Montréal – Cinémathèque québécoise

65
Cinémathèque québécoise

[in French]

Cinémathèque québécoise, Montréal, du 17 septembre au 9 novembre 2008

Lorsque le visiteur pénètre dans la salle d’exposition de la Cinémathèque québécoise, plongée dans la pénombre pour l’occasion, il comprend rapidement que Stefan Nitoslawski a cherché à créer un espace immersif. Pourtant, du seuil de la pièce, il n’a encore rien vu. Seule une trame sonore, dont il ignore encore qu’elle est spatialisée, l’interpelle. C’est au moment de son réel engagement dans l’espace, qu’il se trouvera confronté à un premier effet : un grand miroir lui renvoyant sa propre image. Si le choix de ce dispositif n’est certes pas anodin, le visiteur n’est pas encore en mesure de comprendre sa fonction. S’agit-il d’une façon de lui indiquer le rôle de sa subjectivité dans la réception de l’exposition ou une façon de lui offrir un certain modèle d’image pour mieux saisir le travail sur celles présentées dans l’espace d’exposition, où Nitoslawski a disposé 23 photographies représentant une sorte de cristallisation de corps en mouvement. Pour parvenir à créer ces effets fascinants, l’artiste a utilisé une technique lui permettant de capter différentes étapes d’un mouvement en une seule image. Tout en rappelant plastiquement certaines œuvres de Francis Bacon, ces images ne s’imposent pas comme des représentations monstrueuses, ainsi qu’on pourrait être en droit de s’y attendre, mais comme de véritables monstrations de métamorphose. En ce sens, elles nous inclinent à renouveler notre imagerie quant aux transformations possibles des corps, car elles nous donnent à voir au-delà et en deçà de nos perceptions habituelles de la forme. Ce n’est d’ailleurs pas un des moindres mérites de ces œuvres que de nous donner envie de retourner lire les textes anciens, tout particulièrement ceux d’Ovide, tant elles renouent avec un pan essentiel de l’imaginaire occidental.
En se déplaçant entre ces images, aucun tracé ne semble clairement prescrit, le visiteur établira des liens entre les éléments de la bande sonore et les photographies, avant de se retrouver face à une projection en boucle sur le mur du fond de la salle. C’est d’ailleurs là une des grandes richesses de l’exposition que de laisser le visiteur explorer de multiples pistes de lecture. Sorte de captation de chorégraphie mettant en présence deux personnages qui se rencontrent, luttent, fusionnent ; le film transpose le travail de métamorphose dans le champ cinématographique. Sa principale singularité réside dans son jeu avec des images fixes et des images en mouvement, afin de souligner et révéler la présence du mouvement dans et entre les images. Cela ne devrait pas nous amener à négliger pour autant le travail avec le plan de l’écran, utilisé comme une surface unie, mais aussi de façons fragmentées, en trois ou quatre sections, selon les effets recherchés. Un travail extrêmement riche qui permet de réfléchir à ce qui constitue notre propre corps tout en proposant au visiteur une agréable expérience ludique.

Numéro: 

Subscribe to the Newsletter

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Features



Shop



Auction


Information



Contact

esse arts + opinions

Postal address
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Office address
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598