Celia Perrin Sidarous, Parisian Laundry, Montréal

94
2018
Parisian Laundry
  • Niké ailée, koré, Sphinx des Naxiens. Les musées grecs – Delphes, Ekdotike Athenon S.A., 1975, 2018. Photo : permission de l'artiste et Parisian Laundry, Montréal
  • Earth cherry, olive, moonstone, 2018. Photo : permission de l'artiste et Parisian Laundry, Montréal
  • Vue d'installation, Parisian Laundry, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet, permission de l'artiste et Parisian Laundry, Montréal
  • Vue d'installation, Parisian Laundry, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet, permission de l'artiste et Parisian Laundry, Montréal
  • Vue d'installation, Parisian Laundry, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet, permission de l'artiste et Parisian Laundry, Montréal
  • Vue d'installation, Parisian Laundry, Montréal, 2018. Photo : Maxime Brouillet, permission de l'artiste et Parisian Laundry, Montréal

[In French]

Celia Perrin Sidarous, Toujours la coquille de l’autre always the shell of another
Parisian Laundry, Montréal, du 13 avril au 19 mai 2018

« Des coquillages comme des madeleines. » Cette phrase, écrite par Iliana Antonova, accompagne la deuxième exposition individuelle de Celia Perrin Sidarous présentée par sa galerie, comprenant une série de photographies, des objets en céramique et un film 16 mm. Rendues célèbres par Proust dans son roman À la recherche du temps perdu, les madeleines sont synonymes du phénomène de réminiscence, lorsque la mémoire ramène à l’esprit un souvenir lointain, souvent associé aux affects, dont on ne sait plus s’il nous appartient vraiment ou s’il réfère à une expérience collective, qui nous aurait été racontée et qu’on aurait étrangement faite sienne. Toute la démarche de Perrin Sidarous, dont les collages photographiques s’apparentent à de petits poèmes visuels, tient dans ce concept.

Véritables palimpsestes, les œuvres condensent en elles-mêmes plusieurs temporalités suscitées par leurs médiums aux connotations précises – le noir et blanc ou la couleur, la pellicule, la céramique – et les matières représentées. Minéraux, végétaux, poteries ou vestiges architecturaux érigés par l’être humain cohabitent et témoignent alternativement du temps long, du temps court et du temps cyclique. Alors que l’artiste a déjà usé de l’idée du point de vue pour évoquer le travail mémoriel, des ouvertures et des effets de cadrage dirigeant le regard, et les pensées qui l’accompagnent, du présent vers le passé ou le futur, ici, c’est plutôt le processus d’érosion, provoqué par la force des éléments – l’eau, le vent, le soleil –, qui engage cette réflexion. Exploré à travers une métaphore filée, il touche aussi bien au contenu qu’au traitement du film : les ruines grecques et leurs versions miniatures sont rongées au même titre que la pellicule, trouée ou surexposée par le soleil. La répétition ou le retour d’une même séquence, hoquet de l’esprit qui revisite un évènement passé pour l’observer à la lumière d’un contexte présent, est une autre stratégie formelle exploitée par Perrin Sidarous, qui en fait un procédé d’articulation du film et de l’exposition. Les mêmes céramiques existent ainsi dans leur matérialité, sur le socle trônant au centre de la galerie, dans leurs versions photographiques, présentées au mur, et dans leur fonction utilitaire, manipulées dans le film au sous-sol, ce qui provoque des sensations de déjà-vu.

Si ces moyens sont ceux auxquels l’artiste nous a habitués, c’est la rhétorique des modes de présentation choisis, les dispositifs scénographiques du musée ethnographique rencontrant les codes typiques des publicités des Trente Glorieuses, qui surprennent ici, suggérant une autre piste à suivre. Des mains féminines, élégantes et manucurées, manipulent de façon didactique des récipients et un livre, en prenant parfois la pose ; des objets décoratifs de facture artisanale, fonctionnels en apparence, sont étalés le long d’un comptoir, telles des marchandises. Ce focus sur les mains, le maniement et le faire, ramène à l’avant-plan l’importance des traces qui survivent au passage du temps, et grâce auxquelles on interprète les époques qui nous ont précédés. Quels seront les vestiges de notre présent ?

Numéro: 

Subscribe to the Newsletter

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Features



Shop



Auction


Information



Contact

esse arts + opinions

Postal address
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Office address
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598