editorial

20 - L'art est bien, mort Merci (Constat de l'état de la culture au Québec suite au rapport Arpin) - Printemps / été - 1992
Le comité de rédaction

[in French]

L’uniformisation va bon train. Depuis la désignation de l’URSS, tous se lèchent les babines en rêvant aux nouveaux marchés qui s’offrent aux tenants du nouvel ordre économique mondial. Avec l’ouverture de l’exposition de Séville, on se pète les bretelles à qui mieux mieux. Et pendant ce temps, les Kurdes se gèlent toujours les pieds dans les montagnes du nord de l’Irak… et Israël continue sa colonisation des territoires occupés dans le mépris des résolutions adoptées par l’ONU.

Quant à nous, l’attentivisme chronique de Bourassa n’a d’égal que celui de Mulroney. Pendant combien de temps allons-nous encore endurer les hésitations et les faux-fuyants de nos politiciens sur une éventuelle solution à la crise constitutionnelle qui s’éternise? Ces derniers, aveuglés par leur quête, demeurent indifférents face à l’urgence des problèmes sociaux, culturels, de santé ou d’éducation. De temps à autre, pour se donner bonne conscience, ils nous pondent un rapport Allaire ou faute de mieux un rapport Arpin et ce, sans compter la pléiade de référendums qui plane au-dessus de nos têtes.

En fait de recul historique, ou de sur-place, nous sommes particulièrement gâtés ces mois-ci avec le rapport Arpin et les fumeux articles de Jacques Dufresne, Jean-Claude Leblond et Geneviève Picard sur la situation des arts au Québec. On verra dans le dossier «L’art est bien, mort. Merci» qui fait l’analyse du contexte post-Arpin, comment Arcand, Dubois, Godbout, Lacombe, Lamoureux et Perreault essaient de démêler les nœuds engendrés par les multiples définitions du mot même de «culture».

Qu’est-ce, en fait, que la-notre-une-culture? Si nous ne pouvons pas la définir ou si ceux et celles qui la définissent le font chacun et chacune à leur manière… un problème se pose.

En passant par une conception de gestion de la culture, par celle de l’industrie culturelle, d’une mission culturo-mystico-comique, ou encore une vision périphérico-régionalistico-frulla-hébertienne…, on nage en plein délire.

Par ailleurs, la-notre-une-culture est en train de mourir et on y assiste passivement. Nous faisons face à une uniformisation culturelle, cela va sans dire mais surtout sans rien faire : «Les carottes sont cuites!» (Dubois). Ce n’est pas, faut-il le préciser, une question limitée au Québec. Nous assistons présentement à un clivage culturel universel (l’universel est à la mode). On prend prétexte de l’impératif économique pour imposer un impératif culturel homogène, occidental et patriarcal.

De concert avec les élucubrations du rapport Arpin, les articles de Jacques Dufresne et de Jean-Claude Leblond ont fait la une de La Presse à l’automne de 1991. Ces articles ont le mérite d’avoir mis les arts visuels sur la sellette. C’est d’ailleurs leur seul mérite. Quand on pense à la remise en question du milieu des arts par Leblond, nous sommes d’accord pour poser un regard critique sur ledit milieu, mais de là à utiliser un discours démagogique, servi à la sauce populiste, afin de discréditer l’art contemporain en bloc…! Par ses propos cinglants, Leblond s’érige en pontife, éclairant du haut de sa chaire le bon public au regard hébété.

Signalons que Jean-Noël Tremblay, celui-là même qui a qualifié la Banque d’œuvres d’art du Conseil des arts d’«admirable dépotoir» et que Jacques Dufresne s’est empressé de citer dans l’un de ses articles, «est payé près de 70 000 $ par année, et pour deux ans au minimum, par le ministère canadien des Communications pour agir en tant que conseiller spécial auprès du maire de Québec» («L’affaire Jean-Noël Tremblay», par Louis-Guy Lemieux, Le Soleil, 31 janvier 1992). Cependant, le bureau mis à sa disposition continue d’accumuler la poussière, car son occupant n’a jamais daigné y mettre les pieds…

Dans le même ordre d’idées, avec son article «Épater la Galerie» parue dans la revue MTL, Geneviève Picard relate sa visite dans les galeries d’art contemporain de Montréal. Elle ne recula devant rien, même le ridicule. Son périple fut si douloureux que d’installation à assemblage hétéroclite, sa consternation et son désarroi s’amplifièrent à un point tel que sa promenade lui sembla un véritable chemin de croix. La peur est grande face à ce que l’on ne connaît pas. Il est tellement facile de ridiculiser les choses que l’on ne comprend pas.

Il n’est pas étonnant que de tels articles aient suscité des réactions. Nous publions le texte de carole Brouillette pour faire suite à la polémique qu’ils ont engendrée. Notre collaboratrice y traite d’une liberté d’expression qui prend, trop souvent, figure de marginalisation et d’exclusion.

Dans un autre ordre d’idées, Jean Patry porte un regard sur le quatrième Festival international de nouvelle danse. Il a vu une vingtaine de spectacles et y a constaté une succession de récits fragmentaires en petites séquences sans liens apparents, ni unité de temps, de lieu ou d’action. Une conception esthétique, en somme, non linéaire, que l’on peut associer à Berg, Satie et Cunningham.

Jean Patry poursuit dans un second article, «Quand la vidéo danse, ne censurez pas», son analyse de la danse par le biais de la vidéo. «En fait, les vidéos nous susurrent à l’oreille que derrière la tranquillité sociale apparente se cache l’inquiétante noirceur du chaos.»

Grâce à l’exposition L’alliance point à la galerie Regart, Jacques Desruisseaux nous introduit dans l’univers de Michel Saint-Onge, où se confrontent la nature et le monde industriel ; un questionnement sur la «création comme mode d’expression essentiel aux valeurs de la vie».

Dans la chronique Commentaires, nous retrouvons la suite de l’article de Luis Neves concernant l’affiche de l’exposition Les années 20 : l’âge des métropoles présentée au Musée des beaux-arts de Montréal à l’été 1991. Luis Neves traite d’esthétique fasciste et de la résurgence de cette idéologie.

Il y a dans l’air comme un rappel des années 30 ; Berlin est de nouveau le centre des affrontements entre l’extrême-droite néo-nazi et l’extrême-gauche. En douce France, Jean-Marie Lepen et son Front national récoltent tout de même 15 % des suffrages aux élections régionales, sans oublier que les fascistes siègent au Parlement européen. En temps de crise (récession) économique, nous constatons la réapparition des mêmes spectres. Il est beaucoup plus facile de pointer l’autre, l’étranger, le marginal, comme responsable de tous nos maux. Au Québec, les groupuscules fascistes ne menacent pas encore la démocratie. Mais ce n’est pas pour cette raison que nous devons les ignorer et leur laisser le champ libre.

Dans le neuvième épisode de la bande-dessinée Cité solitaire de Luis Neves, nous sommes témoins des premières actions terroristes du FLQ et des choix douloureux : devenir «patriote», s’engager dans la lutte armée au nom de la libération nationale… L’indépendance, mais à quel prix?

