Dossier : Montages

[Extract in French]

Il existe un regard auquel il n’est pas possible de résister. Il subsiste, comme le montre Pascal Quignard [1], dans la fascination qu’exerce sur nous ce que l’on voit au moment où cet être, cette chose nous immobilise, nous sidère, nous dévore. Fascinus disaient les romains pour nommer le phallus. Dès lors, cette idée de fascination semble rejoindre et même déterminer la figure cinématographique du monstre, où le regard est à la fois sexe, incorporation, cannibalisme, terreur et tendresse. Dans cette perspective, les deux King Kong réalisés d’abord en 1933 par Ernst B. Schoedsack, puis en 1976 par John Guillermin ont contribué à nous faire apercevoir dans la bête surdimensionnée un regard humain, même si ce dernier demeure indéniablement "épouvantable" : he loves his woman you could see it in his eyes, his great big eyes [2].

Gagnant à être connus ici, les travaux de l’artiste autrichien Peter Friedl jouissent en Europe d’une renommée importante dont témoigne sa présence à la Biennale de Venise en 1999 ou, encore tout récemment, la rétrospective que lui a consacrée, en décembre 2001, le Casino du Luxembourg. Sa pratique engendre des montages polysémiques, lesquels sont soumis au spectateur comme agencements à décortiquer. L’installation King Kong, que la galerie Chisenhale de Londres présentait en octobre 2001, relaie cette approche en mettant à l’épreuve diverses idées communément acceptées à travers leur représentation ou leur reproduction, dont celle de genre cinématographique. Paraphrasant en quelque sorte ses prédécesseurs hollywoodiens, cette œuvre, que l’artiste appelle "film" peut-être par boutade — mais qui, selon les règles de l’art, jouit d’une productrice (Andrée Cooke) —, sait jouer de l’apparence et mêle à souhait les cartes dudit genre.

[…]

NOTES :

1. Pascal Quignard, Vie secrète, Gallimard (Folio), 1998, chapitre 13. Pascal Quignard ponctue toute sa démarche romanesque de développements savants sur l’étymologie. Ceux-ci interrogent en quelque sorte l’adéquation du sens et de leurs conventions langagières (les mots), en mettant bout à bout langues mortes et vivantes, en désignant les sens qui résistent au passage de l’une à l’autre. L’approche de Friedl est dans cette perspective, parente lorsqu’elle confronte des représentations culturelles à l’idée censée les totaliser.
2. Daniel Johnston, King Kong, 1983.

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