Éditorial no 26

Le comité de rédaction

[in French]

Sans témoigner de beaucoup d’enthousiasme, la dernière élection a porté au pouvoir le Parti québécois. Depuis, nous voguons de ministre de la culture en ministre de la culture par intérim. Le dernier en lice est nul autre que le premier ministre Jacques Parizeau. Nous sommes endroit de nous questionner sur les véritables avantages que nous pourrons retirer de ce changement. Certes, Parizeau est sensible aux arts – il fut membre du conseil d’administration du TNM – mais en quoi cela est-il garant d’un souci plus marqué pour la chose culturelle? Il apparaît que nombre de gens du milieu se contentent de bien peu et se leurrent, comme si le fait de fréquenter des galeries ou des spectacles suffisait, pour un politicien, à donner du souffle à la culture, à l’«auréoler». Cette nomination relève d’une stratégie politique très habile et qui a atteint son but : faire taire le milieu artistique à la veille du référendum. Soyons sérieux! Même si un comité de responsables doit lui prêter main forte, et qu’un sous-ministre (Roland Arpin, auteur du rapport du même nom) a été nommé pour une période de six mois, entre les commissions régionales sur l’avenir du Québec et les sessions à l’Assemblée nationale, Parizeau ne peut s’occuper adéquatement de ce dossier.

En début du mandat de Parizeau, le milieu culturel attendait un geste, une intention du nouveau gouvernement face à la culture. Comme énoncé de politique culturelle, nous avons vu la part de 1 % du budget du Québec allouée à la culture reportée à «plus tard», avec comme excuse (cent fois entendue) qu’il s’agit d’un but à atteindre. Nous croyions entendre les explications du gouvernement précédent sur la récession, l’état des finances publiques, etc. Et puis, on nous parle de l’importance des régions. Actuellement, ces dernières subissent des pertes importantes de l’ordre de centaines de milliers de dollars pour l’aide à la création (sujet que nous aborderons dans le dossier du prochain numéro). Il faudra bien en tenir compte un jour, appliquer ce que l’on prêche et rectifier le tir.

Dans le feu roulant des commissions régionales sur l’avenir du Québec, nos représentants et représentantes ont presque oublié de gouverner au quotidien. Les politiques sociales se font toujours attendre. Dans une société qui comporte de plus en plus de gens en situation précaire, un geste dans cette direction aurait été apprécié. Certes, Jeanne Blackburn, ministre de la Sécurité du revenu et ministre responsable de la condition féminine, présentait récemment un projet sur la perception des pensions alimentaires, mais c’est encore bien peu. Plusieurs ont profité des commissions régionales sur l’avenir du Québec pour prendre la parole. Malgré parfois son aspect «auberge espagnole», cet exercice nous aura-t-il permis de contribuer à l’élaboration d’un projet de société à la mesure de nos espoirs et de notre volonté à nous assumer? C’est ce que nous verrons bien.

Il était question d’une autre façon de gouverner… Comme artistes, en quoi serions-nous gagnants dans un Québec souverain? À la limite, c’est un faux débat. Responsables à l’époque de l’éveil national et porte-étendard de l’identité culturelle, les artistes sont considérés aujourd’hui comme acquis à la «cause». Est-il encore permis de poser des questions et d’exprimer des réserves sans pour cela renier «la cause»? Nous ne pouvons en toute logique donner un chèque en blanc à nos représentants et représentantes sans nous soucier de l’avenir. Ne nous leurrons pas. Nous pouvons opter pour une affirmation nationale, mais en toute lucidité, nous devons rappeler à nos élus et élues nos attentes légitimes. Dans notre éditorial précédent, nous évoquions l’intention de nous occuper de nos affaires. Cet automne, nous avons reçu un formulaire se rapportant à la déclaration de souveraineté du Québec, dans lequel aucune mention de la culture et de son caractère propre n’y était faite. Un espace spécifique était prévu afin d’y inscrire ce que nous aimerions retrouver dans cette déclaration. Tous et toutes, individus ou groupes, étaient invités à soumettre un sujet particulier ou un projet complet qu’ils souhaitaient voir inclure. C’est ce que nous avons fait (voir la nouvelle chronique ACTION POLITIQUE). Depuis le temps qu’on chiale que le gouvernement n’a pas de projet de société et que pour une fois, on nous demande notre avis, il était malaisé de ne pas participer à cette consultation populaire. Il reste à voir ce qu’il en adviendra…

Tout projet de société proposé par le PQ dans le cadre de la souveraineté doit comporter un énoncé sur la culture d’ici. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas d’un programme de subventions pour les industries culturelles, mais une vision à long terme sur l’importance de notre culture et de ses manifestations comme élément distinctif au sein du continent nord-américain, cette culture dont on vante la vitalité et l’originalité, dont on se drape en visite à l’étranger. Il devient essentiel d’en assurer l’épanouissement. Dans le contexte actuel, le moins que nous puissions faire en tant qu’artistes, c’est de le rappeler et de l’exiger du gouvernement.

Et maintenant, tirons une ligne sur tous ces propos…

C’est «l’horizon 95», expression floue par laquelle le gouvernement désigne la date du référendum sur la souveraineté du Québec.

Depuis plusieurs années, les Québécois et Québécoises ont débattu tour à tour tous les arguments, pour et contre : historiques, culturels, économiques, etc.

La seule vraie question maintenant est celle-ci :

En tant que Québécois et Québécoises, avons-nous confiance en nous-mêmes ?

Notre réponse : OUI.