À la suite de l’application de la nouvelle loi sur la taxe d’affaires (au municipal), Gilles Bissonnette de l’atelier Inter X Section relate les péripéties de cet atelier aux prises avec l’interprétation abusive de cette loi. Les problèmes engendrés par une telle loi menacent l’existence même des ateliers d’artistes. Est-ce de cette façon que l’on entend rendre encore plus dynamique la vie artistique de la métropole? Inter X Section est un cas patent d’atelier ouvert au public qui risque fort d’avoir de plus en plus de difficultés si les décisions actuelles ne sont pas révisées. En marge de cet article, nous publions le bilan financier de l’événement bénéfice Art-Taxe organisé pour venir en aide à l’atelier, bilan fourni à ESSE mais qu’on n’a pas jugé bon d’envoyer avec la lettre de remerciement adressée aux artistes ayant participé à l’événement…

Avec «Matière à musée ou matière abusée», Louis Couturier démontre à quel point il peut être dangereux pour l’artiste de fréquenter de trop près les milieux industriels. Une commandite n‘est jamais innocente ; dans le cas présent, l’auteur souligne l’ambiguïté existant entre l’art, l’industrie et le pouvoir en général. C’est à se demander quand une compagnie commandera des «kits» à Michel Goulet?

À bien y regarder, il semble que nous ayons tout intérêt à suivre les conseils de nos «promoteurs de la culture» et de nous convertir en industrie culturelle. L’artiste serait ainsi appelé à devenir le concepteur d’une belle image pour l’entreprise. Oh ! heureuse époque des Médicis et des Borgia…

Actuellement, l’enjeu est la liberté d’expression dans un pays où l’appareil d’État(s) se fait de plus en plus lord. Car, au rythme où vont les choses, il faudra bientôt montrer patte blanche pour avoir l’immense privilège d’exprimer une opinion (subventionnée). La prétendue réalité de l’économique voudrait bien avoir raison, une fois pour toutes, de l’imaginaire. N’est-ce pas Staline ou un autre de ces illustres personnages qui a dit : «Le poète est un parasite qui traîne dans les rues de la modernité». Soumettre l’expression artistique au bon goût et à la raison d’État, voilà le rêve ultime de tous les politiciens.

Le comité de rédaction

Post-scriptum : Les lecteurs et lectrices remarqueront, à la suite du dossier principal sur le rapport Arpin, un In memoriam signalant le décès de l’un de nos collaborateurs, André Laberge. Les circonstances de cette triste disparition peuvent aussi servir de matière à réflexion. Sur le milieu universitaire et muséal. Sur l’ouverture et la générosité de ses intervenants.

19 - C'est assez ! Il faut en finir avec l'affaire des frais d'inscription - Automne - 1991
Le comité de rédaction

[in French]

C’est une histoire… qui continue là où elle avait été laissée au dernier numéro. Qu’est-il arrivé depuis? La faillite du communisme, l’hymne national russe disparu du palmarès, des parties entières de continent qui se restructurent très rapidement… L’ère des révolutions est terminée; même le mot «révolution» est galvaudé, comme le démontre si bien le slogan publicitaire de la compagnie Prima qui annonce «un système révolutionnaire de serviette hygiénique»!

L’occasion est belle pour un recul historique. Comme celle que nous fournit cette longue ENTREVUE de l’écrivain PHILIPPE HAECK, réalisée par DANIEL CANTY, à propos de PATRICK STRARAM et plus spécifiquement de son roman La faim de l’énigme réédité dernièrement. Car justement, «un des courants forts de la pensée de Straram, c’était le marxisme.» Sous cet angle, ce livre est aussi, sinon plus, intéressant à découvrir aujourd’hui qu’au moment de sa sortie en 1975. Même si cette entrevue-hommage crée quelque peu un mythe autour de Straram, elle permet de mieux faire connaître l’œuvre de cet écrivain, dont les livres sont quasi introuvables, mais dont l’apport est très important.

La B.D. Cité solitaire de LUIS NEVES, qui en est rendue à son 8e épisode et est toujours plongée en plein mai 68, prend, elle aussi, un autre éclairage et nous fait s’interroger : qu’est-il arrivé de tous ces espoirs? Aujourd’hui, tous les pays capitalistes crient victoire; la preuve serait faite : leur système est le meilleur, sans discussion. De là à l’imposer partout… Mais nous aussi, tout comme dans les pays ex-communistes, nous sommes arrivé-e-s à un point où il va falloir remettre en question nos modèles de société. Cette critique sociale sera-t-elle possible? Pour le moment, il ne semble n’y en avoir que pour le libéralisme économique, barrant la route à tout projet qui y ferait contrepoids. Pendant ce temps, Luis Neves ne cesse de s’inquiéter, comme en fait foi son commentaire à propos de l’affiche utilisée par le Musée des beaux-arts pour son exposition Les année 20 : l’âge des métropoles.

Toujours dans cet esprit de recul historique, l’exposition de François Lavoie, commentée par André Greusard dans la chronique MONTRÉALITÉS, nous replonge dans l’atmosphère de la 2e Guerre mondiale et nous reprojette les questionnements d’alors comme encore pertinents actuellement.

Avant, il y avait de «vrais ennemis» : le capitalisme contre le marxisme. Mais maintenant, qui est l’ennemi, au règne de la subtilité? Sans vouloir penser en termes d’«ennemi», à un moment donné, il faut bien s’attaquer à quelque chose, puisqu’on se bat. Si c’est si difficile, c’est parce que l’ennemi est extérieur, mais c’est notre propre mode de pensée qu’il faut revoir. Si, ici, en Amérique du Nord, on a haussé le flambeau de la liberté, il faut justement la questionner, cette liberté : la liberté, oui mais comment? aux dépens de qui? en autant qu’elle reste dans l’ordre économique imposé? Nos beaux principes nord-américains, il faut les remettre en question; ce n’est pas facile, on vit si douillettement avec eux. C’est sûrement plus difficile que de pointer les autres : «regarde la torture qu’ils imposent». Il est tellement commode de déborder et aller voir ailleurs : tout de suite, ailleurs, il y a des affaires pires qu’ici. Est-ce qu’on devient missionnaire? Ou on va se battre contre la dictature? Ce sont des questions qu’on se pose quand on est le moindrement conscient-e du monde. Ou on travaille ici, maintenant, dans nos vies, tout le temps.

L’ennemi, c’est moi-même : parce que je tolère des choses intolérables.

Si on commence par apporter des changements ici, après on peut prétendre pouvoir faire la même chose ailleurs. On a consommé à fond de train sans se poser de questions pendant 30 ans de «progrès». Et une fois que ça commence à nous retomber sur le nez, on voudrait demander aux autres d’écoper pour les emmerdes qu’on a faites. C’est comme, par exemple, l’organisme international qui s’occupe de la couche d’ozone et qui demande à la Chine d’enligner le tir au niveau des CFC. Comment demander à un milliard d’individus qui attendent depuis 50 ans pour se mettre à jour d’attendre encore 20 ans! On ne peut pas se permettre d’imposer à d’autres pays des restrictions au niveau de leur accession à un minimum vital intéressant quand, ici même, on se noie dans nos propres ordures ménagères.

Et ce changement à opérer, il ne partira pas des structures de pouvoir en place — car qu’importe les gens qui vont entrer dans ces mêmes structures, le pouvoir, ça se joue toujours de la même façon — il partira de l’individu, et ça, ce n’est pas une position individualiste, au contraire. Encore ici, Patrick STRARAM, révélé dans l’entrevue justement intitulée Le jeu du je, nous offre l’exemple de quelqu’un qui avait des préoccupations à la fois politiques et individuelles, ce qui semble lui avoir aliéné du monde des deux côtés, autant de la gauche que de la droite.

Quant à l’article de NICOLE THÉRIEN sur l’artiste Kittie Bruneau, dans la chronique PORTRAIT, il nous offre cet autre exemple d’une artiste qui mène sa vie et sa pratique dès les débuts en puisant à sa propre expérience et à l’encontre des courants artistiques dominants représentés à l’époque par le mouvement plasticien et le discours formaliste. Pour la chronique COMMENTAIRES, PAULINE MORIER part d’une expérience personnelle qu’elle a vécue en participant à une exposition collective, pour faire quelques réflexions sur la place de l’œuvre d’art public. Et le productif DANIEL CANTY aborde de façon très personnelle, puisant à ses lectures du moment, la dernière exposition de Louise Viger, dans la chronique MONTRÉALITÉS.

