublant que des artistes affirment se sentir à ce point perdants. Par contre, réjouissons-nous qu’ils osent brasser la cage avant qu’il ne soit trop tard.

Ici aussi pointe un sentiment d’insatisfaction face à un manque de projet global et le détournement des actions à des fins premières de stratégie commerciale.

Il est intéressant de constater à quel point les idées exprimées par les artistes rencontré-e-s pour le dossier apportent des éléments de réflexion aux inquiétudes soulevées par les auteurs réunis dans la chronique OPINION.

Il n’y a peut-être plus de grands débats comme auparavant. Mais la situation actuelle est bien différente et on ne pourra jamais revenir en arrière. Les artistes des années 40, 50 et même 60 avaient encore de l’espoir, le sentiment de poser les jalons d’une culture québécoise. Mais aujourd’hui, avec le désenchantement engendré par la situation politique, et dix ans après le référendum, on colmate tant bien que mal plutôt qu’on ne construit.

Dans les années 40, les «ennemis», pour employer ce terme, étaient très facilement identifiables : Duplessis, le clergé… À l’époque du Parti Québécois, par exemple, il aurait été malvenu de s’en prendre au gouvernement.

Aujourd’hui, on prend position moins par conviction que pour «éviter le pire». Il n’y a plus de «maîtres» à la Borduas. De toutes façons, on ne veut plus reconnaître aucune chapelle. Mais en même temps, le jeu est moins ouvert, plus hypocrite. Il n’y a plus de censure comme telle, mais…

Dans les années 40, le milieu québécois était plus replié sur lui-même, l’information circulait pas mal moins que de nos jours. Aujourd’hui, la perception du monde s’est élargie, les enjeux sont devenus plus globaux. Mais où diriger son action? Quelle cause choisir?

La multiplication du nombre d’événements artistiques témoigne peut-être du dynamisme du milieu, mais elle réduit aussi la portée de chacun de ces événements. Les artistes, dans les années 40 et 50, se sont battu-e-s contre la représentation, ont cherché de nouveaux langages. Aujourd’hui, revenir à la représentation pose tout un problème. Se sont succédés tellement de courants artistiques au Xxe siècle que les artistes savent ce qu’ils/elles ne veulent pas répéter mais sont pas mal plus embêté-e-s pour savoir ce qu’ils/elles veulent faire.

Ces quelques commentaires n’ont peut-être réussi qu’à nous donner l’impression que nous n’étions pas plus avancé-e-s aujourd’hui que dans les années 40! Mais ils nous aident tout de même à mieux apprécier la situation actuelle. Celle-ci est telle qu’elle est, inévitable, même si elle se vit difficilement. Une chose est au moins claire : le malaise est bien entouré d’un gros trait rouge. Reste à voir ce que nous ferons à partir de là.

AUTRES CHRONIQUES

Deux articles se talonnent dans la chronique MUSÉOLOGIE. France Lévesque traite du rôle très crucial du conservateur de l’art contemporain. Elle souligne le danger des choix, faits aujourd’hui, de consacrer telle ou telle œuvre selon des critères souvent très subjectifs et qui déterminent ce dont sera composée notre histoire. Nous pouvons citer à l’appui, pour donner à cet article une résonance actuelle concrète, le rôle de Diana Nemiroff au Musée des beaux-arts du Canada, tel que l’a souligné Suzanne Joubert dans Vie des arts (mars 1990, p. 75). Celle-ci traite de la 1re Biennale d’art canadien «tout entière marquée par la personnalité de la conservatrice Diana Nemiroff», non pas tant pour critiquer sa vision que pour déplorer le fait qu’elle soit «unique et dominante». Marie-Josée Therrien, quant à elle, s’est intéressée au projet d’agrandissement du Musée McCord qui doit rouvrir ses portes en 1992. Ce projet, soutenu largement par un mécénat anglophone privé, devrait faire de ce musée l’un des principaux musées à Montréal. Alors que des projets de construction ou d’agrandissement dont l’un, le Musée d’art contemporain pour ne pas le nommer, se fait toujours attendre…

Dans la chronique MONTRÉALITÉS, Johanne Chagnon s’est mêlée au public qui se déplace en métro ou remplit les salles de spectacles pour vivre divers événements artistiques. Son article traite d’expositions ou de spectacles organisés par des groupes de créatrices (Métro d’art, Quand je me PER, je me FORM, ANCE moment;Les nouvelles performeuses). Alors qu’on déplore l’absence de projet de société, il y a lieu de considérer sérieusement ce que souligne la présence persistante des regroupements de femmes : la force et la pertinence d’un principe de vie qui continue à canaliser les énergies de beaucoup d’individues. La pensée nourrie par le féminisme a le mérite de proposer des choix éclairés pour l’avenir.