Pendant ce temps, dans le monde…

Le Mexique continue sa vie mouvementée et fascinante. Le présent DOSSIER multiplie les points de vue dans l’espoir de cerner cette culture différente de la nôtre, mais pourtant nord-américaine elle aussi, en s’attachant plus particulièrement à l’art, ses conditions de pratique, son langage. L’artiste québécois René Derouin, approché à cause de sa connaissance vécue du Mexique, nous en apprend plus sur ce pays que n’importe quel livre d’histoire. Il porte en même temps, par comparaison, un regard très instructif sur ce qui se passe ici au Québec, sur ce vers quoi mène notre système de plus en plus structuré. Il nous livre L’espace et la densité. Entretiens avec Michel-Pierre Sarrazin (publié à l’automne 1993 aux Éditions de l’Hexagone). Quant aux cinq artistes et au conservateur mexicains rencontrés, ils ont bien voulu répondre à diverses questions impertinentes portant sur les rapports entre art et classes sociales, sur la reconnaissance de l’art dans la société mexicaine, sur la situation financière des artistes, sur le message qu’ils véhiculent, et autres questions dictées par la curiosité et l’intérêt. Les propos de Roman Varela, artiste mexicain résidant à Montréal, complètent ce tour d’horizon qui ne peut qu’effleurer la complexité d’une culture aussi riche. En ces temps d’indécision et de vasouillage au Québec, les pages de l’histoire mouvementée du Mexique, sans être un modèle, nous interpellent. Le contexte québécois n’est pas le même, on peut se demander avec raison à qui a profité leur Révolution, mais…

Pauline Morier a réalisé une ENTREVUE avec Robert Saucier, dont le travail le plus récent, Le vide n’existe plus, la touchée. Mais le propos de cet artiste est loin d’être vide : ses réflexions sur l’utilisation de la technologie sont pertinentes. Alors même que beaucoup d’artistes sont fascinés, à juste titre, par les nouvelles trouvailles technologiques, ils ont à trouver une façon personnelle de se les approprier.

Les titres de chronique bizarres, se terminant en «ITÉS» ou «YTÉS» indiquent le lieu où se sont tenus les événements ponctuels dont il y est question. Ainsi dans la chronique GRANBYTÉS, on peut lire le «carnet de bord» de Jacqueline Bouchard qui a assisté aux préparatifs et présentations de l’événement L’art et l’eau, tenu à Granby l’été dernier. L’auteure, qui a signé également un texte dans le catalogue de l’événement, emploie ici pour ESSE une approche et un ton différents. Ce texte s’inscrit bien dans notre projet d’accorder plus de place aux régions du Québec. Il témoigne d’un autre exemple de réalisation importante hors Montréal et soulève la question de la réception par un public non familiarisé avec l’art contemporain, ce à quoi les artistes en région sont davantage confrontés. Dans VICTORIAVILLITÉS, Johanne Rivest traite d’un concert conçu par le trio de compositeurs Espaces sonores illimités et tenu dans le cadre du Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Ce texte fait écho (décidément, quelle logique!) au dossier du no 24 traitant de trois compositeurs pour qui, aussi, la notion d’espace est primordiale, et au dossier du no 25 abordant des démarches artistiques qui relèvent d’un esprit de globalité. Espaces sonores illimités approche la musique en fonction des lieux où elle sera jouée, dans ce cas-ci, une église; leurs feuilles de partition, ce sont quasiment les plans du lieu. Il est curieux de constater, dans ce concert de musique «actuelle», l’emploi des instruments anciens, l’usage nouveau qui en est fait nous en faisant redécouvrir les riches sonorités. Cet article va malheureusement de pair avec le COUP DE GRIFFE de ce numéro, qui présente l’autre facette de la pratique de compositeur, la réalité crue. André Hamel, un des trois compositeurs d’Espaces sonores illimités, a fait une campagne d’information en janvier dernier afin de mettre en lumière le traitement ahurissant que subissent actuellement les compositeurs de musique actuelle, et ce de la part de l’organisme même chargé de les représenter. On pourra lire les lettres qu’il faisait parvenir à cet effet.

Le DOSSIER SUITE qui présente à chaque numéro la suite du feuilleton Les Enclos, mettant en vedette l’AADRAV et le RAAV, a encore… une suite. Mais ce tirage de couvertes ne finira-t-il donc jamais? L’AADRAV a gagné la bataille dans le dossier de la surtaxe sur les ateliers d’artistes mais n’en a récolté aucun laurier. Le RAAV, quant à lui, aménage ses bureaux.

Dans le dernier Alzheimer social de Paul Grégoire, chronique GOSSAGE, on y boit de la Tequila. Djo aurait-il pogné le goût d’aller au Mexique après avoir lu le dossier? Par ailleurs, on remarquera sans doute un changement de ton à la lecture de la BD. Pour cet épisode du Chien de Sagres, Luis Neves a travaillé en collaboration avec un scénariste, Denis Lord.

Deux articles grossissent les rangs de la chronique DOCUMENT. À travers l’analyse de trois films documentaires portant sur les mœurs de communautés amérindiennes, Christine Palmieri montre comment on peut orienter l’interprétation du public et faire passer un message autre que celui apparent, où réel et fiction se confondent. Elle soulève la position anticléricale qui sous-tend la construction de ces films qui serviraient à déculpabiliser le Blanc en reportant la responsabilité du sort des Amérindiens sur la religion catholique. Quant à Johanne Chagnon, elle nous amène enfin au cœur de son sujet, avec ce deuxième épisode de l’article en quatre parties, De la destruction dans la performance au Québec. On y apprend qui a fait usage de destruction, comment, où, et, surtout, on commence à comprendre pourquoi.

Parfois, à considérer la société actuelle, politiquement bien sûr, mais aussi à tous les niveaux, une sensation d’étouffement nous saisit. Et il nous vient à nous aussi le goût de casser quelque chose…

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