Une des façons de s’exprimer socialement en tant qu’individu, c’est de prendre son droit à la parole, de manifester son opinion. Mais ce qu’on oublie toujours, c’est que malgré les critiques qu’on fait sur le système en place, on a un droit de critiquer, et que le moins on s’en servira, le plus il rétrécira. On risque qu’effectivement la marge se réduise. Si bien que le jour où quelqu’un décidera de manifester au-delà des normes qu’on avait finies par prendre pour «acquises», il se fera taper sur les doigts.

Nos droits, on ne nous les donne jamais; il faut qu’on les prenne nous-mêmes.

Il serait bon de garder ces réflexions en tête pour aborder la lecture du DOSSIER de ce numéro. «C’est assez! Il faut en finir avec l’affaire des frais d’inscription». Ce dossier, qui s’attaque à un des aspects du fonctionnement du milieu des arts visuels, prend ainsi une toute autre ampleur. Il prend à partie une pratique considérée quasiment «normale», que même les artistes, pourtant les seul-e-s perdant-e-s dans cette histoire, sont prêt-e-s à justifier. Et il illustre bien comment, quand on veut intervenir le moindrement, il est tellement plus facile de se raccrocher à des idéaux ou à des théories que de passer à une action concrète, si minime soit-elle. Parce qu’on est alors touché soi-même dans son quotidien, et là ça devient dangereux : il faudrait poser certains gestes qui effectivement sont plus impliquants. On peut critiquer fortement le manque d’initiative du gouvernement au niveau de la protection de l’environnement, mais soi-même, est-ce qu’on se soucie de ce qu’on met dans son sac à vidanges? Lire le dossier…

En prenant notre droit à la parole, nous obligeons à garder les balises là où elles sont, aussi minces soient-elles. Des droits de parole, notre système en accorde : on n’a qu’à penser, au niveau culturel, aux audiences de la commission Arpin et de la commission parlementaire qui l’a suivi, Xe tentative du ministère des Affaires culturelles pour se doter d’une politique culturelle. Combien de gens s’y sont présentés? Beaucoup. Eh! oui, ça s’exprime, ça critique, mais là où c’est désarmant, c’est qu’on sait très bien que, peu importe ce qu’on dira, il n’arrivera rien avec ces audiences : comme conclut le texte de SYLVAIN LATENDRESSE, «Le rapport Arpin : réalité ou utopie ?» dans la chronique COMMENTAIRES. La question est posée, la réponse est donnée : après 30 ans d’existence, le ministère des Affaires culturelles demeure une vue de l’esprit. Et pendant ce temps, toutes les personnes qui ont peiné sur la rédaction de mémoires fastidieux et inutiles ne feront pas d’autres vagues parce qu’elles vont avoir l’impression d’avoir dit leur mot. Elles ne l’ont peut-être pas exprimé à la bonne place pour que ça change. Par contre, si personne ne se sert de tous ces leviers de prise de position qui existent, on va carrément les abolir. C’est le jeu qui fait en tout cas qu’au moins, le gouvernement est obligé encore d’entendre, même s’il n’écoute pas ce qu’on lui dit. C’est évidemment frustrant d’aller faire le pied de grue…

Et pourtant, une politique culturelle s’impose tellement. Quand le gouvernement nous répond qu’il ne peut accorder 1 % de son budget au MAC et qu’on voit la ministre Liza Frulla-Hébert sortir de ses tiroirs, en novembre dernier, la somme de 1 379 000 $ à Mitsou, 25 000 $ à Ginette Reno, …!? Le dossier du prochain numéro fera le bilan du «post-Arpin» et verra comment, malgré tout encore une fois, nous nous agripperons.

Mais notre appareil démocratique, nous pouvons finir par le pousser. Ce n’est pas révolutionnaire, au contraire : il s’agit juste d’utiliser le système politique en place. On a un pouvoir sur son député qui se traîne les fesses pendant quatre ans. Si chaque député sent que ses électeurs et électrices le poussent dans le dos et mettent leur appui électoral en jeu, il/elle va réagir. Le problème, c’est que si personne ne se mêle d’écrire à son député systématiquement et de le/la harceler parce que telle ou telle position ne lui convient pas, (avec copie conforme au ministre concerné, au Premier ministre, au chef de l’opposition et au critique de l’opposition sur le sujet concerné), si le député n’a pas 500 lettres sur son bureau (ce qui commence à être gênant!), il/elle ne bougera pas. Le jour où le député va se sentir les fesses chaudes, il/elle va peut-être arriver en chambre et dire : «Excusez, pardon, j’aurais une motion à apporter sur ce projet de loi». Ça se peut que si c’est un député d’arrière-banc, ça ne passe pas. Mais quand il y en aura 50 ou 70 autres qui diront : «J’ai une motion…», le ministre en place devra en tenir compte, que ça fasse son bonheur ou non.

La démocratie que nous avons ici, les gens la prennent pour acquise. Ils ont trop tendance à se dire : «Pourquoi aller voter? de toute façon… Pourquoi agir? de toute façon…» Ne pas voter, c’est déjà une abdication sociale quand on sait la quantité de gens dans le monde qui peuvent mourir pour avoir un droit de vote. C’est taré. On se vante d’avoir un système équitable et en même temps, on ne veille pas à ce que ce système respecte notre opinion. On prend pour acquis que les gains obtenus ne peuvent être perdus.

Et, comme on le mentionnait plus haut, pendant que ça proclame son indépendance à gauche et à droite dans les systèmes socialistes, ici, on en est toujours au brettage et au blabla. Car de quoi a-t-on à se plaindre au Québec? La moyenne des gens a ce qu’il faut pour ne pas faire de «révolution», mot bien galvaudé comme le démontre si bien le slogan de la compagnie…etc. Ça ne bouge pas parce que la moyenne des gens a trop à perdre par rapport aux républiques soviétiques. Quoique ici… C’est de moins en moins évident, avec la direction qu’a pris ce gouvernement qui amène un clivage de plus en plus grand entre riches et pauvres. Et quand on pense que 1992 et son référendum s’en viennent, et qu’on ne sent même pas d’élan… «Ils vont nous avoir à l’usure.»

Il y a un minimum de gestes très simples à poser : et en premier, arriver à une prise de conscience collective que si on ne se prend pas en main nous-mêmes, personne ne peut le faire à notre place.

Petit rappel : nos droits, on ne nous les donne jamais; il faut qu’on les prenne soi-même.

18 - Points de vue d'une (de deux ?) génération (s) II - Printemps / été - 1991
Le comité de rédaction

[in French]

C’est une histoire… qui continue là où elle avait été laissée, et qui ne pourra qu’être marquée par les événements survenus depuis.
-Qu’est-ce qui est arrivé depuis? demande-t-il.
-Depuis quoi? rétorque—t-elle.
Nous sommes assis-e-s à une table dans l’arrière-cour. La question du jour est : l’éditorial du présent numéro. Nous sommes des personnes engagées de cœur dans ESSE, qui ont des opinions, les exprimons et faisons face à nos contradictions. Nous feuilletons les anciens numéros. Dans le no 14, l’éditorial soulignait les inquiétudes soulevées par le «bourassisme», à propos de la ré-élection du Parti Libéral; dans le no 15, il constatait à quel point les effets du bourassisme sur et au sein du milieu culturel se faisaient plus marquants; l’éditorial du no 16 a, quant à lui, été marqué par la crise amérindienne de l’été 1990. Juste au moment de la rédaction de l’éditorial du no 17 survient la guerre du Golfe, qui a mobilisé davantage nos réflexions… et d’espace dans la revue. L’escalade de nos émois est évidente!