Dans la chronique COMMENTAIRES, Céline Boucher aborde les rapports entre l’art et le jardin, entre le travail de la terre et la pratique artistique. Contrairement à d’autres qui ont déjà abordé le thème du jardin selon une optique «noble», l’auteure le fait «les deux pieds dans la matière». Également dans la chronique COMMENTAIRES, Elizabeth Wood et Sara Amato analysent la production artistique récente du peintre Carlos Gallardo. Celui-ci y traite justement de cette situation dont nous parlons depuis le début : le dilemme actuel, mélange de désespoir mais aussi d’espoir, cette petite note fragile qui maintient en action malgré tout et que l’on retrouve dans l’œuvre de Gallardo.

Luis Neves nous propose la quatrième partie de la BD Cité Solitaire où il retrace à sa manière ces «belles années 60», qui ne sont plus maintenant que des images sur papier.

Il y a de la morosité dans les tranchées!

14 - L’art intégré à l’architecture - Hiver - 1990
Le comité de rédaction

[in French]

Depuis notre dernière parution, fin août 1989, plusieurs événements et tremblements ont secoué le monde… et le Québec également. Parmi ceux-ci, mentionnons la ré-élection du Parti Libéral de Robert Bourassa le 25 septembre dernier. Avec trois parutions par année, nous accusons inévitablement un certain décalage par rapport à l’actualité, mais dont nous nous accommodons fort bien. Nous sommes un peu les «NATM du monde de l’art» (NATM pour Nouvelles Après Tout le Monde, du nom de la chronique de l’émission humoristique 100 Limite à la Télévision Quatre-Saisons).

Nous revenons donc rapidement sur cette réélection au Québec amorçant une deuxième phase de «bourassisme», terme déjà employé dans ESSE (no 8, printemps 1987) pour qualifier le climat qui coïncide avec le retour en politique de Robert Bourassa. On peut trouver la source du bourassisme dan la clause 1 du programme du Parti Libéral, article capital qui détermine toute la conduite politique du gouvernement : le développement économique du Québec et son ancrage à l’échelle internationale. ON ne peut que s’inquiéter des visées d’un parti qui place l’économie avant toute autre valeur collective.

Le bourassisme s’infiltre malheureusement dans tous les secteurs d’activités, et le domaine artistique n’y échappe pas. Nous n’en avons donc pas fini avec ce principe de «bonne gestion» qui imprègne le milieu de l’art présentement. On a souvent l’impression que mise en marché, commercialisation, rentabilité des opérations, etc., passent avant toute autre considération et éclipsent presque le fait que ce soient d’œuvres dont il est question et que ces œuvres parlent.

Il reste à voir comment la nouvelle ministre des Affaires culturelles agira, elle qui «avoue avoir "de la difficulté avec ce qui est contemporain"» (La Presse du 4 novembre 1989, p. D1).

DOSSIER : sur le programme d’intégration des arts à l’architecture ou… le «1 %»

Quand une habitude est bonne, on la conserve. Ce numéro s’ouvre encore une fois sur un dossier qui fait le tour d’une autre facette du monde des arts visuels. Dans un numéro précédent, 12, printemps 1989), l’artiste Paul Grégoire faisait état du problème qu’il avait rencontré par rapport au programme d’intégration des arts à l’architecture instauré par le ministère des Affaires culturelles, et familièrement dit le «1 %». Il relatait également les difficultés rencontrées par d’autres artistes.

Cela nous a mis la puce à l’oreille : tiens, tiens, n’y aurait-il pas là matière pour constituer un dossier? Le dossier du numéro précédent, portant sur les consultants en art, faisait voir quelle importante part d’activités (et de revenus) découlent des relations entre artistes et consultants. De même, le programme du 1% fournit commandes (et revenus) à plusieurs artistes (plus de 120 projets réalisés en 1989). Contrairement au caractère clandestin des transactions entre consultants et artistes, les œuvres réalisées dans le cadre du 1 % proviennent de commandes publiques et sont appelées à rester de façon permanente (idéalement !) dans le paysage. Ainsi, par ces dossiers, sommes-nous en train de compléter graduellement un portrait global des activités diverses des artistes d’aujourd’hui.

