Juste des coïncidences?

Johanne Chagnon

[in French]

Nous ne pouvons impunément profiter d’un système capitaliste qui se nourrit de l’exploitation des autres et qui dilapide les ressources de la planète, sans qu’à un moment donné, ça nous revienne en pleine face.

Juste des coïncidences? On pourrait en conclure ainsi à l’analyse des récents événements et pousser le raisonnement plus loin. Juste une coïncidence que, pour ce numéro, ESSE avait déjà prévu délaisser la formule de dossier à laquelle les lecteurs sont habitués et présente plutôt, «à la une», un texte qui traite de l’image extrême, signé Paul Ardenne? Ce sujet amène à se questionner : pourquoi les images récentes des attentats frappent-elles plus que d’autres qui emplissent régulièrement notre univers médiatique? Ces visions servent-elles à nous habituer à la perpétuation d’horreurs tout en détournant l’attention des véritables enjeux latents, sapant ainsi toute réaction bien canalisée? Voici un exemple récent, pour moi, d’une image extrême : le président états-unien et ses acolytes s’adressant aux journalistes juste avant de leur demander de se retirer pour les laisser décider de leurs manœuvres militaires en Afghanistan, non pas dans la tenue officielle habituelle veston-cravate, mais en manteau sport décontracté, au "chalet" du Camp David, comme s’ils étaient encore des p’tits gars qui rentraient de jouer dehors. C’était à frissonner.

[…]

Revenons à la question des coïncidences. Comme par hasard (!), l’Asie centrale renferme le quart des réserves mondiales de pétrole – le deuxième plus grand réservoir au monde. Les compagnies pétrolières états-uniennes, celles-là mêmes qui ont financé l’élection de Bush en 2000 pour 1,8 million de dollars, y sont implantées – Bush lui-même et ses proches conseillers ont des intérêts dans cette industrie. Or, l’Afghanistan se trouve au centre de cet échiquier. La compagnie états-unienne Unocal caressait le projet d’un gazoduc, au coût de 2 milliards de dollars, qui traverserait l’Afghanistan pour relier le Turkménistan et le Pakistan et déboucher sur la Mer Arabique : la meilleure route pour répondre aux besoins non pas des marchés aux États-Unis, mais en Asie – donc seulement pour augmenter les profits des compagnies pétrolières. Afin d’assurer des conditions «stables» pour le passage des pipelines, le soutien d’Unocal aux talibans n’a jamais été dissimulé, et l’expansion rapide du pouvoir des talibans n’aurait pu se faire sans le soutien direct des services pakistanais — avec l’accord des États-Unis. Jusqu’en 1999, les payeurs de taxes aux États-Unis ont financé le salaire annuel de chaque fonctionnaire du gouvernement taliban. Même que les représentants états-uniens entretenaient de très bonnes relations avec les talibans jusqu’à très récemment, ceux-ci se montrant depuis un certain temps moins coopératifs... Les attentats de septembre dernier arrivaient donc à un moment fort propice, fournissant un prétexte en or pour faire débloquer une situation non favorable aux investissements US, par l’emploi massif de moyens militaires, afin de garantir la domination économique états-unienne et bloquer les visées non seulement de l’Iran et de la Russie, mais aussi de la Chine, qui a des besoins énergétiques énormes. Tout ceci sous couvert de croisade pour la «Justice absolue». Le Canada, lui, voulant aussi sa part du pillage, cherche à protéger les intérêts des compagnies canadiennes en Asie centrale. Cela expliquerait pourquoi une proposition pour négocier l’extradition de ben Laden n’a jamais été sérieusement considérée, car elle ne correspondait pas aux véritables objectifs. Et en quoi l’Alliance du Nord diffère-t-elle fondamentalement des talibans? Ses membres ne sont pas des anges et s’en tirent impunément même s’ils violent allègrement les droits humains.

Les coïncidences s’accumulent : la CIA a rencontré ben Laden en juillet dernier; les dernières rencontres entre représentants états-uniens et talibans ont eu lieu cinq semaines avant les attentats; le chef des services d’espionnage pakistanais, qui entretiennent des rapports avec les responsables des attentats, se trouvait aux États-Unis depuis le 4 septembre. Tout ceci ne prouve rien, mais ce sont tout de même des coïncidences troublantes. On ne peut que reconnaître l’habileté machiavélique d’une propagande, soutenue par les médias, pour cacher délibérément les véritables faits. Pour une information différente, voici une source parmi d’autres : http://globalresearch.ca.

Et pour les décideurs, quelle belle occasion de réprimer le mouvement anti-mondialisation, bien gênant lors des petites «réunions de famille» entre pays riches, en faisant adopter des lois anti-terrorisme d’un caractère excessif. La définition d’un acte terroriste telle que proposée par la loi canadienne C-36 est à ce point vague et d’une portée tellement large qu’elle permet d’englober des formes de contestation ou de dissidence telles des actions de désobéissance civile ou des manifestations publiques. La loi permettrait aussi de faire obstacle à des campagnes de financement menées au nom des victimes de régimes tyranniques.

Et le rôle de l’art dans tout ça? Je termine sur cette réflexion: le fait que l’artiste puisse exprimer pleinement son individualité n’appuie-t-il pas les visées du système capitaliste en faisant croire que celui-ci permet toutes les libertés, alors qu’il ne pourrait se maintenir si les individus étaient vraiment libres?

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