-Alors maintenant, de quoi parlons-nous? Surtout après avoir souligné l’espèce d’indécence, ou effet de mode, d’accorder autant d’ampleur au conflit du Golfe persique, et non aux autres conflits qui pullulent partout en tout temps.
-Quels ont été les événements marquants de l’actualité?
-Il y a l’été qui arrive, ça fait du bien.
-Je pensais plutôt au problème des Kurdes, aux événements en Inde, tu vois, plus à ce niveau-là.
-Supposons, mettons que ça ne change pas beaucoup. Si on pense à notre cher Brillant Mal-au-nez qui vient de déposer un projet de loi pour vendre des chars d’Assaut à l’Arabie saoudite, qui veut exporter des fusils mitrailleurs, qui va jusqu’à changer la loi de l’exportation des armes pour arriver à ses fins…
-Il faut avoir du culot! Tout de suite après la guerre!
-…et qui augmente le budget de la défense militaire de 600 millions pendant qu’il coupe dans l’éducation, la santé, le logement, l’environnement, etc.
-Mais je ne crois pas qu’on devrait s’aligner là-dessus.
-Mais si on a envie d’en parler? Nous pouvons aussi trouver une façon appropriée de traiter ce sujet.
-On peut établir des parallèles avec les budgets gelés dans le domaine culturel, mais faut-il continuer nécessairement dans la logique de l’éditorial précédent?
-Mais toutes les raisons seraient bonnes pour se taire! C’est justement pour cela que tant de gens ne disent rien et que la situation continue à se détériorer à tous les niveaux. Si tous les individus véritablement en désaccord avec la guerre s’étaient exprimés, on aurait peut-être observé un léger changement dans les mentalités. Mais on n’en est pas là, parce que dans le fond, les gens sont rivés à leurs privilèges et ne veulent pas vraiment que ça change.
-Le Nouvel ordre mondial, c’est-tu arrivé là?
-On a vite vu ce que ça donne! Ce feu de paille du grand élan de liberté et de renouveau… tout ce qui continue à nous passer au-dessus de la tête!
-Mais il y aura toujours quelque misère et injustice à décrier! Est-ce qu’il n’y a pas danger d’aborder l’actualité de façon opportuniste, sans suite, pour se donner bonne conscience?
-Malheureusement, il y aura d’autres conflits. Le problème au Proche-Orient n’est pas réglé. Et il reste les aberrations du système d’échange économique Occident-Tiers Monde.

-Oui, mais chaque pays riche a son propre tiers-monde aujourd’hui, de toute façon. Il y a 825 000 sans emploi au Québec, et 40 % des ménages de 34 ans et moins sont sous le seuil de la pauvreté. Alors…
-Et si on pense aux 2,9 millions de dollars prêtés par un décret privé du gouvernement à Raymond Malenfant, pour réaliser son projet de casino dans Charlevoix : je ne sais pas si un théâtre ou un regroupement d’artistes auraient pu bénéficier du même traitement de faveur?
-Veux-tu la réponse?
Mais on va avoir une politique culturelle bientôt! Elle va tout nous régler ça!
-Ça fait 30 ans qu’on l’attend!
-Je reviens toujours à ceci : suite à l’éditorial du numéro précédent, que proposons-nous cette fois-ci?

-Il reste qu’on peut faire un constat, et ce constat est plate, qu’on continue de s’armer et de s’entre-déchirer, après tout le chiard qui a été fait, tous les esclandres que les gens ont faits contre la guerre…
-… quels esclandres? En as-tu vu tant que ça?
-On a braillé sur le sort des Kurdes pendant quinze jours, on les a littéralement écrasé-e-s en leur parachutant des vivres!
-Mais si on parle toujours de «politique», on s’éloigne des arts!
-On a toujours tenu compte du politique auparavant, de toute façon.
-Il importe de souligner qu’on s’est vraiment donné bonne conscience avec toutes ces manifestations contre la guerre, et nous aussi avec notre éditorial.
-On cherche ce qu’il est possible de faire.
-Est-ce que c’est possible par l’écriture?
-Pourquoi faire une revue alors?
-Tu émets une opinion. Qu’on n’en tienne pas compte, ça peut être dommage, mais au moins tu as un droit de parole. Il faut se servir des tribunes qu’on a, surtout en regard du nombre de gens qui ne disent rien, et du nombre de gens dans le monde qui ne peuvent pas dire un maudit mot sans se faire emprisonner.
-… avec ce qui nous est permis de contester dans les limites de la «norme».
-C’est pour ça aussi qu’on a bonne conscience. On peut se permettre de dire n’importe quoi, parler contre le gouvernement, etc., et ça ne dérange pas grand chose.
-En être conscient-e, c’est déjà quelque chose. Si on s’illusionnait en se faisant des accroires…
-Oui, mais c’est cynique d’être conscient-e.
-Non, c’est juste être lucide. Qu’est-ce qui nous reste sans ça?
-Il faut un sacré sens de l’humour pour naviguer dans le bordel actuel.
-En passant, il y a un bon restaurant acadien près de chez toi. J’ai mangé des homards là hier soir, super bons, cuits dans l’eau de Paspébiac.
-Passer des Kurdes aux homards, c’est ça, nos contradictions!
-On vit très bien ici, pourquoi on dénoncerait des choses?! Regarde : on n’a même pas encore de pays. Si on n’était pas si bien, il se passerait quelque chose.

-Le confort et l’indifférence…
-On va avoir l’air d’une gang de totons si au prochain référendum, ça ne passe pas encore!
-Où est ESSE dans tout ça? Je n’y perds.
-En tant qu’artiste, on vit dans une société, non dans une tour d’ivoire. On n’a pas des opinions seulement sur l’art.
-Alors parlons de la pauvreté.
-Justement, le dossier de ce numéro parle d’artistes qui ne sont pas très riches.
-J’aurais des choses à dire là-dessus.
-Garde-les, on en reparlera quelques pages plus loin.
-…

Nous n’avons donc pas fini de régler le sort du monde. Il reste que le fait d’établir un constat sur l’état des choses soulève une masse de questions. Tant qu’on n’aura pas trouvé une panacée (en existe-t-il une?), il importe au moins de ne pas cacher ces points d’interrogation sous un discours transcendant et unilatéral.

-En attendant, parlons des autres sujets abordés dans la revue.
-Commençons par le dossier, Points de vue d’une (de deux?) génération(s) II, qui fait le pendant à cet autre dossier Points de vue d’une génération, sur des artistes né-e-s entre 1920 et 1930, et publié dans le no 15. Il s’est avéré cette fois plus difficile de composer un groupe homogène. Aujourd’hui, on est «jeune» plus longtemps, même si les générations ne sont plus que de cinq ans, mais entre une personne de 20 ans et une autre de 35 ans, se dessine toute une marge. C’est pourquoi nous avons été obligé-e-s de traiter les artistes rencontré-e-s en deux blocs.

