Carlos & Jason Sanchez, Parisian Laundry, Montréal

Parisian Laundry
  • Carlos & Jason Sanchez, vue d'exposition, Parisian Laundry, Montréal. Photo : Guy L'Heureux
  • Carlos & Jason Sanchez, vue d'exposition, Parisian Laundry, Montréal. Photo : Guy L'Heureux
  • Carlos & Jason Sanchez, vue d'exposition, Parisian Laundry, Montréal. Photo : Guy L'Heureux
  • Carlos & Jason Sanchez, By the Skin of His Teeth, 2010. Photo : permission des artistes et Parisian Laundry, Montréal
  • Carlos & Jason Sanchez, Home Invasion, 2015. Photo : permission des artistes et Parisian Laundry, Montréal
  • Carlos & Jason Sanchez, In Protest, 2015. Photo : permission des artistes et Parisian Laundry, Montréal
  • Carlos & Jason Sanchez, Maintenance, 2014. Photo : permission des artistes et Parisian Laundry, Montréal

[In French]

Carlos & Jason Sanchez
Parisian Laundry, Montréal, du 26 mars au 25 avril

Suivant un travail à cheval entre photojournalisme et documenteur, les frères Sanchez récidivent à la Parisian Laundry avec un corpus d’œuvres qui réaffirme une photographie forte au seuil de la pratique cinématographique. Telle une mosaïque archivistique d’évènements fictifs, les œuvres tablent sur un mode de temporalité qui permet un déploiement narratif interprétatif chez le spectateur. Chaque tableau, comme une pièce d’anthropologie contemporaine, met en scène un paysage psychologique chargé d’affects qu’il revient au spectateur de décoder. Pas de cartel annexé aux œuvres. Les titres, dont la teneur indicielle balise indubitablement l’exégèse des œuvres, se trouvent à l’écart, regroupés dans un cartable à l’entrée, laissant libre cours à la subjectivité et à l’imaginaire de chacun.

Prises comme à l’improviste, les photographies génèrent des récits troublants à partir de la capture d’une image saisie au moment fécond d’une histoire à construire, épinglé de justesse par l’objectif. Une interprétation renouvelée de « l’instant décisif », cette fois-ci habilement orchestré par les artistes. Dans By The Skin of His Teeth (2010), le regard apeuré d’un fugitif en pleine course, lancé furtivement à l’œil de la caméra, témoigne du clic inopiné du photographe. Même chose dans Home Invasion (2015), alors qu’on se retrouve observateur privilégié, bien que impuissant devant l’imminence d’un drame. Mais l’apparente spontanéité des clichés contredit la théâtralité des images devant lesquelles le doute persiste.

Par des jeux caravagesques de clairs-obscurs, les frères Sanchez mettent en scène des compositions réfléchies et longuement élaborées, des simulacres plus vrais que nature. Pièce forte de l’exposition, In Protest (2015) donne à voir une immolation spectaculaire devant ce qui parait être un immeuble gouvernemental. Stupéfiante de réalisme, l’image ultra léchée – combinée au cadrage parfait, à la mise au point exacte et à l’opportunisme de la photo – laisse toutefois perplexe sur l’authenticité de l’évènement. Voilà une stratégie esthétique qui est garante d’une tension certaine entre ce qui est perçu et ce qui est imaginé. Devant le travail des frères Sanchez, il nous faut faire histoire et broder autour de ces microcosmes visuels des scénarios qui donneront sens aux représentations.

Car si la crédibilité des images est non équivoque, elle est criante de vraisemblance. Maintenance (2014) représente deux femmes se recueillant sur les lieux d’un accident de la route, honorant une personne défunte de l’entretien de sa croix. C’est une scène que l’on arrive parfaitement à recréer, situation malheureusement trop connue pour nombre de familles endeuillées qui n’y verraient qu’un simple rituel sans autre portée médiatique, sauf qu’ici, comme dans The Lesson (2015), c’est pourtant l’usuel et l’anodin du moment qui sont gage de véracité. Chaque détail, jusqu’aux empreintes de chaussures sur le parquet, concourt à cristalliser une quotidienneté fictive, à donner sens à une histoire qui s’ancre dans l’imagination de celui qui regarde.

Contemplatives et hypnotiques, les impressions grand format participent indiscutablement de l’expérience immersive, chaque aspect de l’image étant judicieusement scénographié en un calque magnifié d’une réalité qui n’a de vrai que notre propension à la mettre en scène.

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