CIRCA art actuel, Montréal, Voeux, Marie-Claude Bouthillier

87
2016
CIRCA art actuel
  • Marie-Claude Bouthillier, Vœux, vue d’exposition, CIRCA art actuel, Montréal, 2016. Photo : Caroline Cloutier, permission de l’artiste et du CIRCA art actuel
  • Marie-Claude Bouthillier, Vœux, vue d’exposition, CIRCA art actuel, Montréal, 2016. Photo : Caroline Cloutier, permission de l’artiste et du CIRCA art actuel
  • Marie-Claude Bouthillier, Vierge ouvrante – La cellule, 2013-2015. Photo : Caroline Cloutier, permission de l’artiste et du CIRCA art actuel
  • Marie-Claude Bouthillier, Crèche, 2013-2015. Photo : Caroline Cloutier, permission de l’artiste et du CIRCA art actuel
  • Marie-Claude Bouthillier, Crèche, détail, 2013-2015. Photo : Caroline Cloutier, permission de l’artiste et du CIRCA art actuel
  • Marie-Claude Bouthillier, Crèche, détail, 2013-2015. Photo : Caroline Cloutier, permission de l’artiste et du CIRCA art actuel
  • Marie-Claude Bouthillier, Crèche, détail, 2013-2015. Photo : Caroline Cloutier, permission de l’artiste et du CIRCA art actuel

[In French]

Vœux, Marie-Claude Bouthillier
CIRCA art actuel, Montréal, du 16 janvier au 27 février 2016

De nombreuses Maisonnettes – sous-titrées Ruelle de la Providence – nous accueillent à l’entrée de la galerie toutes portes et fenêtres closes, comme ces lieux fermés au regard du monde. Plus avant sont présentées des œuvres où font corps la peinture, la matière et la mémoire dont le passage de l’une à l’autre nous apparait tel le cœur d’une histoire à dénouer dans l’exposition Vœux de Marie-Claude Bouthillier.

Depuis longtemps motif privilégié dans le travail de l’artiste peintre devenue sculpteure, la grille advient à nouveau ici comme structure opératoire de l’œuvre. Loin de la grille moderniste toutefois, bien qu’elle en évoque la prégnance picturale, elle agit comme référence explicite à une culture religieuse à la fois formelle et intimiste. Formelle parce qu’elle répond à des signes et à des figures repérables dans les souvenirs de notre histoire. Intimiste parce que, de l’aveu même de l’artiste, elle a contribué à créer sa signature, pour ainsi dire organiquement, alors que l’on y reconnait son intérêt pour le jeu et le bricolage, lesquels sont indissociables de sa recherche esthétique.

Au mur, en deux dimensions, de larges lignes de toile brune se croisent pour former ce qui pourrait évoquer la grille d’un cloître ou d’un confessionnal dont la structure veut à la fois faire voir et cacher. À leurs côtés, en angle, à la verticale et cette fois-ci en trois dimensions, se présente un grillage en bois clair, tel un Sol LeWitt ou, pour demeurer dans le registre du sacré, comme une ouverture quadrillée séparant le monde des « ordres » et du contemplatif de celui du profane et du tangible.

Au fond de la galerie, un objet imposant, Vierge ouvrante – La cellule, fait de toiles noires et brunes, rappelant les cou¬leurs sombres d’habits religieux, nous fait découvrir, dès lors qu’on le contourne, une mise en scène soigneusement orchestrée. Comme dans un petit théâtre, se trouvent suspendus ce que nous reconnaissons comme de multiples scapulaires, c’est-à-dire ces morceaux de tissu accueillant une image pieuse (ou un artéfact sacré), que des personnes de l’Église ou croyantes portent suspendus à leur cou sous leur vêtement. Dans ce cas-ci, c’est la figure déclinée en plusieurs exemplaires d’une femme avec voile, parfois sans visage, qui apparait, soit une figure qui témoigne d’une vie austère, voire pénitentielle, à partir de ce qu’elle surplombe, c’est-à-dire de ce qui fait office de lit et d’oreiller – tous deux noirs et d’apparence rigidifiée. Vue de profil, l’image de la Vierge ouvrante se précise. Formé par le montage des tissus, un tracé propose la figure théâtrale d’une religieuse signifiée par le vêtement qui lui donne corps.