-Ce dossier aborde les conditions de pratique d’aujourd’hui, à partir du point de vue de ces «jeunes» artistes. En essayant de faire ressortir le positif de la chose.
-De toute façon, on serait bien mal placé-e-s pour chialer le ventre plein, compte tenu de la détresse que connaissent tant d’individus dans le monde actuellement.
-Cet aspect plus positif, ça fiat du bien, suite à la conclusion plutôt pessimiste du dernier dossier, à propos du peu de poids des arts visuels dans notre société axée sur des valeurs économiques.
-C’est bien de montrer la vitalité, la force de la présence des artistes, et ce, d’autant plus quand les conditions économiques sont difficiles.
-Mais, avec ce dossier, ne sommes-nous pas en train de perpétuer un autre mythe : avec de la persévérance, on peut arriver à percer. Pour arriver à quoi? C’est entretenir de faux espoirs : croire que l’institution, qui ne nous ouvre pas ses portes aujourd’hui, le fera un jour.
-Le dossier est intéressant, mais on devrait, surtout s’il est conçu comme un pendant à l’autre Points de vue d’une génération, montrer ce qui est différent, remettre les choses en perspective. Il me semble que les jeunes artistes aujourd’hui ne contestent pas beaucoup.
-Mais qu’attends-tu d’eux, qu’ils/elles reprennent pour toi le flambeau des années 60-70? Le contexte a bien changé, les possibilités de contestation aussi.
-Et ça ne se vit plus en termes de confrontation. Les artistes font d’abord ce qu’ils/elles ont à faire.
-Ça ne peut pas se situer au même niveau. Contester l’école? Elle est plutôt perçue comme un tremplin pour acquérir des connaissances. Et de toute façon, elle est ainsi faite qu’on ne te force ni à y aller ni à y rester.
-À une certaine époque, on contestait un académisme bien établi. Aujourd’hui, est-ce qu’on va contester ce qui a déjà contesté ce qui était là avant, qui avait aussi contesté ce qui était là avant, etc.? Pourquoi? l’art n’est plus une question de style.
-De façon plus générale, on peut dire qu’à une certaine époque, il y avait une façon très précise d’afficher sa contestation : il existait des mots, des actions, des formes d’art. Ensuite est venue l’époque du paradoxe : «oui mais…, oui mais en même temps…» Que peux-tu faire après ça?
-Ça me fait penser, coïncidence!, puisque le dossier parle du mode de vie concret des artistes qui commencent : nous sommes quelques-un-e-s à avoir reçu un questionnaire-enquête conçu au module d’histoire de l’Art de l’UQAM. Celui-ci veut publier une brochure d’information pour convaincre la «relève» en histoire de l’art du merveilleux profil de carrière qui les attend!

-La «carrière» contre la réalité! Avec le nombre d’étudiant-e-s qui sortent à chaque année, et les postes qui s’ouvrent au compte-gouttes dans les musées, ou en enseignement, il ne faut pas faire une grosse enquête pour s’apercevoir qu’on ne va pas attirer de recrues en leur parlant des vraies perspectives de débouchés!
-J’ai juste à penser à ceux et celles que je connais dans le domaine : tous et toutes ont un emploi, souvent partiel ou temporaire, dans divers domaines, bien éloignés de la «profession»…
-Qu’espère-t-on? Faut être vraiment déconnecté pour avoir pensé une telle brochure!
-Les jeunes prennent de la place dans ce numéro-ci! En plus donc de ce dossier qui s’intéresse à de jeunes artistes, voilà que dans la chronique OPINION, deux très jeunes auteurs critiquent la Nuit de la poésie 1991.

-Daniel Canty, qui avait collaboré au no 17, écrit avec indignation combien il s’est senti extérieur à ce monde de «nobles poètes». Et pourquoi les poètes se sont plié-e-s à cette mascarade de mise en scène, sans broncher, alors que les micros étaient tous ouverts!
-Et Jean-Sébastien Huot, dont on retrouve aussi les propos à l’intérieur du dossier, s’indigne, lui, en tant que participant.
-Je ne sais pas si c’est une question d’âge, de génération qui cherche sa place ou ne se reconnaît pas dans ceux et celles qui sont en place.
-En tout cas, c’est bien qu’il y ait ces deux textes car presque tous les comptes rendus de cet événement de poésie ont été si flatteurs, ou neutres, qu’ils ne reflètent pas tout ce qui s’est passé.
-Ça fait du bien de constater ce bouillonnement qui habite certain-e-s de la jeune génération. À un moment où la planète va à sa perte, les réactions ne peuvent être trop fortes.

-J’ai relevé certains extraits dans la revue Gaz Moutarde, qui ont la même résonance : «état d’urgence, extrême poésie» (Interface de Jean-Sébastien Huot, Gaz Moutarde 4, octobre 1990, p. 3); «j’écris au lieu de massacrer […] je suis jeune et sans répit / et je détruis les cavités où le quotidien sombre» (IGA de Jean-Sébastien Huot, Gaz Moutarde 4, octobre 1990, p. 14); «Un jour / ce jour, je n’écrirai plus / je n’aurai plus à rager […] Mais il faut parler / pour s’extirper de la tourmente de paroles / il faut aller au bout des mots / pour s’en déneiger / et voir ce jour enfin! Cela s’appelle poésie / et elle seule le sera / vraie (Nuit de neige… de Benoît Chaput, Gaz Moutarde vol. 2 no 1, février 1990, p. 40).

Qu’y a-t-il d’autre? Ah oui! cette table ronde organisée par la galerie La Centrale, et intitulée Femme artiste immigrée.

-Ouais, ça rend beaucoup de page!
-Le sujet est intéressant dans le contexte québécois actuel. Et pour bien rendre compte des propos exprimés, nous publions l’intégralité des interventions, en plus de commentaires soulevés par ces communications et par la réaction du public.
-Les participantes à cette table ronde ne viennent pas de débarquer ici. Trois d’entre elles sont établies depuis plus de dix ans au Québec, la quatrième, arrivée plus récemment à Montréal, a vécu depuis son enfance à Vancouver.
-La précision a son importance, puisque c’est à partir de ces parcours particuliers qu’elles ont abordé les trois facettes de l’ordre du jour : en tant que femme, en tant qu’artiste et en tant qu’immigrée, dans le sens : «qui est venue d’ailleurs».

-Que penser du peu de place accordée, dans leur propos, au Québec francophone? L’une des conférencières occulte le Québec, ne considère que le Canada; une autre, d’ailleurs de langue anglaise, n’en parle pas, elle a de toute façon des préoccupations plus urgentes; une autre aborde avec un ton méprisant le théâtre québécois francophone (et la société qui l’a produit); une seule puise dans la littérature québécoise et y trouve certaines affinités.
-Ce qui m’a beaucoup étonné, c’est que les questions du public ont remis en cause des fondements du féminisme, qu’on aurait pu croire acquis. Ce à quoi, c’est sans doute bien naïf de ma part, je ne m’attendais dans un lieu comme La Centrale! Cela a donné au débat un ton plutôt agressif et l’a dévié du véritable sujet de la table ronde.
-En tout cas, ça soulève un point : on veut aller vers «l’autre», mais comment s’y prendre? Quelle place lui donner, comment respecter sa différence sans l’isoler, la catégoriser?

-Le texte de Carole Brouillette, dans la chronique COMMENTAIRES, se rattache très bien à cette table ronde : Carole est une des coordonnatrices de La Centrale et son texte traite de l’art des femmes en 1991.

-Ses propos très généraux, triomphalistes même, ne seraient-ils pas à considérer à la lueur des remrques d’une des invitées à la table ronde Femme artiste immigrée, qui questionnait justement le discours des féministes blanches?

-Le texte de Carole a été préparé pour une autre table ronde qui a eu lieu le 8 mars, journée des femmes. Mais les femmes parlent-elles en dehors de cette journée-là? Que font-elles le reste de l’année?

