Paris – Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

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Musée d'art moderne de la Ville de Paris

[in French]

Sturtevant, The Razzle Dazzle of Thinking
ARC, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris,
du 5 février au 25 avril 2010

L’heure est à la redécouverte du travail d’Elaine Sturtevant, artiste rattachée un peu trop rapidement au courant appropriationniste des années 1980. Jusque-là, son travail intéressait surtout les galeries. Plutôt qu’une exposition rétrospective, ici le choix s’est porté sur deux axes de travail conçus « en opposition ». L’un propose aux visiteurs de prendre un train fantôme de fête foraine (House of Horrors, 2010) et d’y découvrir des scènes gore ou scatologiques (reprise d’une performance de Paul McCarthy, Divine reniflant une crotte de chien, dans un film de John Waters...). L’autre, intitulé Wild to Wild, regroupe quelques œuvres de Gonzales-Torres, de Beuys, de Keith Haring ou de Frank Stella copiées par l’artiste, en plus d’une salle entière consacrée à Duchamp, reproduisant la scénographie de l’exposition internationale surréaliste de 1938. L’œuvre qui se situe au point de jonction des deux parcours de l’exposition – The Dillinger Running Series (2000) – pourrait servir de manifeste. Cette vidéo, projetée depuis une plateforme tournante, montre l’artiste revêtue d’un imperméable et d’un chapeau reproduisant les pas fuyants du brigand Dillinger. Fuir ou courir ? C’est aussi la question que pose cette autre vidéo montrant en gros plan la course d’un chien sur le plus long mur de l’espace d’exposition (Finite Infinite, 2010), 43 mètres sans but et sans fin. Courir ou nous faire courir ? On hésite toujours chez Sturtevant entre l’arnaque intellectuelle et le joli contre-pied. Passée l’analyse en termes de redites, de problématiques relatives à l’aura ou à l’authenticité, c’est surtout un travail qui semble dénoncer toutes les naïvetés associées aux questions postmodernes de littéralité et de négation dans l’art actuel. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que Stella figure en bonne place dans son corpus. Ce que vous voyez n'est pas du tout ce que vous voyez ou ce que vous croyez voir. Le visible n’a aucune espèce d’importance ; le contenu n’en a pas davantage. Cette forme d'esthétique anarchiste interroge aussi la nécessité d’exposer : les deux axes de l’exposition n’oscillent-ils pas entre art phénomène de foire et attraction Duchamp ? L’orchestration de Sturtevant va jusqu’à décider des éléments de sa fortune critique. Elle possède déjà son catalogue raisonné. Un catalogue qui a pour particularité de montrer les œuvres des autres, la reproductibilité technique finissant d’estomper les différences physiques entre les œuvres originales et son travail. Le catalogue de l’exposition est tout aussi déroutant ; il laisse penser un instant que, faute de textes pertinents sur le travail de l’artiste, il a été en partie rempli de photocopies intégrales d’articles de presse de Frieze, Frog, Artforum. L’artiste souhaite ouvrir l’espace à de nouvelles formes de pensée. Ses propos sur la cybernétique (la vitesse, l’information), présentée comme à l’origine de tous les maux artistiques et intellectuels, affaiblissent quelque peu le potentiel réceptif du travail. Car la reproduction n’est plus qu’un procédé qui vise à retrouver ce que l’œuvre d’art devrait contenir de Vérité et un moyen de lutter contre « le pouvoir désastreux du simulacre ».

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