À travers les écrits et les dits sur le 1 %, se dégage un certain consensus : architecture et art sont deux pratiques qui ne se rencontrent pas toujours avec bonheur. Autre consensus officieux : de très nombreux artistes reconnaissent que le programme soulève beaucoup de problèmes de procédures, que les concours sont souvent «arrangés d’avance». Par contre, tous reconnaissent la valeur de ce programme et souhaitent continuer d’y participer.

L’auteure de ce dossier, Anne Thibeault, aborde le sujet de son point de vue d’artiste. À travers l’analyse du programme et des entrevues avec des artistes et des personnes impliquées, elle a surtout cherché à voir comment un artiste pouvait «intégrer» sa propre démarche aux contraintes du projet à réaliser. Anne Thibeault ne fait pas l’analyse de réalisations sur le plan formel, mais traite plutôt des alentours : procédures, administration, etc., et tout l’aspect concret vécu par les artistes.

Selon elle, la notion même d’intégration fait problème. Elle propose plutôt la notion d’un «faire voir». Sa conclusion soulève la question de ce fichu principe d’excellence qu’on voudrait imposer partout. On reconnaît à travers ce texte d’Anne Thibeault les mêmes préoccupations qu’elle a déjà exprimées dans un autre texte de réflexion (ESSE 13, été-automne 1989). Ce texte portait sur la reconnaissance du statut de l’artiste dans la société; sur les conditions concrètes, c’est-à-dire financières (à l’opposé du génie créateur), qui permettent de poursuivre une pratique artistique.

Le programme du 1 % n’est pas toujours abordé de façon reluisante dans nos médias (cela est symptomatique d’une rencontre difficile entre le public et l’art contemporain). Ainsi, dans l’édition du 23 octobre 1989 de l’émission Mongrain de Sel sur les ondes de Télé-Métropole, l’animateur Jean-Luc Mongrain s’en prenait à une réalisation conçue pour un édifice administratif du gouvernement à Sherbrooke, dans le cadre du 1 %. Non pas pour faire remarquer, entre autres, comment cette sculpture installée dans l’escalier extérieur s’inspirait de maisons victoriennes typiques des alentours mais au contraire pour la ridiculiser le plus possible. Pour appuyer son propos, l’animateur présenta des entrevues avec des citoyens de Sherbrooke tout aussi offusqués que lui et d’autres d’ouvriers ayant travaillé à la construction de l’édifice (ceux-ci tenaient des propos aussi édifiants que «Dire que nous nous forçons pour construire le plus droit possible et qu’un artiste vient mettre devant quelque chose de tout croche!»). Et Mongrain de conclure théâtralement : «C’est affreux!». Jamais il ne fut question du nom du malheureux artiste ainsi fustigé : il s’agissait de Pierre Bourgault-Legros.

Si on s’interroge sur les raisons d’être de l’art dans notre société, cette savoureuse histoire a le mérite de nous en révéler une : faire rire. Heureusement qu’il y a l’art contemporain pour offusquer le monde… et pour permettre à d’autres de rire de cette bonne farce qui leur est faite. Le programme du 1 % va peut-être permettre au public de s’habituer à côtoyer des œuvres d’art. Pour le moment, on se rend compte que les réalisations artistiques contemporaines dérangent les habitudes, et encore plus quand elles ne sont pas présentées dans un «lieu pour ça».

Soulignons la collaboration de Danielle Ricard qui a conçu la page couverture en fonction du propos de ce dossier. Cette artiste travaille à partir de livres : livres usuels, usagés souvent, qu’elle manipule, transforme, photographie, …Elle a subtilement «intégré» sa pratique au sujet traité!

ET LES AUTRES CHRONIQUES

Luis Neves dévoile la troisième partie de sa B.D. Cité Solitaire : interprétation personnelle d’événements survenus au Québec à partir des années 60, appuyée d’une recherche historique.

Dans la chronique COMMENTAIRES, deux auteures se sont penchées sur l’ensemble de la démarche artistique de deux femmes. Dans le texte de Céline Boucher, sa deuxième collaboration à la revue, on sent peu à peu se dégager son approche personnelle et on comprend comment sa propre recherche intérieure a trouvé dans le travail de Claire Beaulieu une démarche proche de la sienne. Johanne Chagnon traite du travail de Diane Trépanière de façon élargie : en plus d’analyser deux productions en particulier, elle situe ce travail dans le contexte des conditions de vie de cette artiste et aborde la question, ici inséparable, du public visé. De quoi alimenter le débat art local/art international!