-Bien, l’été, elles vont se baigner…
-Les problèmes sont loin d’être réglés, puisqu’on parle encore, et, comme la réaction du public à la table ronde Femme artiste immigrée nous le rappelle, les femmes ne peuvent pas s’asseoir sur leurs lauriers. Les gains sont toujours minimes.
-J’aime bien quand l’auteure dit : «L’art […] laisse envisager la fantaisie comme solution plutôt que comme un luxe superficiel.» C’est-tu assez positif à ton goût?
-On parlait tantôt que l’engagement ne peut pas se vivre aujourd’hui au même niveau qu’en 1970. ON en a un exemple ici avec Serge Bruneau et son entretien avec Feroz Mehdi, dans la chronique ENTREVUE.
-Dans quel sens?
-C’est un artiste qui, comme plusieurs autres dans les années 1970, a lié sa pratique à un engagement politique dans un mouvement de gauche, puis s’en est détaché, tout en poursuivant une réflexion sur l’engagement. Quand on connaît son point de départ, c’est intéressant de lire où il en est rendu actuellement.
-Et le texte de Ginette Demers, qui précède cet entretien, permet, justement, de mieux suivre son cheminement, pour qui ne le connaîtrait pas.
-Il semble quand même éprouver quelques réticences à se faire catégoriser «artiste engagé». Pourquoi est-ce si difficile à assumer?
-Ce n’est pas tout, de parler de conditions d’existence (artiste, jeune, femme, immigrée, etc.), il reste que des œuvres existent, vivent, parlent, …
-Justement, dans la chronique MONTRÉALITÉS, Mona Hakim fait le tour de la récente exposition de Marlène Couet.
-Oui, je me rappelle! On s’était interrogé-e-s sur la présence, dans cette installation, d’une très voyante croix latine, symbole trop bien connu rattaché à la religion catholique… Comme si l’artiste avait repris cette forme sans assumer tous les attributs qui y sont rattachés.
-Il reste que, et le texte de Mona le souligne, les attributs retenus par l’artiste sont en rapport serré avec son propos.
-Tous ces corps fragmentés, morcelés, dans les peintures de Marlène, est-ce qu’on peut les mettre en rapport avec le 7e épisode de Cité solitaire, la BD de Luis Neves?
-Oui. Dans cet épisode, Vincent rencontre au party de Lucie une jeune Allemande de passage au Québec. Le souvenir de la chute de Berlin se mêle avec l’actualité du moment (on est toujours en mai 1968) : les bombardements américains sur la population vietnamienne.
-Est-ce tout pour ce numéro-ci?
-Non, non! On termine le numéro en faisant écho à certains gestes posés récemment par des artistes contre la politique des frais d’inscription demandés pour soumettre un dossier au jury d’un événement.
-Le problème avait déjà été soulevé dans le dossier du no 16, et le dossier du prochain numéro poursuivra l’action entreprise, pour dépasser le constat et tenter d’amener des résultats plus concrets.
-Comme quoi on ne laisse pas tomber nos dossiers!
-Eh bien! là c’est tout… pour le moment.

17 - TPS : Du mythe artistique à la société Artiste ltée - Hiver - 1991
Le comité de rédaction

[in French]

Au moment de rédiger cet éditorial, la guerre a déjà fait beaucoup de ravages et de victimes dans le Golfe persique. Le premier combat terrestre a eu lieu et 11 millions de barils de pétrole sont déversés dans le Golfe. Quel sujet d’éditorial! Et en même temps, nous ne pouvons faire abstraction de ce conflit qui nous habite et dans lequel nous sommes impliqué-e-s. Et à cause duquel des gens meurent. Le comité de rédaction a donc réuni les voix de ses membres pour crier NON à cette guerre. (L’urgence du débat explique la plus grande place accordée dans ce numéro à l’éditorial, dont le contenu donne également le ton à la page couverture.)

Indépendamment de ce qui risque de se passer d’ici la sortie de ce numéro, nous pouvons, en tant qu’individu-e-s, poser certaines réflexions qui demeureront pertinentes. Nous ne prétendons pas vous livrer une analyse historique et politique complète de la situation : nous ne sommes pas spécialistes en ce domaine et, de plus, l’information que nous recevons est tellement biaisée que c’est presque faire atteinte au minimum d’intelligence de chacun-e.

Toute prise de position sur ce conflit n’est pas simple. Au-delà de notre sentiment (qui ne devrait pas surprendre les lecteurs et lectrices d’ESSE), nous devons tenir compte de notre situation en tant qu’individu-e-s faisant partie d’une entité nationale nommée Canada, impliquée dans le présent conflit armé.

Savez-vous nager dans les eaux troubles de la contradiction?

Nous sommes conscient-e-s de ce qu’il y a de presqu’indécent à donner autant d’ampleur au présent conflit. Dans quel jeu embarquons-nous? Celui des États-Unis qui ont convaincu les pays occidentaux dominants que leurs intérêts étaient sérieusement menacés?

Le Cambodge a subi un génocide d’au moins un million de personnes; la moitié de l’Afrique est en guerre; l’Amérique centrale brûle depuis 20 ans; les Palestiniens attendent justice depuis 40 ans; Sabra et Chatila : un massacre permis par Isräel; Saddam Hussein a massacré l’Iran pendant 8 ans, et a gazé les Kurdes dans le nord de l’Irak… Et que dire de la situation actuelle urgente au Libéria, conflit oublié qui fait les frais de la guerre du Golfe? À quel moment est-on autant descendu dans la rue pour manifester son opposition à ces atrocités? Comment se fait-il que maintenant nous nous donnions la bonne conscience de nous indigner davantage de ce conflit armé? Pourtant, cette guerre a bien été déclarée pour défendre notre économie capitaliste, système dont nous profitons largement. Évidemment, les chiffres (1 million de soldats) et les coûts de cette guerre, allègrement mis de l’avant par les médias, sont sans commune mesure et font peur. D’ailleurs, on parle plus des dollars dépensés que des vies humaines perdues! Et, on oublie facilement que ce conflit est la suite quasi logique de multiples jeux de pouvoir internationaux et pas seulement de l’envahissement du Koweït par un Saddam Hussein qui veut refaire l’économie de son pays. On oublie facilement que cette guerre est un héritage du découpage colonial du Moyen-Orient, découpage établi bien sûr pour protéger les intérêts occidentaux dans la région.

MAIS LA GUERRE EST ET SERA TOUJOURS INACCEPTABLE. D’aucune façon, ne peut-elle constituer une solution à quelque conflit que ce soit. Des vies humaines sont en jeu! Voilà le point essentiel à ne pas perdre de vue.

Dire non à la guerre n’équivaut pas à être pro-Hussein; comme s’il fallait obligatoirement se ranger dans une des deux camps. Dire non à la guerre, c’est refuser toute forme de logique qui prônerait la légitimité, même résignée, du recours à la violence dans le règlement d’un conflit. ON voudrait rendre cette guerre moralement acceptable sans même l’ombre d’un sentiment humaniste, si mince soit-elle, pour justifier une telle position. N’est-il pas aberrant que l’humanité n’ait pas encore trouvé d’autre solution que l’intervention militaire pour régler ses différends? Il faut chercher des moyens d’en sortir. Au moins arrêter de prononcer ces fatidiques «c’est la vie» ou «il y aura toujours des conflits».

Même les conflits larvés sont intolérables et les accepter ne fait que maintenir une situation de guerre constante qui va au rythme des crises des systèmes politiques dominants. Un engrenage terrible. Si c’était sur nos têtes que les missiles tombaient…

Avec autant de milliards consacrés depuis la Deuxième Guerre mondiale au développement de la technologie militaire, avec autant d’armes amassées dans le Golfe persique, avec autant de soldats postés de part et d’autre des frontières, il était absolument inimaginable de penser que les deux parties allaient s’asseoir et négocier la paix.