Aux murs, ici et là, des toiles de Bouthillier reprennent les têtes de femmes voilées et les quadrillés en diverses matières. Dans Tablier, des toiles brunes superposées les unes sur les autres évoquent à nouveau le scapulaire, nom également donné au vêtement porté sur la robe d’une ecclésiastique.

Dans le contexte de Vœux, des titres tels Crèche, Vasistas, Vierge ouvrante et l’emploi du pluriel dans le titre même de l’exposition – qui évoque l’expression « Faire ses vœux » – soulignent la présence incontournable du sacré, lequel est en étrange conversation, par ailleurs, avec celle du prosaïque où les œuvres et leurs composantes donnent parfois l’impression d’un jeu de rôles laissant une place à l’espièglerie.

Dans la petite salle de la galerie, de nombreuses références au monde sacré, voire sacrosaint, surgissent ici et là, toutes imprégnées de la signature repérable de l’artiste. Adjacente à une maquette architecturale d’un château à six tours et dont le centre est occupé par une fontaine rappelant le baptistère, une installation (Crèche) représente un ensemble ordonné de choses trouvées ou rafistolées par l’artiste. À cet endroit se trouvent de multiples acteurs-objets disposés dans une mise en scène aux références explicites à l’ensemble de son travail et à l’investissement « corps et âme » de la fabrique de ses matières, de ses formes et de ses images. Placés en majorité sur des socles, les objets et figures apparaissent tels des « morceaux choisis » d’une histoire picturale devenue tridimensionnelle et dont le contenu s’avère empreint tout autant de solennité que d’ironie. Ainsi, dans un semblant de coiffe d’un prélat, des tracés noirs « à la Bouthillier » désacralisent l’accessoire réservé aux haut placés de l’Église. Ailleurs, des têtes de bois étrangement coiffées au regard éberlué ou pétrifié, formé par des cercles de couleur, cohabitent avec des figures également créées de toutes pièces et dont les accessoires vestimentaires ou les chevelures convoquent des univers dont la compatibilité nous semblait jusqu’alors improbable.

Avec ces pièces de bois en élévation rappelant les colonnes sans fin de Brancusi – surplombées parfois de figurines farfelues ou pieuses –, en passant par ces déclinaisons de grilles déstructurantes telles que de nombreuses artistes femmes les ont travaillées suite à la rigueur moderniste – entendre paternaliste –, jusqu’à ces pastiches de figures cultuelles, ce rassemblement pour le moins loufoque ne va pas sans générer une distance critique entre l’art, le sacré et la déférence qui leur reviendrait par nature. Or, cette distance inscrit chez Bouthillier une posture ludique qui se répercute sur l’ensemble de ce qu’elle nous propose. Crèche, à cet égard, s’avère en effet plus près du décor de la saynète que de celui réservé au Petit Jésus.

Au caractère ludique de Vœux s’ajoute également une dimension artisanale qui participe à l’effet amusant que produit Crèche dans son ensemble et dans le détail. Ainsi, aux objets se joignent des tricots et des aiguilles, des formes et des figures spiralées, des matériaux à usage courant tels du fil, de la laine, du tissu ou de la corde, nous ramenant ainsi une nouvelle fois au « fait main », lequel fréquente ici les hauts lieux du sacré. Or, c’est précisément cet aller-retour entre le vénérable et l’amusement qui confère à Vœux ce regard à la fois sérieux et rieur face à des figures, des symboles ou des motifs que l’on pourrait croire, de prime abord, intouchables.

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