Poursuivons nos COMMENTAIRES. Pauline Morier aime-t-elle dessiner? En tout cas, elle aime le dessin, beaucoup même, car elle a couru de Montréal à Alma, du Centre Saydie Bronfman à la Biennale du dessin, de l’estampe et du papier du Québec 1989, pour suivre ces deux événements tous deux consacrés au dessin bien que très distincts. La comparaison reste toujours délicate : l’écart est grand entre une exposition organisée par une institution dans un centre urbain et un événement organisé en région. Marie-Josée Therrien, quant à elle, a couru jusqu’à Toronto pour voir les œuvres de l’artiste français Christian Boltanski qui, lui, fait courir les foules aux États-Unis et au Canada ces temps-ci. La fondation Ydessa Hendeles lui a même réservé — pour un an! — son espace (aux murs de 23 pieds de hauteur!) afin de présenter au public torontois certaines de ses installations. Le cas Boltanski offre l’exemple d’un de ses artistes qui attirent beaucoup l’attention sur la scène internationale.

Dans la section DOCUMENT, un artiste nous regarde… Cet artiste est Théophile Hamel. Paul Bourassa analyse un de ses tableaux, l’Autoportrait dans l’atelier. Il commente également les deux œuvres présentes dans ce tableau et compare l’autoportrait à deux autres du même artiste. C’est une façon inusitée d’adapter une approche sociologique à des œuvres du XIXe siècle. Peu de textes abordent ainsi l’art ancien.

Vous ne trouverez pas dans la chronique MONTRÉALITÉS de compte-rendu des Cent jours d’art contemporain ou autre événement du genre. Car il y a bien d’autres choses qui se sont passées en même temps! Suzanne Beauchamp et André Hamel se sont intéressé-e-s à un événement liant musique et théâtre, Opéra Général : cinq compositeurs autour du thème de la catastrophe. Celui-ci a été un bel exemple d’«intégration»… dont on pourrait peut-être profiter pour sortir le programme du 1 % de la catastrophe! Claude Paul Gauthier nous parle de l’exposition de Régis Pelletier, Régis Set août, qui a peut-être été une des seules à Montréal à avoir abordé des sujets comme l’incendie des bureaux d’Alliance-Québec, la situation dans les transports en commun, etc. Ceci dit non pas pour valoriser à tout prix les sujets locaux, mais il est tout de même étonnant que dans le grand nombre d’expositions visibles à Montréal, on aborde tant de thèmes puisés dans la culture générale et si peu tirés de la trame de notre propre histoire.

Jocelyne Connely analyse une œuvre de Claire Brunet, Lavori in corso, à la lueur d’une proposition de René Payant. À ce propos, il est intéressant de signaler que, depuis la parution du livre Vedute de R. Payant, nous recevons beaucoup d’articles, à ESSE, qui font référence aux écrits de ce critique d’art (l’article de Paul Bourassa cite également un de ses textes.) Cet engouement démontre bien l’utilité d’une source théorique à laquelle les auteur-e-s d’ici peuvent puiser, mais, en même temps, s’accuse la pénurie des publications consacrées à la pensée de nos critiques. Le besoin est évident.

La chronique MONTRÉALITÉS se termine sur un ton choqué par l’article de J. Chagnon qui n’a pas du tout apprécié le propos sur lequel s’appuient les installations architecturales Le logement : métamorphose et métaphores… Encore ici, et nous conclurons là-dessus, se pose de façon cruciale la question des références et modèles en art actuel au Québec.

13 - Consultants en art et galeries d’art contemporain - Printemps / été - 1989
Le comité de rédaction

[in French]

UNE IMAGE BIEN CURIEUSE : celle de cette nouvelle galerie d’art contemporain qui annonce son ouverture à Montréal. Une diapositive couleurs reçue par le courrier montre, à l’avant-plan, un bouquet de fleurs déposé sur une table de verre et de métal, deux chaises noires d’un style dépouillé (dit-on moderne… postmoderne…?), un plancher de bois bien verni et, comme accessoires du décor, quatre œuvres d’art accrochés au mur du fond. On a du goût dans cette galerie!

