Montreal – Musée d'art contemporain de Montréal

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MACM

[in French]

Tricia Middleton, Dark Souls
Musée d’art contemporain de Montréal, Montréal,
du 10 octobre 2009 au 3 janvier 2010

À l’entrée de l’exposition Dark Souls de Tricia Middleton, le spectateur se tient devant un mur dans lequel l’artiste a percé un trou – s’agirait-il d’une tanière de lapins ? Le dispositif est conçu en fonction du corps du spectateur : celui-ci est invité à y pénétrer et, ce faisant, il se retrouve dans un véritable pays des merveilles qui est à la fois inquiétant et fantasmagorique. Par l’entremise d’une série de renvois à des lieux chargés de significations (le château de Versailles, la cathédrale Notre-Dame de Paris, les catacombes de Paris), cette installation immersive, composée d’un système d’espaces reliés les uns aux autres, interpelle l’imaginaire fantastique du spectateur en évoquant aussi bien des univers oniriques que des tableaux dévoilant le visage grotesque de la société de consommation. En effet, il s’agit d’étaler les « restes » d’un tel processus économique, et la métaphore de la « consommation » est sans doute le point d’orgue de l’exposition. Par exemple, un des espaces contient un amoncellement d’objets éparpillés sur le sol ; leur couleur rose maussade – couleur de la blessure s’il en est – témoigne autant de la fragilité de ces objets que de l’esprit glouton et vampirique qui en est la cause.
Grâce au pouvoir rédempteur de l’art, ces objets, véritables déchets témoignant d’un désir inassouvissable de nouveauté (contenants, meubles, tissus, vêtements, matériaux de construction, etc.), acquièrent une seconde vie dans l’espace muséal. Ils sont dès lors des fétiches dotés d’un nouveau statut : celui que l’on accorde aux œuvres d’art. Mais il ne s’agit pas de construire un mausolée pour des reliques. L’artiste insiste davantage sur le processus de création que sur le produit, ce qui remet en cause la permanence de l’état actuel de ces « œuvres », qui seront fort probablement détruites, et dont les morceaux seront intégrés dans des installations à venir. Ainsi, ces objets déchus possèdent-ils une espérance de vie incertaine en tant qu’objets d’art.
Toutefois, cette installation n’est pas à envisager seulement comme un miroir dans lequel on peut voir le reflet de nos excès. De façon plus inquiétante, l’exposition insiste sur le rôle de l’art dans ce processus de consommation surdimensionné. En effet, les qualités sculpturales et picturales des œuvres sont contrecarrées par la dimension abjecte des matériaux et par l’intention critique de l’artiste. Par suite, une certaine distance ironique s’installe dans l’ensemble de l’exposition. En dernière analyse, Dark Souls semble véhiculer un message troublant, selon lequel les disciplines traditionnelles de l’art ont participé – et participent encore – à l’omniprésence de la société de consommation. Message qu’il incombe au spectateur de « digérer », le « lapin » ayant franchi un trou qui est peut-être avant tout un leurre.

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