Dans un conflit d’une telle ampleur, le recours à la violence ne peut qu’exacerber les tensions, non les résorber. Il ne s’agit pas ici d’une partie d’échecs amicale où le perdant sert la main du gagnant à la fin et retourne paisiblement chez lui. On peut bien raser l’Irak, tuer «légitimement» Hussein, mais l’humiliation de la défaite serait aussi celle d’un peuple fier. Hussein n’est pas le premier ni le dernier à se poser en grand unificateur du monde arabe, en leader de la reconnaissance de la Palestine. Malgré ses dissensions, le peuple arabe se rassemble pour bouter l’«ennemi». Malgré certains de ses dirigeants, le peuple arabe acclame Saddam Hussein qu’il s’élève en véritable défenseur contre l’oppression exercée par l’Occident dont il déteste les valeurs et la perception d’une vérité unique qui n’est pas la sienne. Est-il besoin de rappeler que les bases de notre civilisation ont existé en Orient avant d’apparaître en Europe et en Amérique?

Le monde occidental qualifie Hussein de «monstre». Mais qui l’a si bien armé? Qui lui a procuré tout l’arsenal dont il dispose actuellement? Et, pourquoi l’ONU est-elle intervenue dans ce qui, initialement, était un conflit Irak-Koweït? Quand cinq pays y ont un droit de véto, on ne peut pas parler de l’ONU comme d’une organisation neutre. On a parlé d’intérêts économiques menacés. En fait, on aurait dû dire : les Arabes ne doivent pas contrôler eux-mêmes les richesses pétrolifères de leur territoire. L’Irak et le Koweït possèdent environ 35 % des ressources mondiales de pétrole. Qu’arriverait-il au niveau de vie des Américains, dont le système économique est basé sur le faible coût des ressources énergétiques, s’ils perdaient le contrôle de ces 35 %? Avec le déplacement des cibles de Hussein sur Tel Aviv, c’est le perpétuel conflit entre Juifs et Arabes qui réémerge et, là encore, les Américains ne peuvent pas ne pas voler au secours d’Israël.

Nous, hommes et femmes, Québécois-e-s, Canadien-ne-s, au sein de ce conflit international : quel est notre pouvoir d’action? D’abord, on ne devrait pas admettre que des politiciens démocratiquement élus s’arrogent le droit de nous faire déclarer la guerre sans nous consulter et sans tenir compte des sondages qui ont démontré qu’une majorité de Canadien-ne-s s’oppose à toute intervention armée dans le Golfe persique, plus exactement 56 % des Canadien-ne-s et 70 % des Québécois-e-s (La Presse, 16 janvier 1991). D’ailleurs, que vient faire le Canada dans cette galère? Il ne retire aucune goutte du pétrole du Moyen-Orient : ses ressources sont au Vénézuela, au Mexique et dans l’Ouest canadien. En tant que représentant à l’échelle mondiale d’un modèle de démocratie, le Canada se place dans une drôle de position en se portant à la défense de cette pétromonarchie qu’est le Koweït. Et nous dénonçons également la prise de position du Partie québécois qui fait preuve, lui aussi, d’une vision «économique» alignée sur celle de Washington.

Si chaque individu-e-s en désaccord avec la décision de son gouvernement envoyait une lettre de protestation à ses premiers ministres et à ses députés fédéraux et provinciaux [1]? Le nombre de lettres reçues par nos représentant-e-s réussirait probablement, au moins, à leur faire douter de leur réélection et de la sécurité de leur retraite… Ce geste peut avoir un impact certain, et il représente une de nos forces d’intervention. Il y a dix ans, par exemple, un politicien n’aurait jamais parlé de problèmes écologiques pendant sa campagne électorale. Aujourd’hui, poussé par l’opinion publique de plus en plus sensibilisée à l’environnement, il en fera le centre de sa campagne. Les gouvernements sont toujours les dernières instances à changer. Mais en 1991, combien faudra-t-il de morts au front, et malheureusement au sein des populations civiles, avant qu’on décide que c’est assez?

Il reste que notre situation socioéconomique en tant que Nord-américain-e-s est très privilégiée : nous ne connaissons pas la guerre, nous n’avons jamais reçu de bombes sur la tête. Nous pouvons bien prendre parti pour une position offensive ou pacifiste et en discuter librement, mais si nous habitions un territoire bombardé tous les 25 ans, notre opinion face au réel de la guerre serait tout autre.

Situation privilégiée et aussi inconfortable, «entre deux chaises» : si on se bat dans le Golfe, c’est pour préserver notre niveau de vie, notre bien-être qui n’est plus suffisant puisque maintenant c’est de «mieux-être» dont on parle. Que nous soyons d’accord ou non, cette guerre a été déclarée au nom du respect d’un système économique qui prône la répartition des richesses, en omettant de considérer que cette répartition devrait se faire à l’échelle mondiale.

Car le problème dépasse la question des ressources en pétrole, c’est une question de ressources alimentaires. En ce moment, ces ressources disponibles par tête dans le monde diminuent dramatiquement de sorte que les pays démunis s’enfoncent un peu plus chaque jour (René Dumont, La contrainte ou la mort, Éditions du Méridien, 1990). Il faut arrêter de faire des guerres pour protéger un système d’échange économique qui siphonne systématiquement les Tiers-Mondes de leurs richesses brutes au profit d’une minorité en Occident, dont nous faisons partie. Il faudra que ce problème se règle, et sans qu’on tue des gens pour cela!

Ici au Québec, nous sommes majoritairement opposé-e-s à toute intervention armée dans le Golfe persique. Mais on peut à juste titre se demander : est-on prêt-e à changer de mode de vie, si la paix est à ce prix-là? Jusqu’à quel point est-on prêt-e à partager? En autant que notre petit confort ne bouge pas?

C’est sûr qu’il y a des choix personnels à repenser, comme celui de moins embarquer dans le système de consommation et de production. Mais pour une meilleure redistribution des ressources, il importe de déplacer nos valeurs, nos priorités. Le problème n’est pas un manque de fric. Les exemples ne manquent pas, à tous les jours, de sommes importantes englouties dans des projets douteux. Ce déplacement des priorités est envisageable : ainsi, par exemple, avec l’argent dépensé pendant les deux premières semaines dans le Golfe, on aurait pu subvenir aux besoins en nourriture, en logements et en médicaments partout dans le monde pour un an; le coût d’un seul F-16 pourrait permettre d’éliminer de la planète une maladie comme la variole (Robert Blondin, émission Sans frontière, Radio-Canada AM, 2 février 1991).

Par où commencer si on veut finir par ne plus devoir réagir aux pots cassés, une fois que tout est déjà amorcé sans nous, en dehors de notre volonté? Qu veut la guerre? Et si personne n’en veut, pourquoi est-elle là, maintenant, à notre porte?

La guerre est au cœur de notre mode de vie. Quand je m’insurge contre les intrusions de mes voisin-e-s sur mon «2 x 4 pieds de pelouse», je délimite un territoire, je m’approprie un espace vert et je suis prêt-e à tout pour que personne ne le piétine impunément : structure d’affrontement, avoir-pouvoir… guerre.

Nous sommes tous et toutes responsables de cette guerre.

NOTES :

1. L'adresse du premier ministre canadien est : Brian Mulroney, Chambre des Communes, Ottawa. L'adresse de tout député fédéral est : Monsieur Untel ou Madame Unetelle (comté X), a/s Chambre des Communes, Ottawa. L'adresse du premier ministre québécois est : Robert Bourassa, Assemblée Nationale, Québec. L'adresse de tout député provincial est : Monsieur Untel ou Madame Unetelle (comté X), a/s Assemblée Nationale, Québec. Toute lettre envoyée à un-e représentant-e politique se poste SANS timbre.

16 - La face cachée - Automne - 1990
Le comité de rédaction

L’été 1990 au Québec a été marqué par un événement for connu, appelé «la crise amérindienne». Cet événement nous concerne tous et toutes. Au-delà des multiples propos et actions qu’il a générés, il y a lieu, ici, d’en extraire un élément de réflexion plus globale.