QUESTION : Vaut-il mieux avoir créé la chaise, le bouquet ou l’œuvre d’art?

RÉPONSE (cochez une seule case) : la chaise; le bouquet; une des œuvres.

(Après lecture de ce no 13 de ESSE, vérifiez votre réponse et révisez, s’il y a lieu…)

NOUS POURSUIVONS… Ainsi l’art contemporain et actuel est-il souvent présenté par ceux-là mêmes qui le diffusent. Cette «théâtralité» fait aujourd’hui partie des stratégies employées pour atteindre une mise en marché efficace. Mais, par la même occasion, elle confronte les artistes à la conciliation souvent difficile de différents aspects : produire, vivre de son art, rejoindre le public, etc. Nous ne pouvions manquer d’aborder cette facette du système de l’art montréalais : les fameuses lois du marché qui orientent ou font «dévier» si souvent les discours actuels. Ne sommes-nous pas à l’époque où précisément on voit l’art comme un objet de commercialisation, époque où on vise «la rationalisation industrielle de la culture» pour reprendre une expression de Marcel St-Pierre?

Le dossier de ce numéro traite d’un aspect du marché de l’art : le monde des consultant-e-s en art. Il nous est révélé dans le compte-rendu d’une enquête menée par Dominique Sarrazin. Cette dernière est artiste et fait elle-même affaire avec une consultante en art. Elle parle donc en connaissance de cause!

Qu’est-ce qu’un-e consultant-e en art? Brièvement, et à la lueur de l’enquête de Sarrazin, nous pouvons dire qu’ils et elles agissent comme intermédiaires entre artistes et client-e-s (compagnies, architectes, décorateur-e-s, individu-e-s…); que leurs activités sont plus importantes qu’on le pense puisque environ 50 % des artistes montréalais-e-s sont impliqué-e-s dans une relation avec un-e consultant-e en art; et, enfin, qu’ils et elles transigent avec une clientèle majoritairement francophone et intéressée à la production artistique contemporaine. Dans notre no 12, nous abordions partiellement cette microréalité dans une entrevue réalisée avec Marie France Thibault qui a mis sur pied un service d’art coaching dont le mandat est d’aider les artistes à négocier avec les différentes instances du système de l’art. À ESSE, vous le savez, nous aimons retourner les questions dans tous les sens et susciter d’autres réflexions; nous nous sommes penché-e-s sur les résultats de l’enquête de D. Sarrazin et vous en proposons une interprétation.

CLANDESTINITÉ/AVEU. Nous pouvons constater, compte tenu de l’importance des transactions entre consultant-e-s en art et artistes, qu’une part considérable de la diffusion de l’art est effectuée par cette entremise. Il en résulte qu’un nombre appréciable d’œuvres échappe au réseau public de visibilité. Et, dans ce sens, «faire le tour» des galeries, «voir» toutes les expositions n’assurent en rien une connaissance approfondie de la production artistique actuelle.

Ces activités revêtent cependant un caractère clandestin. L’article résultant de l’enquête de Sarrazin en est un certain reflet : le désir d’anonymat des répondant-e-s est respecté. Ce monde semble tellement difficile à découvrir qu’on pourrait le qualifier «d’interlope». Nous avons, de notre côté, cherché à établir une liste de ces consultant-e-s, mais il nous a été difficile de réunir les quelques noms qui suivent et, encore, nous ne pouvons garantir que les personnes nommées ici poursuivent toujours leurs activités : Shayna Laing, Angela Liper, Lillian Mauer, Diane Pellerin, Jacques Rivest, Sheila Segal, Gaëtane Marsot, Ninon Gauthier, Thérèse Dion, Loïs Shane (présente irrégulièrement des expositions dans sa galerie), Elaine Steinberg (ne serait plus en affaires), Evelyn Aimis (elle a commencé comme consultante à Montréal et opère maintenant une galerie à Toronto). Dans un certain sens, nous pourrions supposer que des motifs économiques (revenus non déclarés) expliquent une telle clandestinité. Mais en est-ce bien la raison principale?

