Dossier : L’œuvre au noir

[Extract in French]

Engrenage noir. Octobre 2002. Au parc de l’Esplanade à Québec, un chantier installé dans des tentes et dans une roulotte répond aux parlementaires de l’autre côté du mur qui discutent sur des solutions à la pauvreté. À cet Agora pour un Québec sans pauvreté se tiennent des conférences, des rencontres plus ou moins formelles sur la pauvreté, sur son ampleur, ses misères et les moyens d’en sortir. Sur le même terrain, les membres d’Engrenage noir [1] émettent des cartes de compétence et distribuent des Boîtes à (sur)prise de conscience. Les cartes de compétence sont de vraies cartes plastifiées, authentifiées, qui confirment une compétence singulière que le détenteur s’attribue lui-même. Pied de nez aux multiples paliers de compétences qui font parfois obstacle à l’entrée sur le marché du travail.

Claudine Cotton. Dans une maison de Roxton Pond transformée pour un mois en gîte du passant, Claudine Cotton invite les habitants du village à venir passer quelques jours à ses frais. Ils viendront seulement pour manger. Cette situation inusitée fera boule de neige et des groupes spontanés viendront «endimanchés» à ces soupers. Plus tard, un des participants, fermier local, offrira à Claudine la grange vidée de tous ses équipements et de sa machinerie comme espace ouvert pour y développer la deuxième phase de son travail. Ce sera un paysage brodé et suspendu en contrepoint au paysage naturel qui se déploie derrière.

Le collectif des Causes perdues. La sculpture textuelle est démantelée et chaque morceau est remis à des participants volontaires. Ils feront circuler ces morceaux, les enrichiront d’une production originale, prendront prétexte de cet objet pour s’inscrire dans un réseau élargi, créant ainsi une communauté qui s’ignore mais dont la mise en commun soutient un projet plus vaste, une configuration rhizomatique à échelle planétaire [2].

Dans ces projets, on le voit, ce n’est pas l’œuvre, le travail à montrer, qui importe, mais la manœuvre, le processus mis en branle même. Ce serait comme l’œuvre au noir, qui pousse encore plus loin ce phénomène de dématérialisation des quarante dernières années. Mais au-delà de la performance qui a instauré sa propre grammaire, la manœuvre entend s’émanciper du système de l’art, tout en en préservant les intentions.

[ … ]

NOTES :

1. Engrenage noir est un collectif initié par Johanne Chagnon et Paul Grégoire qui «conçoit la pratique de l’art en tant que responsabilité sociale». Site Web : http://engrenagenoir.ca/
2. Le projet de l’ Atopie textuelle a été mis en branle par le collectif des Causes perdues, à Québec. Ce collectif a été initié par Martin Mainguy et le signataire de cette article. Voir : www.atopie.qc.ca

Légende : Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté, une des Cartes de compétence, réalisées dans le cadre de l'Agora pour un Québec sans pauvreté, Québec, 2002.

Subscribe to the Newsletter

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Features



Shop



Auction


Information



Contact

esse arts + opinions

Postal address
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Office address
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598