Paris – Fondation d'entreprise Ricard

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Ricard

[Text in french]

Fondation d'entreprise Ricard, Paris, du 3 juin au 11 juillet 2009

Une œuvre doit-elle être visible pour exister ? C’est l’une des questions que pose Jean-Yves Jouannais avec l’exposition Félicien Marbœuf (1852-1924). Cet artiste, « le plus grand écrivain n’ayant jamais écrit », apparaît pour la première fois en 1997 dans l’essai Artistes sans œuvres, I would prefer not to aux côtés d’autres comme Jacques Vaché entré étrangement dans les dictionnaires de littérature française sans pourtant avoir écrit d'œuvre. À la différence de Vaché, Félicien Marbœuf est une invention, un symbole qui se veut être un hommage à tous les artistes sans œuvres. On sait peu de choses sur lui, sauf qu’il fut contemporain de Marcel Proust et qu’il passa une bonne partie de sa vie à Glooscap au sud du Nouveau-Brunswick. Dans cette exposition, Jouannais a laissé une vingtaine d’artistes donner existence à cette fiction. Beaucoup d’artistes ont plutôt fait le choix de contribuer à la biographie, participant ainsi de la mythification (enregistrements sonores, invention de correspondances, reconstitution du lieu de vie). Certains d’entre eux, comme Alain Bublex, s’étaient déjà intéressés à la fiction Marbœuf. Mais c’est surtout dans les œuvres – qui interrogent aussi le fait de produire peu, de façon économique ou de ne pas produire du tout – que réside l’intérêt de l’exposition. À l’entrée de celle-ci, Dora Garcia a répertorié et numéroté sur un mur quelques 100 œuvres d'art impossibles. Les propositions telles que « vivre la vie de quelqu’un d’autre », « bâtir un espace infini » ou « créer des barrières invisibles mais infranchissables » ont une valeur programmatique. Isabelle Cornaro a installé un peu plus loin des parallélépipèdes et des cylindres plus ou moins réguliers en bois ou en plâtre et des moulages non finis. Ces socles possibles d’une œuvre en devenir évoquent à la fois la potentialité, mais aussi la fétichisation du socle avant même que l’œuvre n’advienne. Plus loin, Alain Rivière (Que reste-t-il de ce beau poème que tu m’as lu derrière un meuble ?) a couvert un mur de photographies connues de contemporains possibles de Marbœuf. L’artiste leur a invariablement fermé les yeux. (La perception visuelle est-elle inutile à l’art sans œuvres ?) Enfin, le relevé grandeur réelle de la tombe de Marbœuf par Antoine Poncet, qui repose au sol de l’une des salles de l’exposition, laisse lire l’épitaphe « J’ai fait ce que j’ai pu ». Celle-ci résume à elle seule la question sous-jacente à l’exposition qui est celle de la non-production qui peut être subie, mais qui doit être ici voulue. L’exposition brouille les certitudes et la fiction finit par exister. L’artiste sans œuvres donne l’image d’un désœuvrement positif entre renoncement assumé et inutilité de la production. Un idéal finalement parfaitement contemporain de l’artiste « présent partout et visible nulle part ».

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