Montréal – Galerie Simon Blais

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Galerie Simon Blais

[in French]

Galerie Simon Blais, Montréal, 2008

Le travail d’Éliane Excoffier semble s’articuler autour d’une sorte de nostalgie des origines. Elle aime utiliser des procédés photographiques anciens ou de l’équipement souvent considéré aujourd’hui comme désuet, comme si ces choix lui permettaient de renouer avec une certaine essence de la photographie. Pour l’exposition présentée à la Galerie Simon Blais, Excoffier a travaillé avec le mythique Kiev 60, d’où le titre de l’exposition. En continuité avec ses recherches antérieures, elle a tiré profit d’une des particularités de cet appareil, soit son mode d’entraînement de la pellicule, pour insérer du papier photographique plutôt que des négatifs. Cette légère manipulation du dispositif lui demandera d’augmenter considérablement le temps d’exposition pour les prises de vue, multipliant ainsi les risques d’accident, d’autant plus qu’un défaut de conception de ces appareils tend à produire des réflexions internes qui peuvent provoquer des éblouissements lumineux parasitant l’image. On comprend alors aisément que l’artiste n’a pas choisi la voie de la facilité.
La disposition des œuvres dans l’espace d’exposition ne respecte pas leur nomenclature (Kiev I, Kiev II, Kiev III, etc.), indiquant qu’il ne s’agit pas, de prime abord, d’une séquence narrative, même si leur disposition dans la salle génère un récit. Reprenant ses éléments de prédilection, soit des nus féminins placés dans des situations ambiguës teintées d’érotisme, elle propose un récit extrêmement sibyllin, rendu pratiquement inaccessible par l’utilisation d’une esthétique du fragment, soulignant l’importance accordée à la recherche plastique. À cet égard, une œuvre comme Kiev V, une image surprenante où des motifs de tissus semblent, par endroit, être tatoués sur le corps du modèle, finit par nous méduser complètement et nous faire oublier notre désir de donner un sens à l’ensemble.
D’ailleurs, dès l’entrée dans la salle d’exposition, la présence d’une photographie présentant l’appareil Kiev et une sorte de fantôme de main, créé par le geste de l’artiste pour déclencher la prise de vue à travers un miroir, aurait dû nous induire vers un autre mode de lecture. Ce passage par le miroir n’est d’ailleurs pas innocent. Certes, Excoffier nous signale, par ce stratagème, que toutes les images ne sont que des reflets, qu’il ne faut pas se fier aux apparences, mais surtout qu’il faut accorder un très grand intérêt à la mise en scène de ces constructions culturelles. Ainsi, sur certaines photographies, on aperçoit le matériel technique (Kiev XIX) ou les accessoires qui serviront aux prises de vue (Kiev VI), alors que sur d’autres, la monstration du dispositif de mise en scène s’accompagne d’une intégration de la photographe dans l’image, sous la forme d’une main qui dirige la pose du modèle (Kiev XVIII). De même, ce n’est pas un geste innocent si Excoffier a décidé d’incorporer, au cœur de la pseudo séquence narrative, un autoportrait dans lequel elle se cache les yeux et la bouche (Kiev VIII), comme si elle s’interdisait de voir et de parler, alors que l’ensemble nous dit tout autre chose.

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