Chloë Lum & Yannick Desranleau, Galerie FOFA, Montréal

Galerie FOFA
  • Vue d’installation, Galerie FOFA, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Vue d’installation, Galerie FOFA, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Vue d’installation, Galerie FOFA, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Vue d’installation, Galerie FOFA, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Capture vidéo, What Do Stones Smell Like in the Forest?, 2018. Photo : permission des artistes
  • Capture vidéo, What Do Stones Smell Like in the Forest?, 2018. Photo : permission des artistes
  • Vue d’installation, Galerie FOFA, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux

[In French]

Chloë Lum & Yannick Desranleau, What Do Stones Smell Like in the Forest ?
Galerie FOFA, Montréal, du 23 avril au 25 mai 2018

Performance jeudi 24 mai 18h (entrée libre) : The Lead Apron

Inside of each made thing
A trap

-Ariana Reines, Mercury

Le corps est le siège de la maladie : il lui donne une matière où s’incarner, où l’asseoir et loger ses mécanismes, un matériau à figurer, transfigurer. Si la maladie transforme, ce n’est pas nécessairement dans l’ordre des choses visibles. Il s’agit parfois d’une présence perméable, qui traverse le corps, revient sur ses pas, sans jamais qu’on ne puisse la cerner, ni l’envisager avec certitude et clarté. Délocalisé, le mal corporel est aussi un mal psychique. Informe, il échappe à tout contrôle.

Le golem est un être mythique, anthropomorphique et magique, entièrement créé à partir de matière inanimée, généralement de l’argile ou de la boue. Le mot « golem » signifie amorphe, c’est-à-dire sans forme apparente. Matériau informe, il se modèle selon ce qui, ou quoi, l’habite. On l’identifie souvent comme une entité sans volonté propre, sous le contrôle de forces extérieures. Un corps malade est un golem instable, s’effritant.

Le diptyque vidéo, What Do Stones Smell Like in the Forest ? de Chloë Lum & Yannick Desranleau met en scène un golem post-moderne mezzo-soprano avec, en écho, un trio performant une chorégraphie-chorale. Quelque part entre le music hall et l’opéra, l’œuvre nous parle du corps comme s’il s’agissait d’une altérité, une situation matérielle qu’il faut gérer, entretenir. D’une part l’individu seul, lent et amorphe, confus et souffrant ; d’autre part l’environnement social, leste et allègre, portant le masque de l’empathie.

Le golem est ici une métaphore du corps pré-technologique. À l’opposé du cyborg – un corps augmenté – le golem est entravé, dépossédé. La chorale chante It is the original cyborg, celui d’avant les raffinements de l’existence, progressant, informe, en dehors de tout principe d’évolution. Le golem est le cyborg nu, dont la peau de terre exhale la forêt : Wet, earthy, / a bit salty, and a touch of green. / Somewhat like petrichor – / with a whiff of musty stillness, tinged with iron.

Puis dans les forêts, des roches, dont la vague odeur d’eau et de terre est tout aussi indéfinissable que la douleur innommable du corps. Des roches dans les mains, dans les poches, le golem danse imperceptiblement, quasi immobile. Il les oublie parfois, tout comme son mal. Cette inqualifiable douleur diffuse est l’informe même : une matière fuyante et changeante, sans angles – oblongue, sphérique, tubulaire – mais lumineuse aussi. Par le prisme du « spectacle », Lum et Desranleau la révèle, la rend visible le temps d’une complainte, d’un chant-poème.

Le corps est un piège progressif : de l’intérieur, il se désorganise graduellement. Il attend le moment où l’altération de ses facultés sera définitive pour inverser l’ensemble de ses mécanismes. Nos corps ne sont-ils pas tous malades – tous golems – à divers degrés ? Ne sont-ils pas engagés dans des processus de dégénérescence – amorçant dès la naissance leur course vers l’envers de la vie ? Vers l’ultime point de fuite, celui de la disparition – de la dernière union avec la terre.

Nathalie Bachand écrit régulièrement sur les arts visuels et médiatiques.
Commissaire indépendante, elle occupe également le poste de direction des savoirs culturels pour le Centre en art actuel Sporobole.

Publié le 23 mai 2018.

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