Carl Trahan, Parce qu’il y a la nuit, MNBAQ, Québec

Musée national des beaux-arts du Québec
  • Carl Trahan, Avevamo vegliato, 2014. Photo: © Carl Trahan
  • Carl Trahan, Lampes : Marinetti / Mussolini, 2014. Photo: © Carl Trahan
  • Carl Trahan, Notte elettrica, 2014. Photo: Idra Labrie, MNBAQ, © Carl Trahan
  • Carl Trahan, Tormento (Mazza), 2016. Photo: © Carl Trahan
  • Carl Trahan, Tormento (Mazza), 2016. Photo: © Carl Trahan

[In French]

Carl Trahan, Parce qu’il y a la nuit
MNBAQ, du 6 avril 2017 au 24 septembre 2017

Depuis quelques mois déjà l’exposition Parce qu’il y a la nuit consacrée à l’artiste Carl Trahan occupe le Musée National des beaux-arts du Québec. Rassemblant plus d’une vingtaine d’œuvres, cette exposition du récipiendaire du prix art actuel 2016 MNBAQ/RBC marque la première présentation monographique de l’artiste dans une institution muséale. Le commissaire et conservateur en art actuel Bernard Lamarche nous convie à une traversée dans le temps et l’espace, une traversée de l’Europe des modernes fondée sur l’idéologie du progrès, exaltée tant technologiquement que politiquement et berceau de projets totalitaires. On déambule ainsi à travers des œuvres à l’esthétique minimaliste qui convoquent les fascismes européens, le mouvement futuriste italien et la fascination de ce début de 20e siècle pour la lumière électrique. Dessins, écriture et enseignes au néon se succèdent dans cette exposition nous proposant des voix et images d’une modernité qui n’est pas si loin de notre propre contemporanéité.

L’espace d’exposition alternant murs blancs, gris et bleu nuit se scinde en cinq espaces communiquant laissant au visiteur une liberté de parcours et de lecture des œuvres de Trahan que le commissaire a subtilement fait dialoguer. Après avoir été accueillis par le néon Ewig, nous sommes interpellés par la phrase : « Nous avions veillé toute la nuit mes amis et moi » et sa version en italien. Le diptyque Avevamo vegliato fait résonner les mots de Marinetti inaugurant le premier manifeste futuriste de 1909 et nous plonge dans cette nuit de veille symbolique préfigurant le grand projet futuriste de repartir à zéro. Avec l’immense tableau noir affichant la traduction du français à l’italien du mot « bouleversement » accompagné notamment de la série de dessins (7) Les mots les plus terribles du nationalisme-socialisme, Trahan nous propose une infinité sémantique, éclairant notre lecture de l’histoire. La section consacrée aux futuristes fait cohabiter deux œuvres, Notte elettrica et Les lampes : Marinetti/Mussolini. Néons clignotants résumant la pensée futuriste d’un homme machine et chaleureuse lumière provenant de deux lampes à l’effigie de Marinetti et Mussolini conversent et révèlent les rapports ambigus des futuristes avec les fascistes italiens. Enfin un dernier petit espace s’ouvre à nous et nous entoure des mots d’Anna Maria Mazza, poète futuriste et seule voix féminine de cette exposition. Les mots dessinés au néon nous enveloppent doucement et apaisent cette traversée d’idéologies totalitaires, cette inquiétude et effervescence moderniste pour nous esquisser la possibilité d’une lumière, d’une respiration, d’une autre langue et vision d’une époque tourmentée.

À travers les différents éléments de l’exposition, Trahan construit un point de passage entre présent et passé, créateur d’un agir dont nous sommes les potentiels inventeurs. L’espace et le temps se superposent, les mots se déclinent à l’infini et forment des traductions tant d’une langue que d’un autre temps. Cet intérêt pour la langue est au centre des choix curatoriaux de Bernard Lamarche qui approfondit la notion de traduction au sein du catalogue qui accompagne l’exposition. En parcourant Parce qu’il y a la nuit on peut alors voir se dessiner la relation de l’artiste avec le commissaire qui tous deux nous invitent à être attentifs à une lecture critique de notre présent. Ils nous offrent la possibilité de dialoguer non seulement avec les tourments des modernistes mais également avec nos propres bouleversements, de repenser un monde non pas sur un mode manichéen mais ouvert sur une multitude de sens. En ces temps nébuleux, où les pensées fascistes se réactualisent dans l’espace public, il est plus que nécessaire d’éveiller et stimuler notre pensée critique. Parce qu’il y a la nuit nous permet de le faire et Carl Trahan continuera de remonter le temps pour comprendre le présent dans lequel il s’inscrit de façon si pertinente.

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