Les artistes mêmes participeraient à cette clandestinité, car ils et elles semblent mal à l’aise de mentionner leur relation avec un-e consultant-e en art. Dans cette ère de gestion que nous vivons, plusieurs ont des scrupules à «avouer» faire de l’argent. Pourtant… Il y a trop d’artistes au Québec pour que tous et toutes puissent tirer un revenu suffisant des subventions d’État. Mais on n’aime sans doute pas — et c’est ce qui se produirait dans ce type de transaction via une-e consultant-e — que l’art soit perçu comme un objet de consommation. Cependant, après avoir bien gratté les alentours, il faut se rendre à l’évidence que toute activité artistique ne dépend en fin de compte que d’un seul facteur : l’argent. Qui détermine si, oui ou non, on peut mener à bien un projet? La bonne volonté, l’imagination, l’effort, la patience peuvent venir à bout de situations financières difficiles, mais le facteur économique reste toujours présent, décisif, inévitable.

Dans son dernier film, Jésus de Montréal, Denys Arcand décrit cette situation très actuelle où des comédien-ne-s arrivent à vivre en tournant des commerciaux, en doublant des films pornos, en faisant la narration de documentaires de vulgarisation scientifique. À côté d’eux, il y a cet «artiste-Jésus», pur, qui ne mange pas de ce pain-là. Mais on ne sait pas non plus ce qu’il mange… Car, pour être indépendant et agir selon ses principes sans être confronté à quoi que ce soit, il ne faut pas tant un noble idéal que des conditions économiques qui permettent de le soutenir. L’équation est simple, et la même pour tous et toutes : survivance + art = comment gagner sa vie avec son travail?

Il existe très certainement des contraintes (de format, de couleur, de sujet, etc.) auxquelles l’artiste est soumis dans une telle relation d’affaires avec un-e consultant-e en art. Les goûts de la clientèle conditionnent les choix du, de la consultant-e. Bien que cet aspect du «métier» soient de l’ordre du non-dit, bien que les artistes se flattent de ne pas se laisser prendre au jeu de la commande — quant aux prescriptions formelles — tous et toutes, artistes ou non, savons très bien, «marketing» oblige, qu’une œuvre qui ne rencontre pas les «goûts du jour» restera dans l’atelier. Alors pourquoi la produire? Les artistes ayant des productions parallèles — l’une publique (souvent la plus personnelle, celle qu’on n’est pas gêné de montrer), l’autre cachée, «marketable» — ne sont pas rares. Nul autre que l’artiste sait ce qu’il ou elle est prêt-e à faire pour gagner sa vie. Et si on pouvait se débarrasser d’un ou deux mythes du genre «pour être intègre, il faut être pauvre», tant mieux!

RENTABILITÉ/LÉGITIMITÉ. Un autre élément ressort de cette enquête : une certaine forme de méfiance de la part des directeurs et directrices de galeries vis-à-vis des consultant-e-s en art. Ce sont évidemment deux milieux qui doivent se tolérer : ils tirent leurs profits du même bassin. Les directeurs et directrices considèrent le travail des consultant-e-s comme une entreprise strictement commerciale alors qu’eux et elles s’impliqueraient positivement dans le milieu artistique. Ils et elles ont pignon sur rue, organisent des expositions, publient des catalogues, participent aux foires internationales, etc.. Leur action contribuerait de façon plus évidente et légitime à l’avancement de la carrière de l’artiste autant qu’à l’affirmation, au rayonnement et au dynamisme du milieu. Mais tout en se donnant ce rôle, ils et elles visent aussi la rentabilité. Leurs intérêts ultimes rejoignent ceux des consultant-e-s : ils et elles n’accepteront pas de promouvoir un-e artiste sans entrevoir une possibilité de rentabilité. Que l’œuvre soit ou non accompagnée d’un discours qui l’inscrit dans le «champ de production savante», l’objectif est de démontrer en quoi tel achat peut devenir un placement valable.

La présence effective et relativement nouvelle des consultant-e-s en art dans le milieu artistique montréalais pourrait expliquer leur non-légitimité, mais ne peut à elle seule justifier le caractère illicite de leur activité. C’est en illustrant très humoristiquement le dossier de Sarrazin que Paul Grégoire apporte un élément de réponse. Un pacte avec le diable?, tel est le titre de son intervention visuelle. Y aurait-il danger de vendre son âme? Sujet tabou…

OPINION. Alors que Dominique Sarrazin rend compte objectivement de son enquête, l’artiste Anne Thibeault y va de son expérience personnelle. Coïncidence heureuse, le survol critique qu’elle effectue du milieu artistique montréalais et de sa propre condition d’artiste fait en partie écho à l’enquête de Sarrazin : elle nous livre un point de vue de «l’intérieur de la pratique». Il y est aussi question d’argent et de ce qu’on accepte de faire pour vivre. Sa réflexion explicite pourquoi certaine-s artistes diversifient leur production. Car Anne Thibeault ne se fait plus d’illusions sur ce qui fait qu’un-e artiste est reconnu-e ou pas… Et à ceux qui se demanderaient si Anne peint encore, nous pouvons leur répondre tout de suite : «eh! bien, oui»!

