Les vrais mensonges ou de l’importance d’être colin

[Extract in French]

Immédiatement après avoir appris la mort de Colin Campbell, je suis allé faire une course. Ce jour-là, le 31 octobre 2001, était la veille de mon départ pour l’Argentine, où j’allais passer dix jours. Comme l’anniversaire de mon compagnon tombait pendant cette période, je tenais à lui acheter un présent avant son retour du travail. En chemin vers la librairie, je sanglotais discrètement en me disant : "Voilà un moment que n’aurait pas renié Colin Campbell." Je pouvais l’entendre dire lentement, de sa voix grave et posée : "Après avoir appris la mort de Colin Campbell, je suis allé faire une course." Je me suis alors mis à rire, puis à pleurer, car ce que Colin Campbell nous a transmis, c’est la faculté de détecter ce type de situation ironique, où les événements graves de la vie sont accablés par le spectre du ridicule. L’ironie surgit soudain, malgré nous; comédie et tragédie font bon ménage. Voilà un paradoxe dont la vie s’accommode facilement, mais que les artistes et les écrivains préfèrent éviter. En effet, il n’est pas rare que ces moments de créativité sublime où nous nous prenons terriblement au sérieux soient court-circuités par le ridicule. C’est ce que Colin nous a montré. Et maintenant il n’est plus là.

"Je n’essaie jamais de faire la distinction entre le fait de jouer et de ne pas jouer un rôle. Pour moi, il s’agit de la même chose."
Colin Campbell, Video By Artists, Art Metropole, 1976

Colin Campbell, qui faisait partie de la première génération d’artistes canadiens à utiliser la vidéo, est reconnu comme un important pionnier de ce moyen d’expression. À partir de 1972, il a créé plus de 50 œuvres, dont un grand nombre sont considérées comme des classiques. Ses premières œuvres s’inspiraient des pratiques en art conceptuel et en art corporel qui avaient cours au début des années 1970. Ses vidéos en noir et blanc sur bande_pouce, où il évoluait lui-même devant la caméra, faisaient écho aux œuvres d’artistes américains tels que Vito Acconci et Dennis Oppenheim. Au cours de cette décennie, Campbell a peu à peu commencé à s’intéresser à la narration. Ses œuvres, où il se présentait travesti devant la caméra, étaient anecdotiques, ironiques, urbaines et pleines d’esprit. Au cours des années 1980 et 1990, le travail de Campbell a pris une tangente plus dramatique, empruntant les codes formels et narratifs du cinéma indépendant et de la télévision, mais de façon non limitative, en évitant résolument toute conclusion narrative et tout statisme. C’est l’un des aspects qui caractérisent l’ensemble de son travail : on le trouve autant dans ses premières œuvres que dans celles qu’il a produites juste avant sa mort.

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