Adrian Piper, Museum of Modern Art, New York

94
2018
Museum of Modern Art
  • Vue d'installation, The Museum of Modern Art, New York, 2018. Photo : John Wronn, © 2018 The Museum of Modern Art
  • Vue d'installation, The Museum of Modern Art, New York, 2018. Photo : Martin Seck, © 2018 The Museum of Modern Art
  • Vue d'installation, The Museum of Modern Art, New York, 2018. Photo : Martin Seck, © 2018 The Museum of Modern Art
  • Vue d'installation, The Museum of Modern Art, New York, 2018. Photo : Jonathan Muzikar, © 2018 The Museum of Modern Art
  • Vue d'installation, The Museum of Modern Art, New York, 2018. Photo : Martin Seck, © 2018 The Museum of Modern Art
  • Vue d'installation, The Museum of Modern Art, New York, 2018. Photo : Martin Seck, © 2018 The Museum of Modern Art

[In French]

Adrian Piper, A Synthesis of Intuitions 1965-2016
Museum of Modern Art, New York, du 31 mars au 22 juillet 2018

Exposition-phare de l’offre muséale new-yorkaise cette année, A Synthesis of Intuitions propose aux visiteurs du MoMA une mise en contexte éclairante de l’artiste conceptuelle et philosophe analytique Adrian Piper. Avant même d’entrer dans les salles, l’espace d’accueil du sixième étage donne le ton à la rétrospective. On y voit entre autres un dispositif interactif, The Probable Trust Registry: The Rules of the Game #1-3, où les visiteurs sont invités à signer un contrat avec eux-mêmes, s’engageant à agir avec honnêteté. À la fin de l’exposition, un registre de ces signataires sera créé : une communauté honnête. Ailleurs, on aperçoit la documentation vidéo d’une performance publique de 2007 intitulée Adrian Moves to Berlin dans laquelle l’artiste se déhanche seule dans divers espaces publics berlinois. Ces deux œuvres récentes, qui brisent la chronologie plus ou moins rigide du reste de l’exposition, donnent le ton quant à la teneur de la pratique de Piper : la mise en place de protocoles conceptuels rigides et systématiques, à dimension parfois participative, jumelée à des pratiques performatives où art et quotidien s’entremêlent, souvent avec humour.

Les œuvres mieux connues d’Adrian Piper y sont bien représentées. Les travaux rassemblés sous la rubrique du Mythic Being, personnage incarné par Piper dès 1973, montrent la variété des moyens mis en place par l’artiste pour développer une identité performative distincte, allant des petites annonces aux photographies retouchées. Funk Lessons (1983-1984), projet qui annonce l’art relationnel des décennies suivantes, mérite amplement l’espace qui lui est consacré. La scénographie met en place quelques moments d’intimité, effets des dispositifs de l’artiste ou de la mise en exposition, qui sont tout à fait appréciés. Par exemple, Aspects of the Liberal Dilemma, installation de 1978, n’a rien perdu de sa critique percutante, exposant de manière tranchée les préjugés du regard libéral blanc : une photographie sous plexiglas montrant un groupe de personnes noires se voit décortiquée dans une narration longue qui décrit à la fois l’image en soi et les réactions potentielles qu’elle pourrait engendrer. A Synthesis of Intuitions peut également se lire comme une histoire dense des modes d’adresse privilégiés dans le monde de l’art depuis le milieu des années 1960 : sculpture minimale, série d’interventions graphiques, documentation photographique systématique, recours à l’audio et à la vidéo, intégration dans les médias de masse ou réappropriation de ces images dans des installations, prise extensive de notes, constitution d’archives personnelles ou collectives, participation du public. L’exposition devient un crash course en stratégies de prédilection de l’art conceptuel, lui donnant un certain aspect pédagogique non négligeable.

L’exercice de la rétrospective sied particulièrement bien au travail de Piper. D’une part, la vaste quantité de notes et d’archives accumulées par l’artiste depuis des décennies apportent une mise en contexte éclairante des œuvres exposées. D’autre part, le regroupement des œuvres permet de relever les préoccupations qui accompagnent l’artiste depuis ses débuts. Étrangement, le MoMA, dans tous les textes de communication accompagnant l’exposition, s’enorgueillit du fait que c’est la première fois qu’une artiste vivante occupe tout le sixième étage du musée. Il serait plutôt juste de se demander pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de lui avoir confié l’espace.

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