Un point frappant : on a pu s’apercevoir à quel point il est difficile de lire correctement la réalité en ne considérant que son propre point de vue, sans tenir compte de celui de l’autre (des Amérindiens dans ce cas-ci). Mais pire encore, combien ne savaient même pas, et ne savent toujours pas, que leur lorgnette peut être retournée? Combien d’articles, par exemple, a-t-on pu lire sans qu’à aucun moment, l’on sente de la part de l’auteur-e le moindre soupçon d’une pensée autre?

Plusieurs se sont empressés de condamner les Warriors, canalisant ainsi l’hostilité et évitant de remettre en question leurs propres comportements passés et actuels. Les Amérindiens constituent une minorité; les Blancs ont donc beau jeu de dicter les règles de conduite puisqu’ils détiennent les leviers du pouvoir politique, judiciaire et policier. Et certains ont même osé affirmer être moins bien traités que la communauté amérindienne. Comme toujours, tout dépend de quel côté de la caméra (ou de la barricade) on se trouve.

Peut-on seulement imaginer que, pour d’autres, la vie ne se résume pas seulement en travail, rentabilité, entrées et sorties à comptabiliser? Le bonheur ne se calcule pas bêtement en X dollars. Dans le conflit avec les Amérindiens, comme dans tout autre conflit, les discours des groupes en présence demeureront irréconciliables tant que le groupe dominant n’acceptera pas qu’une société puisse s’établir sur des fondements différents des siens.

À ce sujet, le livre de Lise Noël intitulé L’intolérance (Boréal, 1989) ne pouvait mieux tomber pour nous permettre de voir clair dans les rapports de domination qui s’exercent constamment, et partout dans le monde. Cet ouvrage regorge de réflexions pertinentes, en voici une : «[…] la façon de rapporter la nouvelle reposant avant tout sur la capacité du public de s’identifier avec les valeurs de la classe moyenne. C’est ainsi que le Conseil national du bien-être social constatait la propension des médias canadiens à employer le "nous" quand ils évoquaient, par exemple, le départ des vacanciers pour des cieux plus cléments, et le pronom "eux" dans des cas comme celui des chômeurs attendant de l’État le versement de leurs prestations.» (p. 39)

Le présent éditorial ne cherche surtout pas à profiter de la crise amérindienne pour établir des liens impertinents entre la situation des autochtones et celles des artistes — du genre «pauvres artistes eux aussi! — qui renforceraient une position de Blancs "pauvres victimes eux aussi!». Le but est uniquement de pointer les questions de pouvoir qui se trament, comme ailleurs, dans le milieu des arts visuels, et d’attirer l’attention sur le fait que l’art, en tant que lieu où s’exprime des différences, peut contribuer à porter un regard plus attentif sur la réalité environnante.

DOSSIER : La face cachée d’une exposition : questions de pouvoir

Ce dossier-choc, préparé par Lise Gagnon avec une équipe de collaborateurs/trices, devrait être lu par tous et toutes les artistes en arts visuels. C’est à eux/elles d’abord qu’il s’adresse afin de contribuer à les sensibiliser aux conditions trop souvent désavantageuses dans lesquelles ils/elles sont contraint-e-s de diffuser leur travail, et de les inciter à participer de plus près au processus qui façonne leur milieu.

Le dossier aborde ces questions en prenant comme exemple type l’exposition Dans dix ans l’an 2000 organisée conjointement par la Ville de Montréal et le Regroupement des associations d’artistes en arts visuels. Alors qu’elle fut conçue dans l’espoir d’en mettre plein la vue aux contribuables, en cette période électorale, Dans dix ans l’an 2000 s’est révélée plutôt un projet dont les artistes exposant-e-s ont eux/elles-mêmes fait les frais. Quand on voit, en cet automne 1990, le déploiement de l’événement hommage à l’Italie (Cosi mi piace) pour lequel les fonds municipaux ont été débloqués, encore une fois pour des visées électorales, on a plus que raison de sourciller!

Les questions de pouvoir ne s’arrêtent pas là : des luttes sont menées également entre artistes, ou plutôt entre regroupements d’artistes (le Regroupement des associations d’artistes en arts visuels et l’Association des artistes du domaine réputé des arts visuels). Et pourquoi? À cause d’une loi. La loi 78 votée par le gouvernement québécois en 1988, qui veut imposer un mode de fonctionnement fort discutable pour un motif pourtant louable : protéger les artistes dans leurs relations avec leurs diffuseurs. À noter que cette loi, adoptée depuis presque deux ans et susceptible d’avoir des répercussions importantes, est à peu près inconnue des artistes concerné-e-s…

Quatre articles de ce numéro interrogent la façon dont la réalité est véhiculée, comment intervient toujours la personne qui «rapporte». Trois auteur-e-s le font à travers la photographie et une autre à travers la vidéo, ces médiums posant plus que d’autres la question du rapport «objectif» à la réalité.

Dans la chronique COMMENTAIRES, Sylvain Campeau analyse les différences d’approche des photographes (québécois) francophones et (canadiens) anglophones, qui se traduisent par des œuvres d’un contraste évident. L’auteur souligne à la fois l’intérêt et les pièges de chaque démarche. Quant à Jean Lauzon, il traite de l’interaction sujet/photographe, de cet espace plus ou moins grand qui amène ou non le sujet à participer, posant ainsi la question de l’authenticité de l’image.

Dans la chronique DOCUMENT, la prolifique Lise Gagnon démontre la multiplicité des visages féminins à travers quelques exemples de femmes photographes oeuvrant au Québec dans les années 70-80. Pour certaines femmes artistes, s’affirmer en tant que telles veut déjà marquer la particularité de leur regard, mais là encore, il y a plusieurs façons de le faire. Toujours cette question de l’identité, cruciale. Le danger réside dans la volonté d’uniformiser la réalité. Comprendre l’autre : base d’un meilleur équilibre social.

Dans la chronique OPINION, Marie-Hélène Cousineau propose une réflexion à partir de sa participation à la 5e Manifestation internationale de video et de télévision de Montbéliard, réflexion qui pourrait très bien s’appliquer à tout autre événement à consommation inflationniste : par exemple, le Festival des films du monde ou le Mois de la Photo à Montréal de 1989 (pour citer un exemple en arts visuels) sans oublier les multiples canaux proposés par la télévision câblée. Quand la multiplicité cause l’indigestion sans apporter satisfaction. Dans cet article, l’auteure déplore le manque de remise en question qui empêche le changement, et elle lance l’expression «hommes blancs prétentieux»…

Dans la nouvelle chronique QUÉBÉCITÉS (qui, à l’instar de la chronique MONTRÉALITÉS consacrée aux actualités montréalaises, cernera l’origine d’événements ponctuels à Québec au moyen de comptes rendus), Eric Gagnon traite d’une exposition collective à la galerie l’Oeil-de-Poisson. Son propos sociologique fait suite, d’une certaine façon, à Points de vue d’une génération paru dans notre numéro précédent : cette fois, via le point de vue d’une plus jeune génération.

Enfin, comme à chaque numéro, Luis Neves présente un nouvel épisode de Cité solitaire, sa reconstitution bédéiste de moments de notre histoire. Ce ne sera pas le dernier puisque l’auteur entend bien atteindre les 60 pages! Il s’approche pas à pas des événements marquants d’octobre 1970 dont c’est le vingtième anniversaire cet automne. Et dont on cherche à identifier les ressemblances et différences avec la crise amérindienne de cet été.

Comme quoi cet éditorial ne s’est pas trop éloigné de son point de départ.

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