Dossier : L’art « micropolitique » est-il politique?

[Extract in French]

Poser aujourd’hui la question de la fonction politique de l’art revient immanquablement à s’aventurer sur un champ de mines tant le concept de «politique», appliqué au monde de l’art, renvoie à des questions quasi insolubles. L’art politique ressort-il de la politique ou du politique? Est-ce que certaines formes artistiques sont plus politiques que d’autres? La fonction politique de l’art est-elle forcément critique? L’art subversif est-il compatible avec un art subventionné? Bref, pour y voir un peu plus clair dans cet imbroglio, et pour ne pas en rester au niveau des prophéties autoréalisantes (est «politique» ce que je déclare «politique»), il semble judicieux d’aborder le sujet sous l’angle de la citoyenneté, ce qui nous oblige à remonter à la Grèce antique et à l’apparition du premier espace civique, un espace où des citoyens, libres et égaux, décident ensemble des affaires communes de la cité.

L’exemple grec

Il n’est pas exagéré de dire que dans la Grèce du V e siècle, la poésie tragique et le politique sont totalement imbriqués. Hannah Arendt a consacré des pages essentielles à cette question : «les arts d’exécution ( performing arts ) présentent une grande affinité avec le politique; les artistes qui se produisent – les danseurs, les acteurs de théâtre, les musiciens et leurs semblables ont besoin d’une audience pour montrer leur virtuosité, exactement comme les hommes qui agissent ont besoin de la présence d’autres hommes devant lesquels ils puissent apparaître; les deux ont besoin d’un espace publiquement organisé pour leur œuvre , et les deux dépendent d’autrui pour sa réalisation [1] ». L’action politique et les arts d’exécution sont des activités collectives qui obligent une mise en commun des talents, mais surtout, ils n’existent que par la présence, au moment même de leur exécution, d’un public. Or, la particularité de la situation grecque vient du fait que le public de l’espace politique ne se distingue en rien du public de l’espace artistique. Le spectateur assistait aux représentations tragiques en citoyen et le citoyen participait aux débats politiques – où la rhétorique jouait un rôle primordial – en esthète. Le leadership politique de Périclès, pendant près de 40 ans, dans la cité attique, vient du fait qu’il comprit mieux que quiconque cette réalité. Non seulement, nous dit Plutarque, il usait de son éloquence sur la scène politique comme d’un «instrument» – ce qui lui assura le surnom d’«Olympien» –, mais il avait également saisi l’importance politique de la poésie tragique «en accordant des indemnités à ceux qui assistaient aux représentations théâtrales [2] ».

[…]

NOTES :

1. Hannah Arendt, «Qu'est-ce que la liberté?», in La Crise de la culture, Trad. A. Faure et P. Lévy, Gallimard (folio /essais), Paris 1972, p200 (tradusction légèrement modifiée).
2.Plutarque, «Périclès», in Vies parallèles, trad A.-M. Ozanam, Gallimard (Quarto), Paris, 2001, p.329 et p.331

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