Les vues de Paraloeil

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Marie-Ève Charron

[in French]

Le Cinéma Auditorium de Rimouski a tout gardé de son aspect déglingué. Sans âge, mais probablement retouché dans les années 1980, le bâtiment a triste mine. Sur sa façade, une inscription pourrait en surprendre plus d’un. Ce qu’elle annonce? Rien de moins que son nouveau propriétaire : «Paraloeil, centre d’accès aux arts médiatiques». Pour ceux qui ont vu les activités de l’Audito s’étioler au cours des années 1990 avec l’arrivée à Rimouski du cinéma Lido, un complexe à salles multiples dont les préférences, faut-il le préciser, ont toujours été pour le cinéma commercial, cette renaissance tient du miracle. Derrière ce bon coup, un centre d’artistes autogéré, un des rares dans la région du Bas-Saint-Laurent (1) dont le mandat consiste à diffuser et à produire de la vidéo et des arts médiatiques (fiction, documentaire, expérimentation). Ici, Hollywood essuie un revers.

Mis sur les rails en 1999 par Françoise Dugré, aujourd’hui présidente du centre, en collaboration avec Alain Dion, infatigable défenseur du cinéma québécois, Paraloeil a d’abord concentré ses activités sur la diffusion, au fil de projections itinérantes tenues à travers la ville. Une programmation inusitée pour la région (répertoire québécois, documentaire, vidéo expérimentale) a peu à peu attiré un public varié.

L’acquisition l’été dernier du vieux cinéma, où se tiennent depuis deux ans les projections, coïncide avec la consolidation des activités de diffusion du centre (soirées thématiques et carte blanche aux Films de l’Autre, par exemple). Elle marque surtout le début des activités de production, autre volet dans le mandat de Paraloeil qui s’est maintenant doté d’équipements grâce à d’importantes subventions – un coup de pouce qui ne se refuse pas même si, en carburant à la passion de ses instigateurs, le centre avait déjà fait des pas de géant.

Pour tout dire, le boulot ne manquera pas. Mais les mordus qui gravitent autour de Paraloeil – ceux, par exemple, qui s’activaient déjà dans les salles de montage au premier jour de janvier quand plusieurs se remettaient des festivités de la veille – ne semblent pas craindre les défis. Aménagement et gestion sont encore à mettre au point pour que l’espace trouve son plein potentiel. Or, Paraloeil s’affirme déjà auprès de ses membres comme un agent de soutien à la production indépendante, notamment en facilitant la location d’équipement (tournage et montage) et en proposant des ateliers de formation. Un premier appel d’offres a été lancé dans le cadre d’un programme de soutien qui propose d’assumer jusqu’à 100 % du temps machine nécessaire à la réalisation de projets. S’ajoute également un projet d’aide impromptue dont le fonctionnement est plus souple. En plus de rallier une communauté locale d’artistes qui ne pouvaient que souhaiter l’existence d’une telle plateforme, Paraloeil entend briser les distances et ouvrir les horizons de chacun en proposant des résidences d’artistes. Il est d’ailleurs question d’inviter l’organisme montréalais Perte-de-signal à inaugurer dès l’été prochain un projet de cette nature.

Le mobilier un peu vétuste de l’Audito est toujours en place. De lui vient d’ailleurs la thématique de travail «Les bancs rouges», un événement qui prévoit diffuser 10 productions de Paraloeil ce printemps à Rimouski. Et si ces œuvres peuvent circuler, le centre, en plus d’être un facteur de rétention des artistes dans le Bas-Saint-Laurent, pourra faire entendre à la «grande ville» que le Québec existe aussi par ses régions.

www.moutonnoir.com/
www.perte-de-signal.org/
www.carrousel.qc.ca/index.asp

LECTURES
Anne-Marie Duguet, Déjouer l’image. Créations électroniques et numériques, (Critiques d’art), Jacqueline Chambon, Nîmes, 2002.
Jacques Bérubé «L’Audito 2», Le mouton noir, mars 2001.
Robert Michaud et Gérard Filion, L’Isle-Verte vue du large, Leméac, Montréal, 1978.

NOTE
1- Un nouveau centre d’artistes, du nom de Caravansérail, est en train de voir le jour à Rimouski. Il aura pour mandat de soutenir la relève en arts visuels et de faire la promotion de l’art actuel auprès d’un public élargi.

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