C’est dans la chronique MONTRÉALITÉS que se retrouvent les articles d’un collaborateur et d’une collaboratrice «fâché-e noir». Marie-Hélène Cousineau, une des pionnières de la revue, s’élève contre cette façon trop fréquente d’importer un événement comme The Arts for television sans tenir compte du contexte québécois et met en doute les possibilités artistiques du médium télévisuel tel qu’il est exploité actuellement. Louis Couturier (une recrue!) prend prétexte d’une exposition récente pour y aller de déclarations sur l’art et sur sa signification sociale. Ces deux articles soulèvent chacun à leur façon la question du contrôle en art. À quelles fins utilise-t-on l’art? Au service de qui? Questions rarement abordées, mais tellement présentes…!

Il y a d’autres nouveaux noms au générique des MONTRÉALITÉS. Deux auteures nous proposent des concepts théoriques originaux. C’est en visitant l’exposition de Céline Surprenant que Céline Boucher décide de revisiter le discours sur le féminin en art. Elle l’aborde par le biais d’un concept d’«effet de matrice» qu’elle élabore à partir des œuvres de Surprenant et aussi à travers celles d’autres artistes (dont un homme!). Jennifer Couelle analyse l’exposition récente de Denis Rousseau1 à la loupe de catégories personnelles. Nous lui avons cependant demandé d’expliquer l’emploi d’une terminologie anglaise. Renée Brunet, pour sa part, nous propose un bref compte-rendu des quelques films qu’elle a vus au dernier Festival international du film sur l’art et déplore le manque de diffusion de ce type de production en dehors d’un cercle d’initiés.

Insatisfait de la tournure habituelle des critiques d’expositions, Donald Goodes tente de trouver une façon qui lui convient davantage et l’applique à l’analyse de l’exposition récente de Jocelyne Prince. Son commentaire inclut les propos d’autres visiteur-e-s et tient compte des discussions et réflexions qu’il a échangées avec ces personnes.

Dans la chronique MUSÉOLOGIE, deux textes confrontent deux réalités. D’un côté, l’étouffement des musées régionaux faute de ressources financières suffisantes (ah! l’argent, toujours l’argent!) tel que soulevé par Marc Brisson à propos du Musée régional de la Côte-Nord; de l’Autre, l’achèvement du Musée des beaux-arts du Canada, dans la deuxième partie de l’article de Marie-Josée Therrien : un méga-projet au coût exorbitant, très attendu, réalisé pour des fins politiques, c’est-à-dire faire valoir le nationalisme.

Au musée de Joliette, on a mené une expérience singulière juxtaposant art ancien et art contemporain. Voir l’article de M.-J. Therrien dans la chronique COMMENTAIRES.

De passage à Montréal, Luis Neves nous livre la deuxième partie de Cité Solitaire. Les premières planches, parues dans ESSE no 11, recréaient l’époque contestataire du mai 68 artistique à Montréal.

Ainsi le réel se présente-t-il, multiple et complexe.

LE COMITÉ DE RÉDACTION

NOTES:

1. À propos de cette exposition de D. Rousseau, il est intéressant de rapporter ici un extrait de l’entrevue qu’il accordait à Jocelyne Lepage et qui a été publiée dans La Presse du 11 février 1989 : «On censure beaucoup l’art au Canada. Le système est très hiérarchisé et institutionnalisé. Et on ne croit pas beaucoup en nos artistes. On prône l’art international tout en parlant de sculpture britannique, d’art allemand, de peinture italienne et des Américains. Il me semble que c’est contradictoire. Cet art-là, en réalité, est très national, très régional. C’est important, pour nous, d’être à la recherche de la culture d’ici comme le font chez eux les Allemands qui n’ont pas peur de se regarder le nombril.»

Pages

Subscribe to the Newsletter

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Features



Shop



Auction


Information



Contact

esse arts + opinions

Postal address
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Office address
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598