New York - Volta, Galerie Battat Contemporary, Patrick Bernatchez

78
2013
New York
  • Patrick Bernatchez, À la recherche du jour d'après, 2012. Photo : © Patrick Bernatchez

[In French]

Patrick Bernatchez
Galerie Battat Contemporary, Volta, New York, du 7 au 10 mars 2013

Lors de la dernière foire Volta, à New York, la galerie Battat Contemporary avait choisi de proposer une collaboration particulière à Patrick Bernatchez. Pour l’occasion, quelques œuvres du projet Lost in Time étaient exposées dans un espace entièrement peint en noir. Ce choix scénographique, plutôt rare, transformait l’espace en un écrin pour la montre BW (BlackWatch, 2009), l’une des pièces maîtresses de l’exposition. Cette montre réalisée en partenariat avec un maître horloger suisse, Roman Winiger, résume à elle seule le rapport que Patrick Bernatchez entretient avec le temps. Son unique aiguille doit faire sa révolution en 1000 ans. Ce mouvement imperceptible – une vie humaine ne suffit pas à voir bouger l’aiguille de 5 millimètres – peut être vu comme un commentaire sur le désir vain de mesurer précisément le temps ; mais, telle une vanité, il montre aussi combien l’inhumanité du monde contemporain, y compris dans ses technologies les plus précises, réduit souvent la vie humaine à un détail temporel. Le temps, bien qu’il soit au final toujours imaginaire, est ici matérialisé par des enceintes reliées à la montre. Elles donnent à entendre un tic-tac régulier à la limite de l’imperceptible, un bruit d’aiguille qui avance et nous perd dans une fiction temporelle, puisqu’à ce son ne correspond aucun mouvement visible de la montre.

Le projet de film en cours de production, 77K, en vidéo numérique et en noir et blanc, dont l’exposition montrait un extrait, décrit bien la perte de repères spatiotemporels que l’artiste cherche à provoquer. Tourné dans des lieux qui cherchent à évoquer les zones désertiques des espaces arctiques couverts de neige, il présente la quête indéterminée d’un cavalier perdu dans l’immensité blanche soumise aux tempêtes, aux vents qui effacent toute idée du paysage, et par conséquent tout point de repère. Le film donne à voir une autre temporalité, proche cependant de celle de la montre dans son extension. Tandis que l’on pouvait douter de la valeur accordée au temps millénaire de la montre, assimilable à une promesse d’immortalité, l’esthétique du film et de l’habillement de son protagoniste incite à penser que la quête temporelle se fait davantage sur le terrain de la dystopie que de l’utopie. Le portrait en pied de l’acteur principal du film, Untitled #1 (Protagonist) (2011), présenté dans l’exposition est une photographie dans les tons de sépia, qui semble avoir subi les outrages du temps. Certains accessoires, les casques intégraux dont sont affublés le cavalier et son cheval, que l’on retrouve dans plusieurs œuvres de Patrick Bernatchez, trahissent la nécessité de se protéger contre une menace invisible, sournoise, imprévisible. Qu’il s’agisse d’anticiper un avenir imminent ou de prendre conscience de la nécessité de faire advenir un autre âge, le travail de Bernatchez nous rappelle que toute course contre le temps est inutile.

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